Camille Godet. Peintre, dessinateur et pédagogue en Bretagne


Rennes, Musée des Beaux-Arts, du 10 juin au 3 septembre 2017.

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1. Camille Godet (1879-1966)
Autoportrait, 1897
Huile sur toile - 65 x 54 cm
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA de Rennes
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Les artistes nés en province, lorsqu’ils ne sont pas des figures majeures de l’art français, ont beaucoup plus de chances que les Parisiens de voir leur œuvre être exposé et publié. Le Musée des Beaux-Arts de Rennes prouve une nouvelle fois ce constat en présentant la rétrospective d’un enfant du pays, le peintre Camille Godet.
Celui-ci fut oublié pour des raisons que Benoît Ollier, l’un des deux commissaires scientifiques de l’exposition avec Guillaume Kazerouni, expose dans son essai introductif : des œuvres quasiment absentes des collections publiques jusqu’à la fin du siècle dernier, passant peu en vente publique, et des décors pour la plupart invisibles ou inconnus… C’est donc à une véritable découverte que nous convie le musée, d’autant qu’au dernier moment - ce qui explique une sortie du catalogue retardée de plusieurs semaines - un important fonds privé d’archives et d’œuvres de Godet a refait surface et est venu enrichir l’exposition et le catalogue.

Camille Godet s’est formé à l’École des Beaux-Arts de Rennes, avec une interruption de deux ans pendant laquelle il fréquenta à la fois celle de Paris, dans l’atelier de Léon Bonnat, et l’Académie Jullian où il eut pour maîtres Jean-Paul Laurens et Benjamin Constant. De ses premières années, on ne connaît que l’Autoportrait de 1897 (ill. 1) entré au Musée des Beaux-Arts de Rennes avec le don par sa fille de cent soixante-dix-neuf dessins et deux autres peintures, complété par l’achat de seize dessins. À dix-huit ans, le peintre est déjà sûr de lui et de sa technique et regarde fièrement le spectateur, sa palette et ses pinceaux à la main. La qualité évidente de cette œuvre se retrouve dans l’ensemble de celles montrées sur les cimaises du musée. Qu’il s’agisse de dessins ou de tableaux, de paysages ou de représentations de la guerre, de portraits ou de scènes de genre, Camille Godet est incontestablement un excellent artiste qui méritait d’être remis en lumière.

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2. Camille Godet (1879-1966)
Abri dans les tranchées, 1916
Crayon noir, encre noire et aquarelle -
27,5 x 19,5 cm
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA de Rennes
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On ajoutera à ses multiples talents celui de « dessinateur industriel », puisqu’il travailla jusqu’en 1914 pour la Maison Rual spécialisée notamment dans la confection de mobilier religieux. À peine nommé professeur à l’École des Beaux-Arts de Rennes, il fut rattrapé par le premier conflit mondial. Godet fut engagé volontaire, alors qu’il avait été exempté de service militaire - d’abord dans le train, puis à partir d’avril 1916 dans le service topographique du 10e corps d’armée, où il travailla aux côtés notamment de Mathurin Méheut. Il s’agissait néanmoins, au contraire des peintres des armées, d’une unité combattante et les œuvres de Godet illustrent des situations vécues, ce qui en font, outre leurs qualités plastiques, des témoignages de première main de la réalité du front (ill. 2). On ne peut hélas confronter ces aquarelles et ces dessins à la correspondance de Godet car celle-ci, à la différence de celle de Méheut riche d’environ un millier de lettres, est entièrement perdue. La mission du service topographique était de dessiner le terrain des combats à partir notamment des photos aériennes. Il ne s’agit donc pas d’œuvres faites pour illustrer le conflit et pouvant être utilisées comme matériau de propagande, mais de dessins servant directement aux offensives, ce qui n’empêche évidemment pas l’artiste de consacrer également du temps à retranscrire ce qu’il voit, notamment les ravages de la guerre sur les bâtiments (ill. 3). En revanche, il ne représente jamais, au contraire d’autres, directement les combats.


