Un Jacques Blanchard identifié à Austin


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1. Ici attribué à Jacques Blanchard (1600-1638)
Danaë
Huile sur toile - 93,4 x 128,4 cm
Austin, Blanton Museum of Art
Photo : Didier Rykner

15/3/13 - Restauration et attribution - Austin, Blanton Museum of Art - Le Blanton Museum of Art d’Austin, dont nous parlerons bientôt dans le cadre de notre série Itinéraires sur le Texas, présente actuellement une petite exposition dossier sur des tableaux récemment restaurés. Parmi eux, une Danaë donnée au « Cercle de Simon Vouet » a récemment retrouvé un putto, témoin de la scène, et le Jupiter dans le ciel qui avaient été masqués par des repeints (la scène doit se situer juste avant la pluie d’or car celle-ci n’est pas visible sur le tableau). Le résultat est très spectaculaire (ill. 1) mais l’attribution vague que porte le tableau peut certainement être précisée. Pour un amateur de XVIIe siècle français, le nom de Jacques Blanchard semble s’imposer, et nous avons appris grâce à Olivier Meslay que Pierre Rosenberg, il y a deux ans, avait prononcé ce nom alors que l’œuvre n’avait pas retrouvé sa composition originale. L’information n’était pas parvenue au musée qui ne l’a donc pas encore prise en compte.

La carnation et la physionomie bien en chair de Danaë sont très typiques de celui que l’on a surnommé le « Titien français ». Le putto redécouvert est à lui seul une véritable signature de l’artiste. On retrouve ce type d’enfant dans les nombreuses Vierge à l’enfant et Charité de Blanchard.
Celui-ci a peint à plusieurs reprises le sujet de Danaë. Le catalogue raisonné établi par Jacques Thuillier à l’occasion de la rétrospective de Rennes en 1998 en répertoriait plusieurs. Un tableau (où l’on voit également l’Amour) est conservé au Musée des Beaux-Arts de Lyon (dont une autre version se trouve à Tsarkoïe-Selo et une troisième vendue chez Christie’s Londres en 19891 et un autre est connu par une photographie noir et blanc mais de localisation inconnue2. Deux compositions différentes pour des toiles perdues sont connues par des gravures (l’Amour en est absent)3. Enfin, cinq Danaë ne correspondant avec certitude à aucun de ces tableaux sont mentionnés dans la liste d’œuvres perdues connues par les sources. Parmi celles-ci, trois ne peuvent être identifiés à la toile d’Austin, une quatrième est décrite trop sommairement et sans indication de dimensions, tandis qu’une cinquième, qui appartenait à l’Ermitage mais a été vendue en 1854, a des dimensions de 91 x 131 cm très proches de celles de celle du Blanton (93,4 x 128,4 cm) ce qui, compte tenu des approximations des mesures, en fait un candidat possible. On ne peut néanmoins, en l’absence de davantage d’indices, en conclure qu’il s’agit du même tableau.


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2. Jacques Blanchard (1600-1638)
La Charité
Huile sur toile - 110,5 x 142,8 cm
Austin, Blanton Museum of Art
Photo : Blanton Museum of Art

Signalons enfin que si l’attribution à Jacques Blanchard de ce tableau est bien confirmée, il s’agira du deuxième de cet artiste à faire partie des collections du Blanton Museum, celui-ci possédant déjà une Charité de sa main (ill. 2), d’une composition identique à celle du Louvre. Bien que Jacques Thuillier l’ait répertorié en 1989 comme une copie, il est aujourd’hui exposé comme autographe, ce que sa qualité semble confirmer.

English Version


Didier Rykner, vendredi 15 mars 2013


P.-S.

Guillaume Kazerouni, que nous remercions, nous a signalé que cette œuvre avait été publiée dans les actes du colloque Simon Vouet (collection des Rencontres de l’Ecole du Louvre) comme peut-être de Virginia da Vezzo (attribution due à William Crelly), ce qui la replacerait dans le cercle de Simon Vouet. Kazerouni lui même ne croit pas à l’attribution à Blanchard. Il pense notamment que la Danaë est trop lisse, un terme également employé de manière indépendante par Moana Weil-Curiel qui se montre également dubitatif.

Voir aussi la brève du 19/3/13 où nous reparlons de ce tableau et de son attribution.

[Addendum 23/3/14 : cette attribution à Jacques Blanchard ne fait pas l’unanimité, c’est le moins que l’on puisse dire : Barbara Brejon de Lavergnée, dans le catalogue de l’exposition Dessins français du XVIIe siècle de la Bibliothèque nationale de France, à propos d’un dessin de l’atelier de Simon Vouet proche de cette figure, indique qu’elle n’y souscrit pas, le plaçant elle aussi, « dans l’orbite de Vouet ».]


Notes

1Cat. 22 dans le catalogue de Jacques Thuillier.

2Cat. 72 dans le catalogue de Jacques Thuillier.

3Cat. 23 et 24 dans le catalogue de Jacques Thuillier.





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