Versailles et l’Antique


Versailles, château, du 13 novembre 2012 au 17 mars 2013.

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1. Isis
Grauwacke égyptien provenant
du Ouadi Hammamat (corps)
Marbre - h. 270 cm
Paris, musée du Louvre
Photo : RMN-Grand Palais
(Musée du Louvre)/Hervé Lewandowski

Avec plus de 200 œuvres – peintures, sculptures, dessins, tapisseries, objets d’art, mobilier – l’exposition évoque avec faste la fascination et la présence de l’Antique à Versailles, au temps de Louis XIV. Une histoire passionnante et un régal pour les yeux.

C’est Isis, la « Grande Déesse », qui accueille le visiteur : drapée dans sa monumentalité sombre, elle domine l’entrée de l’exposition de toute sa majestueuse et spectaculaire élégance (ill. 1), et invite à pénétrer dans cette « galerie de pierre basse », à la rencontre des antiques de marbre blanc. Diane, Vénus, Minerve, Apollon, ils sont tous là, rassemblés, comme pour nous saluer de leur éloquence muette. De faux ifs métalliques soulignent la blancheur du marbre, et de simples draps blancs transforment en mystérieux fantômes les effigies historiques du XIXe siècle voulues par Louis-Philippe, habilement camouflées. Théâtrale, cette présentation n’en est pas moins au service du propos et, surtout, des œuvres. Car si l’on connaît déjà, ou croit connaître, les chefs-d’œuvre du Louvre et de Versailles, on ne les a sans doute jamais vus ainsi. Due à Pier Luigi Pizzi, le célèbre décorateur et metteur en scène d’opéra italien, la scénographie sert ici admirablement le projet des commissaires Nicolas Milovanovic, Alexandre Maral, Geneviève Bresc-Bautier et Jean-Luc Martinez.


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2. D’après Praxitèle
(4e siècle av J.-C.)
Aphrodite dite Vénus d’Arles,
vers 360 av J.C
Paris, musée du Louvre
Photo : RMN-Grand Palais
(Musée du Louvre) / Hervé Lewandowski
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3. Cincinnatus ou Hermès rattachant sa sandale,
fin IVe, début IIIe siècle av J.C
Paris, musée du Louvre
Photo : RMN-Grand Palais (Musée du Louvre)/Hervé Lewandowski

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4. Artémis de Versailles,
Diane chasseresse accompagnée d’une biche
,
deuxième moitié du IVe siècle av J.C
Paris, musée du Louvre
Photo : RMN-Grand Palais
(Musée du Louvre)/Hervé Lewandowski

Présentée dans la rotonde de l’Orangerie de Versailles au XVIIe siècle, la statue d’Isis avait rejoint les collections du musée du Louvre dès le début du XIXe siècle. A l’issue de l’exposition, elle retournera cette fois à son emplacement d’origine. Plusieurs ensembles versaillais sont ainsi reconstitués dans la galerie : les sculptures provenant du bosquet de la Salle des antiques, et les Muses des jardins de Marly, entourant ici le fameux Apollon de Smyrne. On s’arrête devant les deux Agrippine Mazarin se faisant face, la Vénus d’Arles (ill. 2), Cincinnatus (ill. 3) et la Diane de Versailles (ill. 4), immortels chefs-d’œuvre de la statuaire antique. A leurs côtés, six sculptures du XVIIe siècle dialoguent avec leurs illustres modèles, et montrent l’importance de cette influence des Anciens sur les Modernes du Grand Siècle. Au premier rang desquels Louis XIV, le plus grand collectionneur d’antiques de l’histoire de la monarchie. Comment cette impressionnante galerie a-t-elle été constituée ? Comment a-t-elle fécondé la créativité des artistes ? C’est ce que « Versailles et l’Antique » entend nous montrer.

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5. Balthazar Marsy (1628-1674),
Gaspard Marsy (1624-1681)
Latone et ses enfants, 1668-1670
Versailles, musée national des châteaux
de Versailles et de Trianon
Photo : Château de Versailles, Jean-Marc Manaï

Passée cette fastueuse antichambre, l’exposition se poursuit dans les Salles d’Afrique et de Crimée, déroulant l’histoire de la fascination qu’exerça le passé sur Versailles, cette « nouvelle Rome » rêvée par Louis XIV. En s’identifiant au Soleil et au dieu Apollon, le souverain inaugurait une véritable politique culturelle au service de son règne. La mythologie devint un miroir, la métaphore des vertus et du gouvernement revendiqués par le roi. Dans la salle de Constantine, la lumineuse évocation du « palais du Soleil », autour du groupe de Latone (ill. 5), montre à quel point la conception antique de l’harmonie entre les planètes et les saisons fut largement exploitée par La Fosse, Jouvenet ou Coypel. Car la passion de Louis XIV pour l’Antique ne devait pas seulement servir à décorer les demeures royales ou marquer la magnificence de son règne, elle devait aussi nourrir et former les artistes, peintres et sculpteurs mais aussi architectes, jardiniers ou ornemanistes et tous les poètes et intellectuels de l’époque.

