Quatre peintures acquises par le Metropolitan


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1. Ottavio Leoni (Il Padovano) (1578–1630)
Un cardinal et sa suite, 1621
Huile sur cuivre - 39,4 x 37,5 cm
New York, The Metropolitan Museum of Art
Photo : The Metropolitan

29/8/13 - Acquisitions - New York, Metropolitan Museum - Plusieurs peintures sont récemment entrées dans les collections du Metropolitan, l’un des musées au monde les plus actifs dans les acquisitions.

Une huile sur cuivre du début du XVIIe siècle représentant un cardinal et sa suite (ill. 1) a été offerte au musée en 2012 par Damon Mezzacappa. Passée en vente chez Christie’s le 12 janvier 1996 sous le nom de Jacopo Chimenti, dit Jacopo da Empoli, elle est désormais attribuée à Ottavio Leoni.
Sous une colonnade se déploie une frise d’hommes dont les visages individualisés suggèrent qu’il s’agit bien de portraits. Deux d’entre eux regardent le spectateur : le cardinal tout d’abord, placé au centre, une lettre à la main, ainsi que le personnage qui se tient derrière lui et se distingue des autres par son habit. Leur identité reste incertaine, malgré la masse en or et en argent que porte l’homme qui précède le cardinal, ornée d’un aigle et d’un lion, qui pourrait symboliser des armoiries. Peut-être s’agit-il du cardinal Francesco Cennini de Salamandri (1566-1645) suivi de Ludovico Ludovisi (1595-1632), neveu du pape Grégoire XV. Quant à l’église qui se dresse à l’arrière-plan, elle ne semble correspondre à aucun édifice connu. En bas à droite est esquissée en grisaille une bataille, mettant en scène notamment un cavalier de face, en raccourcis, et un homme à terre.
Fils du Padouan Ludovico Leoni installé à Rome, Ottavio, parfois surnommé Il Padovanino, est aujourd’hui connu pour ses portraits dessinés ; il en peignit aussi un certain nombre, comme celui du cardinal Borghese (au Musée Fesch). Il réalisa aussi des peintures sur cuivre, notamment Suzanne et les vieillards au Detroit Institute of Arts.

Autre peinture du XVIIe siècle, le Paysage avec Herminie de Claude Gellée (ill. 2) est peut-être une esquisse pour une composition plus importante ou un tableau inachevé ; il a été donné en 2013 par Eugene V. Thaw. Le peintre a représenté un épisode de La Jérusalem délivrée du Tasse : Herminie, qui resta un temps parmi les bergers, inscrivit le nom de celui qu’elle aime, Tancrède, dans l’écorce d’un arbre. Le sujet du tableau fut discuté, certains y voyant Œnone ; le Lorrain a déjà peint ce sujet sur une toile conservée au Louvre intitulée Le Gué : la nymphe Œnone montre à Pâris les serments d’amour qu’il a gravés sur le tronc d’un peuplier. Outre l’iconographie, l’attribution non plus ne fait pas l’unanimité : certains voient dans la peinture du Metropolitan la main d’Agostino Tassi, la rapprochant d’un dessin conservé aux Offices de Florence ; un autre se trouve au Harvard Art Museum.


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2. Claude Gellée dit le Lorrain
Paysage avec Herminie, vers 1647
Huile sur bois - 33 x 46 cm
New York, The Metropolitan Museum of Art
Photo : The Metropolitan
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3. Joseph Wright of Derby (1734–1797)
Le Tombeau de Virgile au clair de lune,
Sillus Italicus déclamant des vers
, 1779
Huile sur toile - 101,6 x 127 cm
New York, Metropolitan Museum
Photo : Metropolitan Museum

Le XVIIIe siècle est représenté par Silius Italicus déclamant des vers sur la tombe de Virgile au clair de lune de Joseph Wright of Derby, acheté par le musée en 2013 à la Matthiesen Gallery de Londres (ill. 3). Consul en 68 avant J.-C., dernière année du règne de Néron, Silius Italicus était aussi un poète admiratif de Virgile, lui-même auteur des Punica. On dit qu’il acheta le terrain sur lequel se trouvait le tombeau de Virgile, près de Naples, et qu’il venait chaque année y déclamer des vers du grand poète. Cette tombe serait abritée dans une grotte sur le mont Pausilippe que visitèrent tous ceux qui entreprirent le Grand Tour au XVIIIe siècle. Wright séjourna en Italie de 1773 à 1775, et il connaissait probablement la gravure de Paolo Antonio Paoli représentant la tombe de Virgile, qui fut publiée en 1768 dans Antichità di Pozzuoli.
Cette peinture fut exposée à la Royal Academy en 1779 avec un certain succès. L’artiste joue ici du contraste entre la chaude lueur de la lanterne à l’intérieur de la grotte et le clair de lune argenté qui baigne le paysage.
On connaît d’autres versions plus tardives de cette composition, deux d’entre elles notamment représentent le tombeau vide, sans la présence de Silius Italicus : l’une de 1782 montre le tombeau au clair de lune (Derby Museum and Art Gallery), l’autre de 1785 le décrit en plein jour (musée de l’Ulster, à Belfast). Il en aurait réalisé six au total.

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4. Pierre-Auguste Cot (1837-1883)
Le Printemps, 1873
Huile sur toile - 213,4 x 127 cm
New York, The Metropolitan Museum of Art
Photo : The Metropolitan Museum

Enfin, Le Printemps est l’une des peintures les plus célèbres de Pierre-Auguste Cot (ill. 4). L’œuvre, qui était en dépôt au musée depuis plusieurs années, lui a finalement été donnée par Steven et Alexandra Cohen. Cot qui s’est formé auprès de Bouguereau, Cabanel et Léon Cogniet, exposa pour la première fois au Salon de 1863 et c’est à celui de 1873 que fut présentée cette toile, non loin des Nymphes et satyre de Bouguereau. Deux tableaux que John Wolfe acheta et accrocha côte à côte dans sa résidence de Manhattan.

Le peintre met en scène deux jeunes gens dans une Arcadie suggérée par la nature qui les entoure et leurs vêtements antiquisants : le jeune homme, au teint halé, dont on ne voit pas le regard, n’esquisse aucun geste vers sa compagne, au contraire, son genou semble former une barrière ; la jeune fille en revanche, à la peau d’une éclatante blancheur, entoure de ses bras le cou de son compagnon, et son regard malicieux, presque ambiguë, voire tentateur, contraste avec la blancheur de son habit qui symbolise la pureté.
Le Printemps rejoint une autre peinture de l’artiste conservée au Metropolitan qui fut commandée par la cousine de John Wolfe, achevée en 1880 et pourrait presque former un pendant : La Tempête.

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Bénédicte Bonnet Saint-Georges, jeudi 29 août 2013





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