Amiens déroule et restaure d’autres grands tableaux du XIXe


15/9/14 - Restaurations - Amiens, Musée de Picardie - Nous avons plusieurs fois évoqué la volonté remarquable du Musée de Picardie de dérouler et restaurer ses tableaux de grand format dont certains sont stockés en réserves depuis un siècle. Cette politique a commencé avec l’immense toile de Jules Lefebvre, Lady Godiva (voir la brève du 26/6/13) et s’est poursuivie avec d’autres œuvres dont nous avons parlé également ici et sur laquelle nous avons interrogé la conservatrice Olivia Voisin dans notre émission La Semaine de l’Art le 16 janvier dernier.



Contenu restreint

Cette vidéo est d’accès restreint aux abonnés. Vous pouvez vous abonner ici.

Cette vidéo est réservée aux abonnés


Aujourd’hui 15 septembre, six tableaux placés sur un même rouleau ont été exhumés. Ils étaient restés roulés ainsi depuis 1918 et n’avaient donc pas été vus depuis lors, sauf une fois, à une date imprécise dans les années 1980 où ils avaient été reconditionnés, mais sans que cette intervention soit documentée. On ne connaissait ces œuvres que par de mauvaises photographies anciennes et leur mise au jour a été ainsi un vrai moment d’émotion. Par chance, leur état général s’est avéré plutôt bon même si chacun devra être restauré, remis sur châssis et encadré (certains cadres ont été conservés, d’autres non) pour des montants allant, suivant leur condition, de 20 000 à 30 000 € environ. Deux de ces tableaux seront donc prochainement restaurés et raccrochés dans le grand salon : Les Naufragés d’Eugène Le Poittevin (ill. 1), une peinture exposée au Salon de 1839 où l’on voit un canot de sauvetage, après un naufrage, être attaqué par des ours blancs. L’artiste a clairement été influencé par le Radeau de la Méduse, mêlant à cette inspiration certaines figures qui nous semblent proches de Paul Delaroche. La parenté avec François-Auguste Biard, lui aussi adepte des scènes se déroulant dans le grand nord, est aussi évidente. Il s’agit incontestablement du chef-d’œuvre d’Eugène Le Poittevin (en tout cas de ce que nous en connaissons) et d’une pièce maîtresse du romantisme français, trop longtemps invisible.


JPEG - 174.3 ko
1. Eugène Le Poittevin (1806-1870)
Les Naufragés, 1839
Huile sur toile - 298 x 302 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photographie avant 1918
JPEG - 79.4 ko
2. Gustave Boulanger (1824-1888)
César arrive au Rubicon, 1854/1857
Huile sur toile - 298 x 302 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photographie avant 1918

L’autre tableau qui pourra être restauré prochainement est dû à Gustave Boulanger, prix de Rome en 1849 avec un tableau de style néo-grec : Ulysse reconnu par Euryclée. L’œuvre d’Amiens (ill. 2) est un envoi de Rome de 1854 que le peintre avait laissé inachevé et qu’il fut autorisé à terminer en 1857. Il représente César arrive au Rubicon. Là encore, Boulanger réalise un tableau néo-grec (voir notre recension de l’exposition récente de Nantes et Montauban) d’une grande qualité.

JPEG - 69.7 ko
3. Henry Scheffer (1798-1862)
Vision de Charles IX
Huile sur toile - 259 x 357 cm
Amiens, Musée de Picardie

Les quatre autres tableaux déroulés, qui retourneront donc au moins pour un certain temps à leur triste sort, sont Les Moines servis par les Anges d’Alfred de Richemont, une toile très séduisante et proche de Luc-Olivier Merson ; Les Écueils de la Vie d’Hippolyte Debon, un peintre romantique qui nous paraît d’une inspiration similaire à celle du lyonnais Joseph Guichard1 ; Berger changeant son parc, tableau réaliste d’un artiste amiénois Germain David-Nillet et, enfin, un étonnant tableau ressemblant un peu à un Évariste Luminais, mais peint entre 1914 et 19212. Cette Mort de Roland par Henry Sené prouve, une fois de plus (nous en avions déjà montré des exemples avec Georges Rochegrosse), que la peinture d’histoire s’est poursuivie très avant dans le XXe siècle. Ces œuvres (à l’exception du David-Nillet) peuvent être vues dans notre vidéo (réservée aux abonnés).
Signalons, enfin, qu’après ces deux toiles, la restauration suivante sera celle d’un Henri Scheffer, la Vision de Charles IX (ill. 3). Il faudra cependant, comme pour les (environ) soixante autres tableaux encore roulés, lui trouver un mécène !


Didier Rykner, mardi 16 septembre 2014


Notes

1Un autre tableau de Debon, César campant au milieu d’une assemblée de druides, est actuellement en cours de restauration au C2RMF à Versailles.

2Dates inscrites sous la signature.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : La restauration de la rose de la Sainte-Chapelle de Paris

Article suivant dans Brèves : Lancement d’une souscription pour la restauration de la maquette du Mont Saint-Michel