Une Vierge à l’enfant de Jean Hey pour le musée de Cluny


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1. Jean Hey (connu de 1472 à 1505)
Vierge à l’enfant entouré d’anges, 1493-1494
Panneau - 36,2 x 26,8 cm
En cours d’acquisition par le Musée de Cluny
Musée national du Moyen Âge, Paris
Photo : D. R.
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27/3/17 - Acquisition - Paris, Musée de Cluny - Active de l’avant-guerre aux années 1960, la galerie Bacri frères, 101 boulevard Hausmann, était spécialisée dans la Haute-Epoque. Les œuvres encore en possession des héritiers seront dispersées par Sotheby’s le 30 mars à Paris, parmi lesquelles des sculptures et des tapisseries du XVe siècle, un portrait féminin de Corneille de Lyon, de rares primitifs flamands et des beaux dessins de grands artistes des XVIIe et XVIIe siècles. A la fois collectionneur, marchand et historien d’art, Jacques Bacri (1911-1965) a fait de nombreuses découvertes au cours de sa carrière, les plus importantes étant les tapisseries de la Vie de la Vierge, que sa veuve donna en 1972 au musée de Cluny, et une petite Vierge à l’enfant entourée d’anges (ill. 1) achetée en 1936 dans une vente ordinaire, sans provenance, qu’il rendit à celui qu’on appelait encore à l’époque le Maître de Moulins. L’identification de cet artiste avec Jean Hey est désormais établie avec certitude « wikipedia dixit », acceptée par tous les spécialistes actuels, à l’exception d’Albert Châtelet (1983, 2001). Celui-ci, sans convaincre, a proposé de scinder en deux le catalogue de l’artiste, donnant à Jean1 Prévost - un peintre obscur documenté à Lyon - le retable de Moulins et les œuvres apparentées, et à Jean Hey l’Ecce Homo, signé, de Bruxelles ainsi que le Portrait du Dauphin Charles-Orlant du Louvre.
L’attribution de la peinture fut confirmée par une publication de Charles Sterling dans L’Œil en novembre 1963. La comparaison avec le panneau central du triptyque de Moulins (ill. 2) et plus encore avec le même sujet conservé à Bruxelles (Musée Royaux des Beaux-Arts, ill. 3) est révélatrice : mêmes visages, même anges aux drapés effilés, qu’on retrouve aussi dans la miniature de la Bibliothèque Nationale (ill. 4).


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2. Jean Hey (connu de 1472 à 1505)
La Vierge en gloire, vers 1498
Tempera sur panneau
Moulins, cathédrale Notre-Dame
Photo : Wikimedia/Domaine Public
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3. Jean Hey (connu de 1472 à 1505)
La Vierge à l’enfant adorée par les anges, vers 1490
Panneau - 38,5 x 29,5 cm
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts
Photo : Musées Royaux des Beaux-Arts
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4. Jean Hey (connu de 1472 à 1505)
Statuts de l’ordre de Saint-Michel, 1493-1494
Miniature sur parchemin - 38,5 x 29,5 cm
Paris, Bibliothèque nationale de France
Photo : Wikimedia/Domaine Public
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Accroché dans l’exposition avant la vente, alors qu’il n’a jamais été montré jusqu’ici au public, ni même aux spécialistes, le panneau ne fait pas partie de la vacation car il est en cours d’acquisition par le musée de Cluny. Il nous est parvenu dans un état inégal. Certains morceaux sont bien conservés : le voile bleu, le poignet en hermine et le manteau rouge, au couleur de la Passion du Christ comme dans les madones de Van Eyck ou Memling. D’autres parties sont usées, comme l’enfant Jésus et les visages des anges, même s’il reste certains accents de lumière. Le fond d’or et d’autres détails sont restaurés par trattegio. L’image n’en reste pas moins exceptionnelle, poétique, humaine, avec une forte présence de loin, et très belle de près malgré tout. Il s’agit probablement d’une image de dévotion plutôt que le volet droit d’un diptyque. Depuis l’achat par Chicago de la Vierge de douleur en 2005 (voir la brève du 29/7/05), cette œuvre restait la dernière du maître encore en mains privées, dans un corpus réduit à une quinzaine de peintures2.
On se félicite que ce tableau soit bientôt au Musée de Cluny. Celui-ci, après l’acquisition de triptyque d’Adriaen Isenbrandt en 2004, du Saint Vincent Ferrier d’Antoine de Lonhy en 2010, complète fort judicieusement son fonds de peinture du XVe siècle avec une œuvre qui n’avait pas nécessairement vocation à être achetée par le département des peintures du Louvre, mais qui devait être ancrée définitivement dans les collections nationales.


La Tribune de l’Art, lundi 27 mars 2017


Notes

1Et non Nicolas, comme nous l’avions écrit d’abord par mégarde, ce que nous a fait remarquer Albert Châtelet.

2Sotheby’s parle de 18 tableaux, mais comme dans plusieurs cas on a affaire à des fragments d’un même panneau, ou d’une même composition, le nombre exact est difficile à déterminer.





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