Confrontation entre le Judith et Holopherne et les Caravage du Louvre et de Rouen


13/6/17 - Attribution - Caravage - Le Louvre aujourd’hui mardi était à l’heure Caravage : profitant de la présence à Paris de la Flagellation du Christ de Rouen qui est actuellement étudiée par le C2RMF, deux réunions ont été organisées, le matin et l’après-midi, dans la grande galerie, pour confronter la Judith et Holopherne Turquin (ill. 1), le tableau rouennais (ill. 2) et les trois Caravage du musée parisien. Bien entendu, comme d’habitude avec le ministère de la Culture, tout cela était (théoriquement) extrêmement secret, les participants étant invités à ne rien dire. Bien que n’étant pas convié à y assister (ce qui aurait été plus astucieux car nous n’aurions alors rien pu écrire), nous pouvons néanmoins donner ici quelques informations.


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1. Attribué à Michelangelo Merisi, dit le Caravage (1571-1610)
Judith décapitant Holopherne
Huile sur toile - 144 x 173 cm
Collection particulière
Photo : Studio Sebert
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2. Michelangelo Merisi, dit le Caravage (1571-1610)
La Flagellation du Christ
Huile sur toile - 134,5 x 175,5 cm
Rouen, Musée des Beaux-Arts
Photo : Domaine public
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Le matin, autour de Jean-Luc Martinez, de Sébastien Allard et des conservateurs spécialisés dans le XVIIe siècle (Stéphane Loire, Guillaume Kientz, Nicolas Milovanovic...), se sont réunis notamment des représentants du ministère de la Culture dont Marie-Christine Labourdette, la directrice du service des Musées de France ; l’après-midi c’est l’ensemble des conservateurs du département des peintures qui étaient présents. Parmi les autres participants, à l’une ou l’autre de ces réunions (ou au deux), on trouvaient de nombreux spécialistes de la période (Nicola Spinosa, Rossella Vodret, Jean-Pierre Cuzin, Annick Lemoine,....) ainsi qu’Éric Turquin, Sylvain Amic... Plusieurs spécialistes étaient cependant absents, parmi lesquels Pierre Rosenberg, en déplacement à l’étranger, et Keith Christiansen. Signalons aussi que les membres de la Commission des trésors nationaux avaient été conviés.

Ce fut semble-t-il très bien organisé, et les débats et présentations diverses ont été appréciés des participants, le tout se déroulant dans un excellent esprit. Vodret et un autre spécialiste italien, qui a étudié en laboratoire plusieurs peintures de Caravage, ont notamment présenté les résultats d’analyses faites sur le tableau. L’une d’elle aurait révélé une préparation blanche existant sous la tête de la vieille servante, peut-être due à une reprise ultérieure par un autre peintre, ce qui pourrait expliquer son caractère assez faible. Il semble désormais avéré que les deux tableaux de même sujet et de même composition, celui de Naples attribué à Louis Finson, et celui nouvellement réapparu, ont été peints en même temps dans le même atelier, ce qui n’est pas sans soulever de nombreuses questions.
Certains ont été plutôt convaincus par le rapprochement entre le tableau de Rouen et le Judith et Holopherne tandis que d’autres restent sceptiques. Si les conservateurs du Louvre étaient invités à ne pas partager leur opinion sur ce tableau pendant cette journée d’étude, laissant parler les autres spécialistes, il reste qu’une grande majorité d’entre eux ne croient pas à la paternité de Caravage et qu’il est à peu près certain que le musée ne cherchera pas à l’acheter. Il est difficile de critiquer une telle position face aux questions que pose cette œuvre. Le choix du musée est réellement compliqué. Il est probable qu’il serait peut-être plus prudent de laisser échapper un tableau qui serait finalement attribué avec certitude à Caravage, que d’acheter à prix d’or une toile qui s’avérerait finalement n’être qu’une copie ancienne. Avouons que le choix n’est pas facile tant les opinions sur son caractère autographe semblent diverses.

On peut, pour conclure, s’étonner de cette culture du secret : sauf erreur, les fonctionnaires du Louvre et du ministère de la Culture agissent au nom du public. Il s’agit ici de déterminer si un tableau classé trésor national mérite d’être acquis avec l’argent des contribuables, en le comparant avec des œuvres appartenant aux collections publiques. Il n’y a aucune raison que ce qui se passe au Louvre soit aussi opaque.


Didier Rykner, mardi 13 juin 2017





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