Dallas achète un chef-d’œuvre d’un peintre méconnu


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1. Paul Carpentier (1787-1877)
Portrait de l’auteur et de sa famille, 1833
Huile sur toile - 140 x 112 cm
Dallas, Museum of Art
Photo : Dallas Museum of Art

3/12/14 - Acquisition - Dallas, Museum of Art - Le XIXe siècle français fut si riche en peintres de talent qu’on voit parfois surgir des tableaux remarquables dont l’auteur est pourtant à peu près inconnu. C’est ce qui s’est passé à l’hôtel Drouot, chez la SVV Audap-Mirabaud le jeudi 20 novembre lors de l’exposition qui précédait la vente du lendemain.
Tous les connaisseurs avaient en effet pu y admirer un portrait de famille, superbe, dû à un certain Paul Le Carpentier (ill. 1) dont beaucoup entendaient sans doute parler pour la première fois. Il s’agit pourtant d’un chef-d’œuvre du portrait français, et l’obscurité de son auteur n’a pas empêché les enchères de s’envoler : estimée 10 à 12 000 €, cette peinture a finalement été adjugée 60 000 € (plus les frais) au Musée de Dallas qui fait encore une fois un très bel achat.

Que dire de ce Le Carpentier sur lequel nous n’avons pas trouvé grand’chose ? Le Dictionnaire des artistes de l’école française (dit aussi le Bellier-Auvray) reste l’une des sources d’informations les plus précieuses pour les artistes méconnus (même s’il contient parfois des erreurs). On y apprend donc que Paul-Claude-Michel Lecarpentier a exposé au Salon entre 1817 et 18531, exposant - et signant comme l’est ce tableau - sous le nom de Paul Carpentier (et non pas Lecarpentier ni Le Carpentier). Né à Rouen, il était élève de Charles Lecarpentier (probablement son père) et de Paillot de Montabert, artiste dont il partagea l’intérêt pour la peinture à l’encaustique : il en présente plusieurs au Salon « d’après le procédé de M. de Montabert ». Olivier Meslay, Associate Director of Curatorial Affairs du Dallas Museum of Art, nous signale que Le Carpentier (qu’il faut sans doute appeler Carpentier comme il décida de le faire lui-même) fut l’auteur d’un important ouvrage sur cette technique de peinture à l’encaustique.
Également sculpteur, il exécuta un monument élevé à la mémoire de son maître dans la commune de Saint-Martin-ès-Vigne (faisant aujourd’hui partie de Troyes), et d’un buste de son ami le peintre Louis Daguerre.
Les recherches que nous avons menées sur internet pour trouver des œuvres de cet artiste ne ramènent que peu de résultats : un Portrait de Bernardin de Saint-Pierre au château de Versailles (une peinture à la cire, d’ailleurs) ; un Portrait de Girodet, de très belle qualité, au Musée Girodet de Montargis ; et des œuvres passées en vente aux enchères : deux copies d’après Poussin, un paysage et une scène de la Révolution de 1830 exposée au Salon de 1831...

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2. Paul Carpentier (1787-1877)
Portrait de l’auteur et de sa famille, 1833
Crayon - 28,8 x 21,5 cm
Dallas, Museum of Art
Photo : Galerie Jacques Fischer

Le tableau acquis par Dallas montre l’artiste dans son atelier, devant son chevalet, les pinceaux à la main, aux côtés de sa femme et de sa fille. La composition comme l’exécution, les coloris et le traitement des étoffes en font une scène réellement inoubliable. On aimerait beaucoup en savoir davantage sur un peintre capable de réaliser une telle œuvre et on regrettera qu’aucun musée français n’ait pu l’acheter.

Signalons que le dessin préparatoire au tableau (ill. 2), proposé à la même vente, a été adjugé à un particulier pour 1000 € hors frais, et offert par lui au Dallas Museum of Art.
L’histoire de ce dessin est amusante : acquise par Jacques Fischer pour sa galerie, il ne parvenait pas à en identifier l’auteur, pensant à Horace Vernet, en raison des costumes, une hypothèse que n’avait pas retenu, à juste titre, Olivia Voisin. C’est en voyant le tableau mis en vente par Audap-Mirabaud que la juste attribution devint évidente et qu’il décida de le mettre en vente, en même temps, hors catalogue. Une bonne idée qui permet, 180 ans plus tard, de réunir l’œuvre préparatoire et le dessin achevé (mise à jour le 9/12/14).


Didier Rykner, mercredi 3 décembre 2014


Notes

1Mais en 1817 et 1819, le nom Lecarpentier est donné, dans les livrets, sans prénom, et il pourrait s’agir d’un autre artiste du même nom, Benjamin Lecarpentier, comme le pensent d’ailleurs Pierre Sanchez et Xavier Seydoux qui, dans leur réédition des livrets de Salon, indexent les œuvres présentées à ces deux Salons comme de Benjamin. Cela expliquerait que le Bellier-Auvray indique qu’il a changé de nom en passant de Lecarpentier à Carpentier : ce ne serait tout simplement pas le même artiste.





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