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3. Camille Godet (1879-1966)
Maison détruite à Erchen, 1917
Crayon noir et aquarelle - 20 x 17 cm
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA de Rennes
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4. Dessins préparatoires au Panthéon Rennais
Exposition « Camille Godet »
Photo : Didier Rykner
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L’exposition montre un mur extraordinaire (ill. 4) où est accroché un ensemble de dessins (ill. 5) préparatoires à l’un de ses seuls décors aujourd’hui aisément visibles, le « Panthéon rennais ». Celui-ci se trouve en effet dans une salle, au rez-de-chaussée de l’Hôtel de Ville, qui constitue à elle seule un monument aux morts de toutes les guerres (ill. 6). Ce décor peint fut réalisé en 1920-1922. On y voit un cortège de soldats français et alliés se déployer sur la face ouest et la face sud, et la partie gauche de la face nord, tandis que la partie droite représente un campement et des soldats à cheval. La face est, celle qui donne sur la place et qui est percée de deux fenêtres, est formée de trois compositions dont la centrale est une scène de soin médical. Chaque soldat a été étudié soigneusement et diffère des autres, ce dont témoigne les aquarelles et gouaches exposées au musée.


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5. Camille Godet (1879-1966)
Poilu, 1920
Crayon noir et aquarelle - 88,4 x 60,4 cm
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA de Rennes
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6. Camille Godet (1879-1966)
Le Panthéon Rennais, 1920-1922 (détail)
Rennes, Hôtel de Ville
Photo : Didier Rykner
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On compte au moins trois autres décors réalisés par Camille Godet. L’un d’entre eux, celui de la Maison du Peuple à Rennes, illustre le monde ouvrier. Nous n’avons pas pu le voir car le bâtiment est actuellement fermé et non affecté. Pourtant, la peinture, redécouverte en 1994, a été restaurée et classée monument historique. Il serait vraiment souhaitable que cet ensemble remarquable puisse, à l’occasion de la redécouverte de l’artiste, être enfin mise en valeur comme il le faudrait. Quelques dessins pour ce décor sont montrés dans l’exposition. En revanche, les deux autres décors de Godet, l’un à Rennes (le salon des « poilus » de l’Opéra), l’autre à Guéméné-Penfao, petite ville de Loire-Atlantique dont la salle de la mairie a également été peinte par l’artiste, ne sont évoqués que dans le catalogue et par des photographies dans l’exposition. Le premier (qui représente des scènes de la guerre) est totalement méconnu et fut mal restauré à une date inconnue, tandis que le second, qui mériterait assurément un classement monument historique, a heureusement pu bénéficier, sinon d’une restauration, du moins d’un aménagement plus doux : l’éclairage particulièrement brutal de la salle des Mariages a été modifié de manière à mieux mettre en valeur ces peintures représentant des scènes du monde du travail rural.


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7. Camille Godet (1879-1966)
Paysage
Huile sur toile - 41 x 32,8 cm
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA de Rennes
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8. Camille Godet (1879-1966)
Pietà, calvaire Notre-Dame-de-la-Joie, 1938
Gouache sur carton - 34,5 x 56,1 cm
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA de Rennes
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On ne peut quitter Godet sans évoquer ses paysages. Si ceux exposés ne sont que bretons, la préparation de l’exposition a permis d’en découvrir d’autres, exécutés ailleurs en France ou en Italie. Loin d’être anecdotiques, ces huiles ou aquarelles et gouaches témoignent d’un art puissant. On admirera à la fois la mise en page de certains d’entre eux (ill. 7), mais aussi, pour d’autres, la profonde spiritualité qui s’en dégagent. Et l’on ne peut résister au plaisir de reproduire sans doute l’une des plus belles œuvres de cet artiste attachant, la Pietà du calvaire de Notre-Dame de la Joie à Penmarc’h (ill. 8), qui ne serait pas indigne des plus grands peintres. Grâce au Musée des Beaux-Arts de Rennes, Camille Godet est à nouveau un nom dans l’histoire de l’art.


Commissaires scientifiques : Guillaume Kazerouni et Benoît Ollier.


Sous la direction de Guillaume Kazerouni et Benoît Ollier, Camille Godet 1879-1966. Un peintre, dessinateur et pédagogue en Bretagne, Snoeck, 224 p., 26 €. ISBN : 97894-6161-365-3.


Informations pratiques : Musée des Beaux-Arts de Rennes, 20, quai Émile Zola, 35000 Rennes. Tel : +33 (0)2 23 62 17 45. Ouvert du mardi au vendredi de 10 h à 17 h et le samedi et dimanche de 10 h à 18 h. Tarif : 5 € (réduit : 3 €).

Site du Musée des Beaux-Arts de Rennes


Didier Rykner, lundi 21 août 2017





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