Chefs-d’œuvre de la tapisserie. La collection du Petit Palais, Paris


Nancy, Musée des Beaux-Arts, du 25 octobre 2013 au 27 janvier 2014.

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1. Ateliers du Louvre
d’après Philippe de Champaigne (1602-1674)
L’Apparition de saint Gervais et saint Protais à saint Ambroise
Laine et soie - 490 x 757 cm
Paris, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Photo : J.-M. Moser

Le Petit Palais à Paris conserve une importante collection de tapisseries à peu près inconnue car jamais exposée. Charles Villeneuve de Janti, qui était conservateur dans ce musée avant de prendre récemment la tête du Musée des Beaux-Arts de Nancy, a donc tout naturellement pensé à ces pièces pour combler un vide dans la programmation de ce musée.

Cette exposition permet donc de montrer quelques très belles pièces françaises des XVIIe et XVIIIe siècles à un public peu familier des tapisseries1 malgré l’existence sous l’ancien régime d’une manufacture nancéienne.

Dans la première salle sont accrochées sans doute deux les plus belles œuvres que l’on puisse trouver dans ce domaine, puisqu’elles appartiennent à la tenture de la vie de saint Gervais et saint Protais qui étaient accrochée chaque année dans le chœur de l’église parisienne portant ce nom.
Cette commande, passée à Eustache Le Sueur qui mourut précocement après avoir seulement réalisé deux cartons (l’un fut terminé par Thomas Gousset), échut ensuite à Sébastien Bourdon qui ne fut pas suffisamment rapide au goût des marguilliers de la paroisse, et la conception des trois pièces restant à tisser fut donc confiée à Philippe de Champaigne. Plusieurs des cartons originaux sont exposés au Louvre, à Lyon et à Arras.
Les deux tapisseries montrées à Nancy sont dues respectivement à Bourdon et à Champaigne (ill. 1). Elles sont en bon état de conservation malgré un long séjour dans de mauvaises conditions à l’Hôtel de Ville d’où elles ne sont revenues qu’il y a quelques années.
Des six tapisseries d’origine, seules cinq subsistent aujourd’hui entièrement. La sixième a été découpée à une date inconnue, le seul fragment retrouvé a été montré dans l’exposition Les couleurs du ciel au Musée Carnavalet il y a un an.

Les autres pièces du XVIIe sont toutes d’après des cartons de Charles Le Brun. L’une, Le Serpent d’airain faisant partie de L’Histoire de Moïse, a été tissée aux Gobelins par l’atelier de Jean Jans, tandis que quatre tapisseries ayant perdu leur bordure proviennent d’ateliers indéterminés. Aux trois provenant de la tenture d’Alexandre, d’une facture un peu fruste, on préférera celle représentant L’Air faisant partie d’une série des quatre éléments.


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2. Manufacture de Beauvais
d’après Guy-Louis Vernansal (1648-1729),
Jean-Baptiste Monnoyer (1636-1699) et
Jean-Baptiste Belin de Fontenay (1653-1715)
Les Astronomes
Laine et soie - 300 x 280 cm
Paris, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Photo : Petit Palais/Roger-Viollet
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3. Manufacture de Beauvais
d’après Francesco Casanova (1727-1803)
Campement de Bohémiens
Laine et soie ) 332 x 449 cm
Paris, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Photo : Petit Palais/Roger-Viollet

Les tapisseries du XVIIIe siècle sont accrochées dans une autre grande salle à l’étage et montrent uniquement des pièces tissées à Beauvais. Les plus fraîches provenant de la tenture Histoire de l’empereur de Chine ont été réalisées d’après des cartons peints en collaboration par Vernansal, Monnoyer et Belin de Fontenay et témoignent du goût de l’époque pour les chinoiseries. En contre-point, une scène de danse en Russie, d’après Jean-Baptiste Le Prince, montre comment cet artiste voulut lancer - en vain - en France la mode des « russeries ». Outre deux pièces d’après Boucher et une d’après Jean-Baptiste Deshays, on pourra voir un Campement de Bohémiens de la tenture Les Bohémiens sur un modèle de Francesco Casanova, aux couleurs hélas très passées mais dont le décor de ruine est tout à fait impressionnant. Cette tapisserie a été choisie notamment parce que Nancy conserve plusieurs toiles de ce peintre.

Faute de place, le Musée du Petit Palais ne peut malheureusement pas exposer ces tapisseries, ni les autres qu’il conserve. Ceci est particulièrement dommage, surtout pour la tenture de Saint Gervais et Saint Protais, l’une des réalisations les plus importantes des ateliers du Louvre au XVIIe siècle. Une suggestion : pourquoi la municipalité n’aménagerait-elle pas, dans l’Hôtel de Ville, une salle librement accessible au public qui leur serait spécifiquement dédiée et aménagée avec toutes les conditions nécessaires de sécurité et d’éclairage réduit2 ?

Commissaires : Charles Villeneuve de Janti et Patrick Lemasson.

Patrick Lemasson et Charles Villleneuve de Janti, Chefs-d’œuvre de la tapisserie. La collection du Petit Palais, Paris, 2013, SilvanaEditoriale, 72 p., 15 €. ISBN : 9788836627257.
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Informations pratiques : Musée des Beaux-Arts, 3, place Stanislas 54000 Nancy. Tél : 00 33 (0)3 83 85 30 72. Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h, sauf le mardi. Tarif : 6 € (réduit : 4 €).


Didier Rykner, lundi 4 novembre 2013


Notes

1Le Musée des Beaux-Arts n’en avait jamais consacré à ce sujet, et les collections municipales ne conserve que très peu de tapisseries notables, à l’exception de La Condamnation de Banquet au Musée Lorrain.

2Les lampes LED n’émettent pas d’ultra-violet, ce qui peut désormais permettre d’envisager plus facilement une exposition permanente des tapisseries.





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