Une exposition et un livre sur l’orfèvre Johann Christian Neuber


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1. Johann Christian Neuber (1735-1808)
Tabatière formant cabinet minéralogique,
Dresde, vers 1765-1770
108 pierres dures - 6,7 x 4,8 x 3,5 cm
Collection privée
Photo : Galerie Kugel
Thomas Hennocque

28/9/12 - Exposition et publication - Paris, Galerie Kugel - En 2010, la galerie Kugel célébrait le goût pour l’antique ; cette année, un orfèvre minéralogiste du XVIIIe siècle y est à l’honneur : Johann Christian Neuber, qui se distingua entre 1762 et 1795 à la cour de Dresde et devint joaillier attaché à la Voûte Verte.
L’exposition, qui a d’ailleurs été présentée à la Grünes Gewölbe de Dresde, puis à la Frick Collection de New York avant de venir à Paris, réunit des « objets de galanterie », notamment des tabatières ornées de miniatures en porcelaine de Meissen et surtout de décors, figuratifs ou géométriques, composés de pierres dures de Saxe aux nuances infinies. Neuber mit au point une technique de mosaïque en cloisonné ; son modèle de tabatière formant un cabinet minéralogique fit sa renommée, déclinant de façon décorative et scientifique toutes sortes d’échantillons de pierres qui sont numérotés, puis identifiés dans un petit carnet caché dans la boîte (ill. 1) ; on a pu voir récemment un exemple au Musée Cognacq-Jay.

L’exposition accompagne un ouvrage consacré à Neuber, publié par Monelle Hayot, et en tous points admirable, tant par la qualité de l’édition que par la beauté de ses photos ou par l’érudition de son contenu. Il s’agit à la fois d’un catalogue complet de l’œuvre répertorié de cet orfèvre, établi par Alexis Kugel qui a par ailleurs dirigé le livre, et d’un ensemble d’essais. Une première partie décrit le contexte historique sous le règne de Frédéric-Auguste III, et le goût pour les pierres dures dans l’Europe du XVIIIe siècle. La deuxième partie se concentre sur la vie mouvementée de Johann Christian Neuber, qui mourut dans la misère après avoir fait banqueroute. Outre le catalogue raisonné, un chapitre s’attache à décrire l’art des tabatières, en distinguant celles purement décoratives de celles formant un cabinet minéralogique, un autre est consacré à ses rares œuvres monumentales : la console de Moritzbourg, jusque là inédite, conçue pour le pavillon de la Fasanerie dans le parc du château de Moritzbourg, le surtout de l’Électeur de Saxe, la cheminée d’apparat, presque entièrement détruite en 1945 et le surtout de Repnine aujourd’hui dispersé.


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2. Johann Christian Neuber (1735-1808)
Table Teschen, 1780-1789
Pierres de Saxe, plaques de porcelaine de Meissen,
bronze doré, âme de bois - 71 x 57,4 x 81 cm
Chateau de Breteuil
Photo : Galerie Kugel
Thomas Hennocque
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3. Johann Christian Neuber (1735-1808)
Table de Teschen, détail
1780-1789
Pierres de Saxe, plaques de porcelaine de Meissen,
bronze doré, âme de bois - 71 x 57,4 x 81 cm
Chateau de Breteuil
Photo : Galerie Kugel
Thomas Hennocque

Une partie importante du livre est dédiée au chef-d’œuvre de Neuber, la fameuse « table de Teschen » dite aussi « table de l’Europe », qui constitue le point d’orgue de l’exposition (ill. 2 et 3). Le 13 mai 1779 fut signé à Teschen le traité de paix entre l’Autriche et la Prusse qui marquait la fin de la guerre de succession de Bavière, grâce à la médiation de la Russie, représentée par le prince Repnine, et de la France, en la personne du baron de Breteuil qui se vit offrir ce meuble stupéfiant par l’Électeur de Saxe en guise de remerciement. Le plateau ovale de la table reprend le principe des tabatières minéralogiques : 128 échantillons de pierres dures et semi-précieuses sont disposés dans des compartiments, numérotés, accompagnés d’un livret indiquant leur nom et leur origine. L’ensemble est complété de médaillons en porcelaine de Meissen.
La table est aujourd’hui encore conservée au château de Breteuil ; plus pour longtemps, malheureusement, puisque la demande d’un certificat d’exportation a été déposée le 1er juin 2010. Elle a été refusée, mais si l’État renonce à acquérir cette œuvre avant le 1er décembre 2012, c’est-à-dire dans deux mois, elle pourrait quitter le territoire national ce qui serait une perte majeure pour le patrimoine français. On ne voit guère qui d’autre que le Louvre pourrait se porter acquéreur de ce meuble-bijou extraordinaire, une pièce unique au monde dont l’intérêt à la fois historique et artistique est considérable.

Le luxe, le goût, la science. Neuber, orfèvre minéralogiste à la cour de Saxe, du 13 septembre au 10 novembre 2012
Galerie Kugel, 25 Quai Anatole France, 75007 Paris. Tél : +33 (0)1 42 60 86 23. Ouvert du lundi au samedi 10h30 à 19h.


Sous la direction d’Alexis Kugel, « Le luxe, le goût, la science... » Neuber orfèvre minéralogiste à la cour de Saxe, Editions Monelle Hayot, 423 p., 100 €. ISBN : 9782903824808.


English Version


Bénédicte Bonnet Saint-Georges et Didier Rykner, vendredi 28 septembre 2012





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