Un livre blanc pour l’enseignement de l’histoire de l’art


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31/5/12 - France – Enseignement de l’histoire de l’art – L’APHAU, Association des professeurs d’archéologie et d’histoire de l’art des universités, présentait aujourd’hui un « livre blanc sur l’enseignement de l’histoire des arts dans les écoles et lycées » que l’on pourra télécharger sur leur blog ou en cliquant ici.

On souscrira à (presque) tous leurs constats ainsi qu’à leurs propositions de solution. Il est cependant dommage que ce soient des historiens de l’art (ils emploient ce terme exact dans le nom de leur association) qui reprennent à leur compte la dénomination « histoire des arts » utilisées par l’Éducation Nationale. Les termes ne sont pas neutres et le pluriel marque un flou qui ne peut que nuire à cette cause. Le livre blanc le justifie par l’affirmation que l’histoire de l’art ne se limite pas à la peinture, l’architecture et la sculpture, et qu’elle comprend aussi la photographie, le cinéma, l’illustration, le design, l’art des jardins, l’urbanisme, l’art numérique, etc. C’est tout à fait vrai, mais qui a jamais prétendu que l’art des jardins, l’illustration ou la photographie n’étaient pas de l’art ? Le design, le cinéma ou la performance le sont également, mais ils concernent par nature uniquement les XXe et XXIe siècles. L’histoire de l’art, de la préhistoire au XIXe siècle, est essentiellement faite d’architecture, de peinture ou de sculpture et qu’on le veuille ou non, ces œuvres couvrent une période chronologique bien plus étendue. Quant à la musique, elle a depuis longtemps droit de cité à l’école, et le théâtre est inclus fort logiquement dans la littérature. Décidément, l’histoire de l’art n’a pas besoin pour exister d’un pluriel qui fleure bon le politiquement correct. Il serait contre-productif de lutter contre cette dénomination, mais on n’est pas obligé de l’utiliser.

L’échec relatif de la mise en œuvre de l’introduction de l’histoire de l’art à l’école telle qu’elle a été mise en place par le précédent gouvernement était prévisible (voir nos articles), même si celle-ci a eu l’avantage réel d’introduire officiellement un temps à consacrer cette discipline.
Il ne s’agit en effet pas réellement d’un enseignement comme les autres puisque, comme le souligne une formule employée par Nadeije Laneyrie-Dagen, celui-ci est dispensé par des professeurs non compétents (dans cette matière) alors que des personnes compétentes et qui souhaiteraient pouvoir le faire ne le peuvent pas. Aucune formation n’est prévue pour les professeurs qui doivent enseigner des matières qu’ils ne connaissent pas. Imaginerait-on un professeur de mathématiques à qui l’on demanderait d’enseigner l’anglais ?

Les propositions faites relèvent donc du simple bon sens. Elles s’articulent en quatre points. Le premier : que l’histoire de l’art soit reconnue comme une discipline à part entière et un enseignement autonome. Le deuxième : que des enseignants soient formés dans cette discipline et recrutés ; conscients du coût de la mise en place d’une agrégation, ils demandent a minima la création d’un CAPES, qui pourrait être éventuellement doublé avec une autre discipline (l’histoire ?) comme il existe des CAPES d’histoire-géographie.
La troisième recommandation est une proposition de programme (nous renvoyons au texte que nous ne pouvons reproduire in extenso ici) puisque actuellement l’APAHAU constate qu’il n’en existe aucun. Au collège, les élèves étudieraient chronologiquement les différentes périodes, tandis qu’au lycée le discours serait davantage transversal. Tel qu’il est rédigé, ce projet de programme semble cohérent et représenter une bonne base de discussion.
Enfin, la dernière proposition consiste à mettre en place une évaluation mais ses modalités ne sont curieusement détaillées que pour le Diplôme national du brevet (à la sortie du collège) et pas vraiment pour le baccalauréat.

Ce livre blanc atteindra-t-il son objectif ? Le changement de gouvernement peut être une opportunité à saisir, d’autant que la seule promesse faite par le candidat Hollande dans ce domaine était de lancer un « plan national d’éducation artistique ». Il faut cependant espérer qu’il ne s’agit pas dans son esprit de la pratique d’une activité artistique qui non seulement existe déjà mais est une chose très différente - ce rapport le souligne - de l’enseignement de l’histoire de l’art.
Il ne faut cependant pas se bercer d’illusions : ces recommandations, que l’on aimerait tous voir mises en œuvre, ont un coût. Ce ne sont pas seulement quelques professeurs qu’il faudra recruter et former, même si l’objectif (une heure de cours par semaine) reste modeste.

On conclura sur un regret : pour vendre le fait, indéniable, que la culture est un axe majeur de développement, le rapport cite en exemple le cas de la Communauté d’agglomération d’Aix-en-Provence et ses expositions spectacles au Musée Granet qui ont pour conséquence de remiser ses collections dans un garde-meuble (voir nos articles). Les musées, le patrimoine et l’histoire de l’art ont tout à perdre de ce type de manifestations, et il est assez paradoxal que des professeurs d’histoire de l’art puissent s’en féliciter.


Didier Rykner, jeudi 31 mai 2012





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