Troisième étape du parcours, la salle du Maroc est dévolue aux « Héros et héroïnes antiques ». Ici encore, la scénographie est un modèle du genre : rassemblés au centre de la salle, les bustes et sculptures de marbre savamment éclairés contrastent avec les peintures et tapisseries qui les entourent. Le monde antique ici convoqué dépasse les frontières de Rome et de la Grèce : Babylone, la Perse, Rhodes, les Scythes fournissent des thèmes exploités par Rubens (Thomyris reine des Scythes massagètes) (ill. 6) ou Charles Le Brun (Tenture de l’Histoire d’Alexandre). Instrument de pouvoir, l’Antiquité, métaphore à peine déguisée du présent, affirme et légitime le pouvoir et son principal représentant : le monarque lui-même.


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6. Pierre Paul Rubens
(1577-1640)
Thomyris, reine des Scythes, fait plonger la
tête de Cyrus dans un vase rempli de sang

Paris, musée du Louvre
Photo : RMN-Grand Palais
(Musée du Louvre)/Jean Schormans
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7. Pierre Lepautre (1660-1744)
Atalante, un des quatre coureurs de Marly,
1703-1705
Paris, musée du Louvre
Photo : RMN-Grand Palais
(Musée du Louvre)/René-Gabriel Ojéda

Après l’inévitable et très élégante évocation du « Parnasse », mêlant dessins et peintures autour de la tapisserie d’après Mignard, celle consacrée aux « Matériaux antiques » s’avère elle aussi éblouissante, par la qualité des chefs-d’œuvre présentés – vases de porphyre, de marbre jaune, d’albâtre, de marbre bleu turquin, la statuette d’Enfant drapé dans un manteau, bustes d’empereurs ou de vestale anonyme...- et celle de leur présentation évoquant le Versailles de Louis XIV. Le goût du souverain et le faste de ses collections s’imposent ici dans une atmosphère évoquant le XVIIe siècle.
Cette salle ouvre sur la petite galerie où les « Sculptures inspirées de l’Antique », Atalante (ill. 7), Hippomène et Vénus callipyges bénéficient de la lumière naturelle. Copies, réinterprétations, sources d’inspiration, les modèles antiques sont un répertoire inépuisable de formes et de thèmes, auquel puisent les grands sculpteurs de l’époque, Flamen, Lepautre ou Coustou.

Ménageant de nouvelles surprises, la « Mythologie galante » présente des plombs de Tuby (L’Amour) et de Legros (Esope), près d’un magnifique Houasse (Iris révélant Morphée) (ill. 8), tandis que la salle évoquant la « Permanence de l’Antique au XVIIIe » fait se côtoyer les magnifiques boiseries du Cabinet des Muses (attribuée aux Rousseau) et des portraits allégoriques de Mesdames ou de favorites par Nattier et Drouais. Si la fin du règne de Louis XIV a freiné un temps la recherche du faste au profit d’un infléchissement plus intimiste, elle n’est pas pour autant une rupture dans la prédominance du goût pour l’antique.


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8. René-Antoine Houasse
(1645-1710)
Morphée s’éveillant à l’approche d’Iris
Versailles, musée national des
châteaux de Versailles et de Trianon
Photo : RMN–Grand Palais
(château de Versailles)/Gérard Blot
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9. Charles Le Brun (1619-1690)
Les Quatre complexions de l’homme
Versailles, musée national des
châteaux de Versailles et de Trianon
Photo : RMN–Grand Palais
(château de Versailles)/Gérard Blot

Le parcours s’achève ainsi avec les plans et dessins (ill. 9) peu vus du « Grand projet » de Louis XVI, rêve de gigantisme architectural, et l’impressionnant surtout dit « du mariage du Dauphin », colonnade en miniature de marbre, biscuit de Sèvres et bronze doré. Le style change – les découvertes archéologiques, entre autres, ont modifié la vision de l’Antiquité – mais les références gréco-romaines restent bien présentes, débouchant bientôt sur le néoclassicisme. Mais là commence une autre histoire.

On sort ébloui de cette exposition, mariage réussi d’érudition et de pédagogie, servi par une scénographique qui aide à la compréhension du sujet et satisfait le regard. D’autant plus que les organisateurs ont eu la bonne idée de supprimer les panneaux explicatifs – généralement causes d’embouteillages et de bousculades – et de les remplacer par de petits dépliants mis gratuitement à la disposition du public. « Versailles et l’Antique » renoue ainsi avec les grandes expositions versaillaises dédiées aux trésors de Dresde ou aux « Tables royales ».

Commissaires : Nicolas Milovanovic, Alexandre Maral, Geneviève Bresc-Bautier et Luc Martinez.


Collectif, Versailles et l’Antique, 2012, Éditions Artlys, 336 p., 50 €. ISBN : 9782854955125.


Informations pratiques : Château de Versailles, RP 834, 78008 Versailles Cedex. Tél : +33 (0)1 30 83 78 00. Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 9h à 17h30. Tarifs : 15 €, château + exposition.
Site internet

English Version


Sylvie Blin, mardi 18 décembre 2012




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