"Un romantisme mitigé". La vie et l’œuvre du sculpteur Chaponnière Contenu abonnés


Auteur : Luba Rhodes

jpg-couverture_chaponniere-jpgJean-Étienne Chaponnière appartient à ce groupe de sculpteurs qui imposèrent leurs noms au tout début de la monarchie de Juillet en utilisant la vitrine du Salon et la presse acquise au romantisme. Plus jeune que Barye et Moine, il est légèrement plus âgé que Feuchère, Duseigneur, Etex et Préault, quand s’ouvre sa brillante carrière. Elle se referma brutalement en 1835, pleine de succès déjà et de promesses encore, après la mort précoce d’un jeune homme poitrinaire, qui avait brûlé trop vite l’énergie de ceux qui se savent condamnés. Comme s’il fallait noircir davantage ce destin en le raccourcissant de quatre ans, la synthèse fameuse de Luc Benoist sur la sculpture romantique (Paris, 1923) fait naître Chaponnière en 1805. Autant que l’importance intrinsèque de son œuvre, les erreurs qui courent sur le compte de l’artiste justifiaient amplement la volumineuse monographie de Luba Rhodes, issue d’une thèse soutenue à Genève en 2005 et dirigée par Pierre Vaisse. Ce dernier signe la postface du présent ouvrage en insistant sur la nécessité de réexaminer la production de ceux, peintres et sculpteurs, que le XXe siècle accusa de conservatisme afin de valoriser les seuls « novateurs ». Une meilleure compréhension des enjeux esthétiques propres aux années 1822-1835 ne peut évidemment plus exclure les oubliés, qu’ils aient connu ou non un forme de succès public et de consécration officielle en leur temps. Cette lutte contre l’amnésie et les lectures réductrices, le plus souvent anachroniques et formalistes, est l’une des conditions essentielles au renouvellement, toujours attendu, de l’histoire de la sculpture romantique française. On ajoutera qu’il importe tout autant de rafraîchir nos problématiques, d’aiguiser notre regard que d’élargir le corpus et la documentation.

Le livre de Luba Rhodes relève de ce que Pierre Vaisse nomme, avec un peu de provocation, l’« histoire de l’art sérieuse ». Autrement dit, l’enquête se présente comme l’inventaire de tout ce que l’auteur a pu découvrir et réunir patiemment sur Chaponnière, sa vie et son œuvre. La première surprise que réserve cette savante exhumation est sa richesse. Si brève qu’elle fût, l’existence du sculpteur abonde en réalisations importantes et en initiatives fructueuses ; elle jette de plus sur l’époque une lumière passionnante et nous rappelle toute la vigueur du milieu artistique suisse à Paris. Nul hasard donc si Pradier comme Gleyre nous ont laissé deux images convergentes de leur compatriote, traits fins, la barbe et les cheveux coupés d’un jeune dandy, soucieux aussi de se vêtir avec le même soin. Un troisième portrait, signé par Louis-Moïse Spiess, indique quant à lui l’attachement de Chaponnière à la cause philhellène. L’un des grands mérites du travail de Luba Rhodes est de ne pas sacrifier les positions politiques du sculpteur au profit d’une analyse dégagée des circonstances qui ont tant pesé sur l’œuvre. Né en 1801 à Genève, trois ans après l’annexion de cette République par le…

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