De nouveaux vitraux pour l’église d’Anzy-le-Duc ?


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1. L’église d’Anzy-le-Duc
Photo : J.-B. de Vaivre

18/11/15 - Patrimoine - Anzy-le-Duc, église - Remplacer dans une église classée monument historique des vitraux du XIXe et de la première moitié du XXe siècle en bon état, dont une partie a été récemment restaurés et qui s’harmonisent bien avec l’église romane dans laquelle ils se trouvent, c’est possible ! Il s’agit de l’église d’Anzy-le-Duc, en Bourgogne, et il suffit qu’un industriel de la région désireux de faire du mécénat le décide. C’est en effet ce mécène qui souhaite imposer la création de nouveaux vitraux, et c’est lui qui a choisi l’artiste : Gérard Fromanger. Bien que n’étant pas spécialisés dans l’art contemporain, nous connaissons un peu le travail de ce dernier et son talent n’est pas en cause. Nous ne sommes pas hostiles, d’ailleurs, quand cela est possible dans le respect du monument, à l’installation de nouveaux vitraux là où les anciens ont disparu et ont été remplacés par du verre blanc. Mais on ne se trouve absolument pas dans ce cas. Le vitrail du centre de l’abside représente la Croix, les deux de part et d’autre sont faits de motifs géométriques colorés comme d’autres de la nef, un autre enfin représente le Christ bon pasteur. Rien ne justifie de les remplacer par d’autres, ce qui les condamnerait d’ailleurs à une destruction assurée. N’hésitons pas non plus à dire que dans une église romane, dépouillée, les vitraux tels qu’ils sont prévus par l’artiste ne nous paraissent certainement pas les mieux à même de compléter l’architecture. Sans compter que leur iconographie, où l’on voit des bulles de couleur et des silhouettes de nombreux personnages regroupés avec, ça et là, l’ombre d’une bicyclette, n’a rien de religieuse, ce qui étonne quelque peu pour un lieu comme celui-ci1.


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2. Chœur de l’église d’Anzy-le-Duc avec
ses fresques médiévales et ses vitraux actuels
Photo : J.-B. de Vaivre
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Vitrail de la fenêtre central de l’abside,
(probablement vers 1930 ?)
Église d’Anzy-le-Duc
Photo : J.-B. de Vaivre

Nous avons parlé avec Gérard Fromanger qui nous a avoué être surpris de ce début de polémique, ayant jusqu’à présent selon lui reçu un bon accueil de tous les acteurs en présence, y compris la Direction régionale des affaires culturelles. Il nous a expliqué avoir voulu représenter l’énigme de notre existence, avec des scènes de passants dans le cosmos, les ronds figurant des planètes et le spectre total des couleurs. Quel que soit, d’ailleurs, le sujet, rien n’autorise en réalité à installer ici, dans un monument historique classé, de nouveaux vitraux, aux dépens des anciens qui, s’ils n’ont pas une grande valeur artistique, ont le mérite d’exister et de s’harmoniser avec l’architecture. Tout cela est d’autant plus choquant que l’église d’Anzy-le-Duc, l’une des plus belles de Bourgogne, aurait effectivement bien besoin de mécénat, notamment pour restaurer les fresques médiévales de son abside.


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3. Un des vitraux géométrique très simple
de l’église d’Anzy-le-Duc (probablement XIXe s.)
Photo : J.-B. de Vaivre
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Vitrail représentant le Bon Pasteur
Seconde moitié du XIXe siècle ?
Photo : D. R.

La DRAC, contactée, nous a indiqué être en période de réserve (en raison des élections) ce qui lui interdit de commenter ce projet. En revanche, elle nous a expliqué qu’aucune autorisation n’avait encore été donnée et que le dossier allait être présenté, en décembre ou en janvier, devant la section travaux de la Commission nationale des monuments historiques. On peut regretter, tout simplement, que ces travaux n’aient pas été interdits et que l’artiste ait été encouragé à poursuivre son travail préparatoire. Celui-ci nous a indiqué avoir eu deux réunions depuis un an, notamment avec la DRAC et la commune, et que tout le monde lui a dit « c’est formidable, on aime beaucoup votre projet ». Un enthousiasme qui ne semble en réalité pas général. Le père Père Simon-Pierre Ludinard, curé de Marcigny et en charge également d’Anzy-le-Duc, que nous avons contacté, semble très circonspect, avouant n’avoir découvert ce dossier que très récemment, soulignant que les avis sont très partagés et qu’il ne s’agit en tout état de cause que d’un projet. Il a souligné qu’un avis de la Commission d’art sacré s’imposait. Quant au maire de la commune, nous n’avons pas réussi à le joindre.

Un mécène2 peut-il donc imposer ainsi ses volontés ? Car manifestement, personne d’autre que lui n’est à l’origine de ce projet dont l’église pouvait parfaitement se passer. N’oublions pas d’ailleurs que ce mécénat donnera lieu à une défiscalisation, et que ce sont bien les contribuables qui paieront ce qui peut être considéré comme une dénaturation de l’édifice. La Commission nationale des monuments historiques qui va être saisie n’a pas d’autres choix, espérons-le, que de la refuser, sa crédibilité, déjà très mise à mal par certaines décisions récentes (comme l’autorisation de l’installation d’une climatisation à Versailles…), est désormais en jeu.


Didier Rykner, mercredi 18 novembre 2015


Notes

1La Tribune de l’Art ne s’intéresse qu’au patrimoine et ne souhaite pas entrer dans des considérations religieuses, mais une iconographie profane dans un lieu de culte est inadapté sur le plan culturel.

2Celui-ci voulant rester anonyme, nous n’avons pas pu l’interroger.





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