Ceux qui ne fréquentent pas les musées les veulent ouverts 7 jours sur 7


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La grande galerie du Louvre un
jour d’affluence. Ils font comment
les conservateurs pour travailler ?
Photo : Didier Rykner

« L’ouverture des trois musées nationaux les plus fréquentés (Versailles, Louvre, Orsay) 7 jours sur 7 permettra d’améliorer l’accueil des publics et de renforcer l’accessibilité des œuvres » C’est ce qui figurerait, si l’on en croit l’AFP, dans le projet de loi de finances 2015 que doit présenter aujourd’hui le gouvernement. Une telle affirmation n’est guère étonnante venant de gens choisis par un président dont l’indifférence pour le patrimoine et les musées est de notoriété publique.

La réalité, que connaissent tous les conservateurs, c’est que le jour de fermeture est nécessaire pour gérer les musées (et particulièrement des machines comme le Louvre ou Versailles) dans de bonnes conditions. C’est, par exemple et si l’on prend le cas du Louvre, le mardi que les nouveaux accrochages sont effectués, que les œuvres sont décrochées pour être emmenées en restauration ou être envoyées pour des expositions. Leur déplacement dans les salles, surtout lorsqu’il s’agit de grands formats, est une opération délicate qui ne peut absolument pas se faire en présence des foules que draine le musée pendant son ouverture.
C’est le mardi également que certaines opérations de maintenance, ou d’étude des œuvres peuvent être menées. On n’imagine pas, par exemple, l’examen annuel de la Joconde où celle-ci est enlevée de sa boite et décadrée, se faire un jour d’ouverture (on fermerait donc la salle de la Joconde un jour d’ouverture du musée ? belle avancée !). Des journées d’étude réunissant des spécialistes autour d’un sujet ou d’un peintre donné sont régulièrement organisées par le Louvre : quand pourraient-elles donc se faire ?

L’accueil du public n’en sera aucunement amélioré : pour faire dans la semaine ce qui se faisait le mardi, le Louvre sera forcé de fermer au public des sections entières de manière aléatoire. Le travail du personnel en sera fortement complexifié.
D’ailleurs, on aimerait savoir comment tout cela sera financé. L’objectif non avoué n’est évidemment pas un meilleur accueil du public, il est de gagner davantage d’argent sur des musées dont on ne cesse par ailleurs de réduire les moyens. Or, ouvrir les salles davantage coûte cher et rien ne dit que la fréquentation supplémentaire hypothétique qui en résulterait permettra de couvrir ce surcoût.
Quant à la meilleure accessibilité aux œuvres, autre justification de cette mesure absurde, elle a bon dos. Là encore, personne ne peut croire que ce soit un souci du gouvernement, ou celui-ci donnerait aux musées les moyens (et l’obligation) d’ouvrir davantage de salles. Le Louvre ici n’est pas (trop) en cause, pas davantage qu’Orsay, car les salles qui restent closes certains jours d’ouverture sont relativement limitées. Versailles, en revanche, a des dizaines, voire des centaines de salles d’exposition généralement fermées au public qui ne peuvent ouvrir faute de moyens et qui n’ouvriront pas davantage lorsque le musée sera accessible sept jours sur sept.

Bref, tout cela n’est qu’une mesure supplémentaire absurde d’un gouvernement qui n’avait vraiment pas besoin de nous prouver encore davantage son incompétence presque totale sur tout ce qui regarde les musées et le patrimoine.


Didier Rykner, mercredi 1er octobre 2014





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