Qui sera le prochain ?


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Hôtel Salé (Musée Picasso)
Photo : Didier Rykner

Les observateurs qui critiquent la décision d’Aurélie Filippetti de débarquer Anne Baldassari de son poste de présidente du Musée Picasso sont soit très hypocrites, soit bien mal informés. Car ce que l’on peut surtout reprocher à la ministre de la Culture (et à ses prédécesseurs) c’est d’avoir tant tardé à prendre cette décision. Le management autoritaire, pour parler par euphémisme, que l’on attribue à Anne Baldassari est en effet connu depuis très longtemps dans le milieu des musées, mais cela n’avait eu jusqu’à aujourd’hui aucune conséquence. D’ailleurs, beaucoup d’autres raisons auraient dû inciter à son remplacement : la dérive incroyable du coût (de 35 à 52 millions d’euros) et des délais du chantier (plus de trois ans de retard) ; la manière pour le moins cavalière avec laquelle elle se servait des œuvres pour le financer, n’hésitant pas à les louer partout dans le monde au détriment des prêts qu’elle refusait à de nombreux musées pour leurs expositions, un « Picasso World Tour » qui avait d’ailleurs commencé près d’un an avant le début des travaux, privant le public d’œuvres qu’il était en droit de voir ; et enfin, cerise sur le gâteau, la construction d’une aile avant la délivrance du permis de construire et la destruction du jardin à la française remplacé par une hideuse pergola qui cache la façade de l’hôtel Salé (voir l’article). Bref, à part la famille Picasso, qui rend ainsi bien peu hommage au peintre, personne ou presque ne la regrettera, et certainement pas le personnel du musée.

Deux présidents d’établissements publics avaient déjà été remerciés par Aurélie Filippetti : Isabelle Lemesle, du Centre des Monuments Nationaux, et Olivier de Bernon, du Musée Guimet, pour des raisons assez similaires à celles qui ont entraîné le départ d’Anne Baldassari.
D’autres pourraient encore suivre ce mouvement, tout aussi légitimement. Michel Guerrin, dans un article du Monde paru il y a deux jours, en citait au moins deux dont les comportements discutables sont tout aussi connus que l’étaient ceux d’Anne Baldassari, se demandant « pourquoi les patrons de gros musées, plutôt discrets jusqu’au début des années 1990, sont-ils devenus si rock’n’roll ». Le terme est gentil, pour une réalité qui l’est beaucoup moins. La reprise en main nécessaire de la ministre ne pourra être crédible que si elle poursuit cette politique de mise au pas de présidents de musées se prenant pour des monarques absolus. Elle devrait certainement le faire avant d’être mise en face de ses responsabilités par une nouvelle crise. Car rien ne dit que le courage dont ont fait preuve les employés du Musée Picasso ne donnera pas des idées à d’autres.


Didier Rykner, mardi 13 mai 2014





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