Arnold Schönberg. Peindre l’âme Contenu abonnés


Paris, Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, du 28 septembre 2016 au 29 janvier 2017.

En 1995, le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris organisait une exposition consacrée à Arnold Schönberg (1874-1951) ; une réunion significative d’œuvres et un catalogue réduit en taille mais de grande qualité (avec des contributions de Pierre Boulez, Werner Hoffmann, Christian Hauer, Robert Fleck…) y mettaient en lumière l’œuvre plastique du compositeur, l’une des trois grandes figures de la seconde école de Vienne (avec Alban Berg et Anton Webern). Vingt ans se sont écoulés et l’événement proposé par le très actif Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme vient nous rappeler fort heureusement cette partie passionnante de la création du théoricien viennois. On sait que Schönberg, d’abord influencé par le post-wagnérisme et Richard Strauss avant de devenir le théoricien du dodécaphonisme et du sérialisme, pratiqua la peinture sporadiquement à partir de 1907, dans des œuvres rares mais frappantes. Si le musicien, tout à fait autodidacte en la matière, se considérait lui-même comme un « amateur » et ne revendiquait guère de reconnaissance publique en tant que peintre, le corpus qu’il laisse témoigne du fait qu’il ne s’agissait pas pour lui d’un simple violon d’Ingres. Cette tentation irrésistible pour l’art plastique, que l’on retrouve par exemple chez August Strindberg (à l’œuvre pictural duquel le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne propose justement une exposition cet automne), est révélatrice non seulement de la liberté de personnalités qui ne se limitaient pas à leur principal domaine d’expression, mais aussi d’une résonnance des arts les uns avec les autres dans le cadre d’une réflexion intime sur les enjeux mêmes de la création. En intitulant l’exposition « Arnold Schönberg. Peindre l’âme », le musée de la rue du Temple désigne certes l’activité plastique du compositeur mais on ne peut s’empêcher de prendre le terme « peindre » au sens le plus large : depuis La Nuit transfigurée de 1899 jusqu’à l’opéra monumental et inachevé Moïse et Aaron, c’est bien de l’âme qu’il s’agit chez ce penseur et humaniste, tant dans sa musique et ses recherches théoriques que dans ses autres expérimentations. Là où « notre » Mallarmé souhaitait reprendre « à la musique son bien », Schönberg, musicien, s’attache à mettre sur le papier ou la toile ses « regards » et ses « visions ». Modèles d’un art pour un autre, attraction fantasmée d’une pratique pour celui qui n’y est pas initié, correspondances chères à Baudelaire et souci d’une œuvre d’art totale, la Gesamtkunstwerk héritée de Richard Wagner : ces relations peinture-musique-poésie forment depuis la fin du XIXe siècle d’inépuisables sources de réflexion et d’étude.


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1. Max Oppenheimer (1885-1954)
Portrait d’Arnold Schönberg, 1909
Huile sur toile, 94,5 x 96,5 cm
Berlin, Jüdisches Museum
Photo : Berlin, Jüdisches Museum
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2. Arnold Schönberg (1874-1951)
Gustav Mahler, 1910
Huile sur carton - 45,6 x 44,5 cm
Vienne, Centre Arnold Schönberg
Photo : Belmont Music…

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