Le goût de Diderot. Greuze, Chardin, Falconet, David... Contenu abonnés


Montpellier, Musée Fabre, du 5 octobre 2013 au 12 janvier 2014

Lausanne, Fondation de l’Hermitage, du 7 février au 1er juin 2014

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1. François Boucher (1703-1770)
Nativité (Le Sommeil de l’enfant Jésus), 1758
Huile sur toile - 118 x 90 cm
Moscou, Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine
Photo : Musée Pouchkine

« Gardez-vous bien de mettre mon nom à ce papier. Orphée ne fut pas plus mal entre les mains des Bacchantes que je le serais entre les mains de nos peintres. »1 Vien, en effet, aurait modérément apprécié que son César débarquant à Cadix se fasse traiter de « fesse-mathieu, de pisse-froid et de morveux »2, et Hallé serait chagrin d’apprendre que son roi des Scythes à l’air d’un « gueux » lorsqu’il rend son dernier soupir3.

C’est à la demande de Grimm que Denis Diderot (1713-1784) aiguisa sa plume pour rendre compte des Salons de l’Académie dans la Correspondance littéraire, revue manuscrite destinée à une quinzaine de happy few, têtes couronnées pour la plupart. C’est d’ailleurs cet aspect confidentiel qui lui permit d’adopter un ton libre et sans concessions, d’autant que l’écrivain donne à ses recensions une forme épistolaire, s’adressant à un ami intime censé être le seul destinataire de ses écrits. Diderot se prit au jeu et proposa entre 1759 et 1781 des comptes rendus de plus en plus denses, commentant neuf Salons en tout, qui furent partiellement édités par Naigeon en 1798.
À l’occasion du tricentenaire4 de sa naissance, le Musée Fabre a tenté de définir le goût du philosophe, à travers quatre-vingts œuvres, qu’il a louées, qu’il a blâmées. Le titre de l’exposition est d’ailleurs révélateur de la difficulté à définir sa démarche : s’agit-il d’un amateur éclairé qui exprime son goût à quelques-uns, ou d’un critique d’art qui offre une analyse argumentée et définit une esthétique ? Ses Salons n’ont rien d’exhaustif, ils n’ont rien d’objectif non plus et ont cette désinvolture qui séduit et entraîne le lecteur dans une promenade artistique, mais aussi dans une quête du Beau.
L’homme de lettres ne voit d’abord que le sujet d’une œuvre, l’idée qui la sous-tend, mais il apprend à regarder aussi la main du peintre et du sculpteur. On l’observe se débattre avec ses paradoxes, ses théories venant parfois butter contre la beauté d’une œuvre qui ne devrait pas l’être.

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2. Jean-Baptiste Greuze (1725-1805)
L’Accordée du village, 1761
Huile sur toile - 92 x 117 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMNGP

Les peintures et sculptures présentées à Montpellier – qui le seront ensuite à la Fondation de l’Hermitage – ont été vues par Diderot au Salon ou dans les ateliers d’artistes, pour la plupart en tout cas : certaines aujourd’hui perdues ou même difficiles à déplacer jusqu’au musée ont été remplacées par des équivalents ou sont évoquées par des dessins, des gravures, des esquisses ou des réductions. La sculpture pour une fois a une place d’honneur avec une vingtaine de pièces et un essai passionnant de Guilhem Scherf. Le musée a en outre redéployé ses collections permanentes du XVIIIe siècle, en complément de la visite.
Le catalogue, comme l’exposition, n’aborde…

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