Un bureau d’Oppenordt pour Louis XIV en vente aujourd’hui à Paris


18/11/15 - Trésors nationaux - Vente à Paris - Vendredi dernier, la Commission consultative des trésors nationaux votait à l’unanimité pour que le ministère de la Culture refuse l’exportation d’un bureau d’Oppenordt (ill. 1), livré en 1685 pour le petit cabinet de Louis XIV à Versailles. Bien que ce meuble doive être vendu cette après-midi à l’hôtel Drouot, à l’heure où nous écrivons cette brève, le ministère ne nous a pas encore confirmé que l’arrêté entérinant cette décision avait été signé (et il n’apparaît d’ailleurs pas dans le JO de ce jour). La SVV Fraysse n’avait pas davantage reçu la notification officielle. Rappelons que la ministre n’est pas obligée de suivre l’avis de la commission. On imagine mal, surtout après l’affaire des Rembrandt, qu’elle passe outre celui-ci.


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1. Alexandre-Jean Oppenordt (vers 1639-1715)
Bureau, 1685
Chêne, bois résineux, placage d’ébène et de palissandre
de Rio, laiton, écailles rouges - 92 x 101 x 54,5 cm
Vente le 18 novembre 2015 par la SVV Fraysse
Photo : SVV Fraysse
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2. Alexandre-Jean Oppenordt (vers 1639-1715)
Bureau, 1685
Chêne, bois résineux, placage d’ébène et de palissandre
de Rio, laiton, écailles rouges
New York, Metropolitan Museum
Photo : Metropolitan Museum

S’il a malheureusement été modifié à une date inconnue pour le transformer, de bureau plat à bureau à abattant, ce meuble est extrêmement important à la fois en raison de son commanditaire, par son exécutant (Oppenordt est un des meilleurs ébénistes de l’époque), par sa destination, par sa rareté (les meubles de Louis XIV ont pour la plupart disparu au XVIIe siècle) et par ses qualités. Il y avait, à l’origine, deux meubles, le pendant (non modifié) étant aujourd’hui conservé au Metropolitan Museum (ill. 2).
Pour une fois, ces meubles n’ont pas quitté le patrimoine national sous la Révolution, mais par une vente en 1751, le mobilier d’époque Louis XIV apparaissant alors démodé. Au XIXe siècle, le bureau qui va être vendu appartenait au baron James Anselm de Rothschild. C’est sans doute à cette époque qu’il fut transformé.
Espérons que Versailles, ou le Louvre (sachant que le décor du petit cabinet de Louis XIV n’existe plus) pourront se porter acquéreur de cette œuvre insigne mise aux enchères dans une vente judiciaire (donc sans prix de réserve).


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3. Jean-Ange Loque (?-après 1831 ?)
Candélabre
Argent - H. 47,3 cm
Vente SVV Fraysse du 18 novembre 2015
Photo : SVV Fraysse

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4. Manufacture de Sèvres, 1787-1788
Service de la laiterie de Rambouillet
Coupe circulaire sur piédouche
Porcelaine - D. 28 cm ; H. 28 cm
En vente le 18/11/15
SVV Thierry de Maigret
Photo : SVV Thierry de Maigret

D’après nos informations, le buste de Colbert par Coysevox, mis aux enchères la semaine dernière (voir la brève du 10/11/15) et qui n’a pas été vendu, serait actuellement l’objet d’une négociation privée avec Versailles. Rappelons que, classé monument historique, cette sculpture ne peut quitter le territoire et finira forcément un jour dans une collection publique. Est-ce donc vraiment une priorité d’achat par un musée français alors que tant de trésors nationaux sont actuellement menacés d’exportation ? Aujourd’hui d’ailleurs, d’autres objets, bien que non interdits d’exportation, mais pas moins importants pour le patrimoine français, risquent de quitter notre territoire si une institution publique ne les achète pas. C’est le cas dans la même vente d’un important candélabre en argent (ill. 3) provenant de l’hôtel de la Chancellerie d’Orléans dont il faut espérer qu’il sera acquis par la Banque de France pour être remis à l’hôtel de Rohan-Strasbourg où les décors de la Chancellerie vont être remontés (voir la brève du 16/9/15). C’est le cas dans la vente Thierry de Maigret qui se déroulera aussi cette après-midi à Drouot d’une coupe circulaire sur piédouche, dite « jatte à anse étrusque » (ill. 4) faisant partie du service de la laiterie de Rambouillet. Déjà, du même service, un gobelet et sa coupe (ill. 5), avaient été vendus et exportés en 2000 (vente Piasa du 23 juin), et un pot à lait (ill. 5) avait été vendu chez Aguttes le 11 février 2011, là encore sans que le ministère de la Culture ne bouge. Or, il s’agit d’un des services de Sèvres les plus importants de la fin du XVIIIe siècle. Où est la cohérence de notre politique patrimoniale quand, parallèlement, les bas-reliefs de Pierre Julien pour la laiterie sont récemment revenus par dation dans les collections patrimoniales (voir la brève du 18/3/07) ?


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5. Manufacture de Sèvres, 1787-1788
Service de la laiterie de Rambouillet
Gobelet et sa soucoupe
Porcelaine
Vente Piasa du 23 juin 2000
Photo : Piasa
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6. Manufacture de Sèvres, 1787-1788
Service de la laiterie de Rambouillet
Pot à lait
Porcelaine
Vente Aguttes du 11 février 2011
Photo : SVV Aguttes

Signalons enfin qu’un fauteuil et un ployant faisant partie du mobilier dessiné par Hubert Robert pour la laiterie sont exposés au Petit Trianon tandis qu’une table de ce mobilier vient d’être redécouverte dans les collections du château de Pau (elle sera exposée dans la rétrospective Hubert Robert à venir au Grand Palais).


Didier Rykner, mercredi 18 novembre 2015





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