Un anti-Guernica de José María Sert pour Madrid


18/3/16 - Acquisition - Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía - Dans la recension de l’exposition « José María Sert. Le Titan à l’œuvre au musée du Petit-Palais », était reproduite l’Intercession de sainte Thèrèse pendant la guerre d’Espagne (ill. 1), préparatoire au grand format, aujourd’hui perdu1, qui décorait le pavillon du Vatican à l’Exposition Universelle de Paris en 1937. Une autre esquisse (ill. 2), plus élaborée, est passée aux enchères à Barcelone (chez Balclis) le 16 décembre 2015 et a été acquise par le musée d’art moderne madrilène pour 12 000 €.


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1. José María Sert (1874-1945)
Pour les martyrs d’Espagne :
l’intercession de Sainte Thérèse de Jésus
dans la Guerre civile espagnole
, 1937
Esquisse pour l’autel du
Pavillon du Vatican, Exposition Universelle de Paris
Huile, vernis et or sur carton – 48 x 74 cm
Collection particulière
Photo : Daniel Couty
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2. José María Sert (1874-1945)
L’Intercession de sainte Thèrèse pendant
la guerre d’Espagne
(esquisse)
Huile et or sur toile - 82 x 49,8 cm
Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía
Photo : Subastas Balclis

On y voit l’autel, une grande draperie rouge tenue par les deux colonnes (d’Hercule) et l’inscription « Plus Ultra » qui est la devise de l’Espagne, signifiant bien par là que le pavillon pontifical servait de représentation diplomatique officieuse au gouvernement de Franco. Sert, qui avait reçu et honoré la commande faite par la jeune République hispanique en 1935 pour la décoration de la salle du Conseil à la Société des nations de Genève (toujours en place), était passé à la cause franquiste au cours du premier semestre 19372. Rappelons que la pavillon officiel espagnol (qui présentait entre autre Guernica) était construit par son neveu, le grand architecte Josep Lluís Sert.

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3. José María Sert (1874-1945)
Étude pour sainte Thérèse
Étude photographique sur papier argentique
noir et blanc avec mise au carreau
Collection particulière
Photo : D. R. (domaine public)

Dès le retour de Guernica en Espagne en 1981, l’institution a réuni un important fonds d’œuvres d’artistes engagés du coté républicain dans la Guerre civile (Miró, Buñuel, Lorca Alberto Sánchez, Julio Gonzáles...), qui constitue le moment fort du parcours muséal. La propagande de l’autre coté était absente (même si des artistes adhérents à la phalange fasciste comme Alfonso Ponce de León sont montrés, mais avec de sujets non liés à l’actualité). La toile s’inscrit bien dans l’esthétique baroque de José María Sert, une composition post-tridentine avec la trichromie or-noir-rouge qui lui est caractéristique. Les racourcis ont été travaillés grâce à des photos prises dans l’atelier (ill. 3) suivant une technique bien étudiée chez lui. On peut se demander si son ami Salvador Dali, toujours prêt à réinterpréter les idées des autres, ne s’est pas en partie inspiré de la figure du Christ en apesanteur pour son célèbre Christ de saint Jean-de-la-Croix (1951, Glasgow, Kelvingrove Art Gallery and Museum). Le Museo de la Reina Sofia possèdait déjà de Sert les panneaux des quatres saisons (1917-1920, non exposés), provenant de l’un de ses rares cycles monumentaux qui ne soit pas sur fond or ou argent, et qui avaient été remontés pour l’exposition parisienne de 2012.


Michel de Piles, vendredi 18 mars 2016


Notes

1Il est reproduit dans le livre d’Alberto Del Castillo, José María Sert, su vida y su obra, Barcelone-Buenos Aires, 1947, planche 195.

2Sur les raisons de ce revirement (les massacres anticléricaux, la destruction de la cathédrale de Vich...) voir dans le catalogue de Paris 2012 l’article de Susana Gállego Cuesta et Pilar Sáez Lacave, « Sert et la politique », in José María Sert, Le Titan à l’œuvre (1874-1945), Petit Palais, Paris musées - Actes Sud, 2012, p. 59.





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