Un Vernansal pour Chicago


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Guy-Louis Vernansal (1648-1729)
David implorant des secours de Dieu pour la peste, 1690/1700
Huile sur toile - 256 x 322 cm
Chicago, Art Institute
Photo : Stéphane Grodée

26/10/15 - Acquisition - Chicago, Art Institute - Le musée américain vient de s’enrichir d’une toile importante de Guy-Louis Vernansal. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais le marchand amiénois Stéphane Grodée n’a pas réussi à vendre ce tableau à un musée français. Dommage pour eux (et pour nous), et bravo à Chicago qui s’est enrichi d’une œuvre de qualité et de très grand format, peinte pour l’hôpital de la Charité à Paris, versée en 1794 au dépôt des Petits-Augustins d’Alexandre Lenoir et probablement vendue peu de temps après.
L’iconographie du tableau est tirée du chapitre 24 du deuxième livre de Samuel. Alors que David avait ordonné le recensement du peuple d’Israël pour connaître le nombre d’hommes prêts à combattre, il réalisa qu’il s’agissait d’une faute1. Il se tourna vers le Seigneur et lui dit : « C’est un grand péché que j’ai commis ! Maintenant, Seigneur, daigne passer sur la faute de ton serviteur, car je me suis vraiment conduit comme un insensé ! ». Mais Yahvé, par l’intermédiaire du prophète Gad, lui proposa de choisir parmi trois punitions : « Préfères-tu qu’il y ait la famine dans ton pays pendant sept ans ? Ou bien fuir devant tes adversaires lancés à ta poursuite, pendant trois mois ? Ou bien la peste dans ton pays pendant trois jours ? » David choisit la peste, qui fit tout de même 70 000 morts. Mais au moment de frapper Jérusalem, Yahvé arrêta la main de l’ange exterminateur...

C’est cet épisode que représente le tableau de Vernansal. À gauche se trouve le prophète Gad. David, que l’on reconnaît à sa couronne et à la lyre qui jonche le sol, regarde, implorant, l’ange qui tient l’épée de feu dans une main, un crâne et un fouet dans l’autre. Une femme retient le bras du roi, l’air interrogatrice, tandis que deux hommes agenouillés prient.
On reconnaît, dans la composition, qui fait la part belle à l’expression des sentiments, et dans le style de ce tableau, un élève de Charles Le Brun, ce que fut Vernansal, ainsi que son collaborateur aux Gobelins. Reçu à l’Académie Royale en 1687, il fut adjoint à professeur en 1695 puis professeur en 1704. Il participa aux grands chantiers royaux, notamment aux Tuileries, à Versailles (appartement du duc de Bourgogne...) et à Fontainebleau (petits appartements de la Reine), et réalisa de nombreux cartons de tapisserie pour les Gobelins et pour Beauvais. Malheureusement, plus aucun décor de sa main n’est aujourd’hui conservé. Le château de Versailles possède en revanche une Allégorie de la révocation de l’Édit de Nantes, et des tableaux se trouvent dans des églises (Saint-Nicolas à Meaux, et l’église Saint-Quentin de Montcavrel). En 1688, un May lui fut commandé pour Notre-Dame, Le Christ ressuscitant la fille de Jaïre, aujourd’hui roulé dans les réserves du Musée d’Arras...


Didier Rykner, lundi 26 octobre 2015


Notes

1Nous n’avons pas réussi à savoir pourquoi effectuer un recensement était considéré comme un grave péché. Il n’a pas fallu longtemps pour qu’un lecteur savant, Jean Fornéris, que nous remercions, nous indique en commentaire que « Le peuple d’Israël appartient à Dieu ; il n’appartient donc pas à l’homme de s’en emparer à travers l’évaluation que constitue un recensement. En fait, c’est Satan qui tente David et l’incite à outrepasser sa fonction de roi serviteur de Yahvé. Le recensement ordonné par David peut être considéré comme un péché d’orgueil ».





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