Une exposition sur le studio Delton


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1. Studio Delton
Le prince impérial sur un poney bai, 1865
Tirage sur papier albuminé - 19 x 22 cm
Paris, Musée Carnavalet

14/12/14 - Exposition - Paris, Musée de la Chasse et de la Nature - Le 5 mars 1860 meurt Alfred De Dreux. Moins d’un an plus tard, en février 1861, naît La Photographie hippique, studio créé par l’homme d’affaire Louis-Jean Delton, qui pendant près d’un demi-siècle photographia tout ce que Paris comptait de cavaliers. Il ne faut voir là qu’une coïncidence qui frappe néanmoins, tant cela ressemble à un passage de relai entre la peinture et la photographie. Certes, le portrait équestre peint subsista après la mort de De Dreux et Delton ne fut pas le premier à figer ainsi des chevaux sur papier albuminé. Mais son entreprise prospéra de telle manière qu’elle devint, bien davantage que les ateliers des peintres, l’étape indispensable pour tout cavalier qui se respectait, y compris pour les étrangers célèbres de passage à Paris.

Et ils étaient nombreux, ces cavaliers, de petite comme de basse extraction, comme nous le rappelle Nicolas Chaudun1 dans l’excellent petit catalogue qui accompagne l’exposition du Musée de la Chasse et de la Nature. À Paris, en 1880, on trouve pas moins de 79 000 chevaux, ce qui semble un record, alors que quarante ans plus tard il n’en restera que dix fois moins.
L’idée de Delton s’avéra donc payante, et à part une mauvaise période en 1866 où le studio passa près de la faillite, l’entreprise prospéra, passant ensuite sous la direction de ses fils, notamment de l’aîné qui portait le même double prénom et qui, au contraire de son père, s’intéressa de près à la technique photographique, allant avec son frère jusqu’à perfectionner le dispositif de déclenchement, le rendant plus rapide et permettant ainsi de meilleurs instantanés.

Louis-Jean Delton père n’était en effet pas un vrai photographe. Il ne s’en cachait d’ailleurs pas : « contrairement à ce qu’on pourrait se figurer, M. Delton était aussi peu photographe que possible. » affirmait ainsi un de ses amis. Il employa dans son studio des opérateurs qui restèrent anonymes à l’exception toutefois de Nadar qui y fit un passage éclair pendant un an en ne travaillant pour lui qu’une journée par semaine. Cet aspect industriel qui perdura toujours n’empêcha pas de nombreux clichés d’atteindre la dignité de l’œuvre d’art.


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2. Studio Delton
Mata Hari, 1910
Tirage photographique moderne d’après plaque de verre
Paris, Archives Hermès
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3. Studio Delton
Mlle Blanche Allarty, élève de M. Molier.
Le saut plané avec d’Artagnan
, 1911
Tirage photographique moderne d’après plaque de verre
Paris, Archives Hermès

L’exposition et le catalogue2 montrent des photos historiques comme celle du prince impérial sur son poney bai (ill. 1), selon la formule que l’on retrouve fréquemment : le cavalier pose sur sa monture devant un décor peint, dans l’atelier de l’avenue Foch. Mais la prise de vue pouvait également avoir lieu en extérieur comme celle où l’on voit Mata Hari debout sur le marche-pied d’une voiture (ill. 2).
Bien davantage que les personnages, célèbres, ou non, le vrai sujet, c’est le cheval. Pur-sang, cheval d’attelage, cheval de cirque (voir les remarquables photos du Cirque olympique où la technique de l’instantané permet de saisir l’animal en plein saut - ill. 3), cheval de course... Au fil du temps, la technique s’améliore : les deux fils Delton furent d’ailleurs les premiers à réussir une photo finish, permettant ainsi de départager deux chevaux à l’arrivée d’une course.
Le dernier cliché connu date de 1914. C’est le début de la guerre qui verra disparaître Louis-Jean Delton, troisième du nom, tué d’une balle en plein cœur, une guerre qui sera désormais mécanique. Si lié au cheval, l’atelier ne pouvait lui survivre.

Informations pratiques : Musée de la Chasse et de la Nature, 62, rue des Archives, 75003 Paris. Tél : +31 (0)1 53 01 92 40. Ouvert tous les jours de 11h à 18h sauf le lundi. Tarifs : 8 € (réduit : 6 €).
Site internet.

L’exposition se déroule du 21 octobre 2014 au 26 janvier 2015.

Nicolas Chaudun, Le Studio Delton. Miroir du temps des équipages, Actes Sud, 2014, 176 p., 39 €. ISBN : 978-2-330-03654-6.

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Didier Rykner, dimanche 14 décembre 2014


Notes

1Nicolas Chaudun collabore occasionnellement à La Tribune de l’Art.

2Toutes les photos exposées ne sont pas publiées, et inversement certaines photos reproduites dans l’ouvrage ne sont pas exposées. Certaines photos ne sont connues qu’à partir de plaques de verre conservées par les Archives Hermès. Des tirages modernes ont été effectués.





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