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Paul Cézanne. Le Chant de la Terre


Martigny, Fondation Gianadda, du 16 juin au 19 novembre 2017.

Ainsi s’achève le cycle impressionniste de la Fondation Gianadda en hommage à l’historien de l’art anglais Ronald Pickvance, décédé en mars dernier. A l’origine de la toute première exposition de la série, Edgar Degas en 1993, il conçut ensuite les rétrospectives Edouard Manet en 1996, Paul Gauguin en 1998 et Vincent Van Gogh en 2000. Après eux, Berthe Morisot en 2002 et, plus récemment, Claude Monet et Pierre-Auguste Renoir en 2011 et 2014, c’est donc Paul Cézanne qui est à l’honneur. Cette nouvelle exposition monographique réunit une centaine d’œuvres grâce aux prêts de nombreuses collections publiques et privées internationales, quatre-vingt huiles sur toiles et une vingtaine d’aquarelles et de dessins, dont plus d’une dizaine n’avait jamais ou rarement été présentée au public. Daniel Marchesseau, entouré de la Société Paul Cézanne, de conservateurs et d’universitaires spécialistes de l’artiste, a conçu une exposition chronologique et thématique représentative de l’ensemble de l’œuvre du peintre. Elle est construite autour de trois grandes sections chronologiques organisées par décennies auxquelles s’ajoutent tout au long du parcours des séquences thématiques illustrant les motifs récurrents chers à l’artiste.


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1. Paul Cézanne (1839-1906)
Le Jeu de cache-cache, d’après Lancret, 1862-64
Huile sur toile - 165 x 218 cm
Hiroshima, Nakata Museum
Photo : Musée Nakata, Onomichi (Hiroshima)
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2. Paul Cézanne (1839-1906)
Usines près du plateau du Cengle, 1867-69
Huile sur toile - 41 x 55 cm
Zurich, Collection E.G. Bührle
Photo : Fondation Collection E.G. Bührle
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Nous redécouvrons d’abord les années d’apprentissage, des feuilles d’académies, des travaux de copistes, quelque peu maladroits, Le Jeu de Cache-Cache d’après Lancret (ill. 1) et Les Deux Enfants d’après Prud’hon, rarement exposés, et puis, déjà, de nombreux paysages. Les compositions chargées des Usines près du plateau du Cengle (ill. 2) ou de La neige fondue près de l’Estaque, là encore rarement montrée, illustrent parfaitement cette première manière des années 1860 que Cézanne qualifie lui-même de « couillarde ». La matière est épaisse et la palette très sombre.


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3. Paul Cézanne (1839-1906)
La côte de Jalais à Pontoise, 1879-1881
Huile sur toile,- 60 x 73 cm
Paris, Fondation Louis Vuitton
Photo : Fondation Louis Vuitton
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4. Paul Cézanne (1839-1906)
Le Bassin du Jas de Bouffan, vers 1878
Huile sur toile - 73,7 x 59,7 cm
Buffalo, Collection Albright-Knox Art Gallery
Photo : Collection Albright-Knox Art Gallery
/Tom Loonan
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Les deux sections chronologiques suivantes privilégient le paysage, sujet définitivement central de l’exposition, autour de l’impressionnisme (1873-1885) puis de la maturité (1890-1906). De séquence en séquence, l’évolution du style est éclatante. Au contact de Pissarro à Auvers-sur-Oise, la palette de plein-air s’éclaircit, peu à peu le tracé linéaire s’efface, les contours s’estompent, seule la juxtaposition des touches modèle les formes. Là encore, nombreuses sont les œuvres convoquées à n’être que rarement admirées, des Chaumières à Auvers-sur-Oise en hiver à la Côte de Jalais à Pontoise (ill. 3). En Provence, qu’il sillonne depuis le Jas de Bouffan, demeure familiale d’Aix-en-Provence peinte pas moins d’une quarantaine de fois, les points de vue retenus offrent les mêmes perspectives inattendues. Comme le développe Geneviève Lacambre dans un court essai du catalogue, beaucoup, à l’image des plans superposés du Bassin du Jas de Bouffan (ill. 4), évoquent les mises en espaces audacieuses des estampes japonaises.


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5. Paul Cézanne (1839-1906)
Les Bords de la Marne, vers 1894
Huile sur toile - 71 x 90 cm
Moscou, Musée d’Etat des beaux-Arts Pouchkine
Photo : The Pushkin State Museum of Fine Arts
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6. Paul Cézanne (1839-1906)
Le jardin des Lauves, vers 1906
Huile sur toile - 65.6 x 81.3 cm
Washington DC, The Phillips Collection
Photo : The Phillips Collection, Washington D.C
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Si l’intérêt de Cézanne pour les effets atmosphériques lumineux et colorés ne décline nullement, la touche toujours hachurée de ses foisonnants paysages des années 1890 semble désormais vouloir exprimer les volumes avant toute autre chose. Toujours partagé entre la Provence et la région parisienne - jamais ses allers-retours ne cesseront -, il s’agit de traiter « la nature par le cylindre, la sphère, le cône  », de la Bastide de Bellevue de sa sœur Rose aux bords de Marne tout juste découverts (ill. 5). Puis, avec les années 1900, ses paysages sont de plus en plus synthétiques au point de frôler l’abstraction. L’exposition réunit une magnifique série de quatre compositions qui, plus qu’inachevées, semblent volontairement interrompues (ill. 6). Tout dans cette économie de moyens laissant par endroit le support apparent, nous projette cinquante ans plus tard dans les paysages de Nicolas de Staël. L’exposition, présentant ce qui pourrait être la première pochade de Cézanne, Marine (ill. 7), et le tout dernier paysage peint quelques semaines avant sa mort, Le Cabanon de Jourdan (ill. 8), souligne à quel point Cézanne ne se départira jamais de son besoin viscéral de peindre sur le motif, d’arpenter les paysages malgré une santé déclinante.


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7. Paul Cézanne (1839-1906)
Marine, vers 1861-64
Huile sur toile - 17 x 22,5 cm
Genève, Musées d’art et d’histoire de la Ville de Genève
Photo : Cabinet d’arts graphiques des musées d’art et d’histoire
de la Ville de Genève/Bettina Jacot-Descombes
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8. Paul Cézanne (1839-1906)
Le Cabanon de Jourdan, 1906
Huile sur toile - 65 x 81 cm
Rome, Galleria Nazionale
di Arte Moderna e Contemporanea
Photo : Rome, National Gallery of Modern and Contemporary Art
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Qu’il s’agisse de personnalités familières, de lieux géographiques ou de motifs de prédilection, grand nombre des obsessions picturales de Cézanne sont détaillées par le parcours de l’exposition. Si certaines ponctuent l’ensemble des sections et se révèlent rétrospectivement, tels la montagne Sainte Victoire, évidemment, les arbres, essentiels jamais anecdotiques, et les chemins qui toujours fuient au point de parler de « syndrome de la route qui tourne », d’autres sont regroupées en de remarquables séquences. Ainsi, les pommes peuplent nombre de natures mortes (ill. 9) tandis que huit Baigneurs et Baigneuses (ill. 10) sont exceptionnellement réunis.


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9. Paul Cézanne (1839-1906)
Le vase paillé, sucrier et pommes, 1890-1893
Huile sur toile - 35 x 45 cm
Paris, Musée de l’Orangerie
Photo : RMN-GP (musée de l’Orangerie)
/Hervé Lewandowski
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10. Paul Cézanne (1839-1906)
Cinq Baigneuses, 1877-1878
Huile sur toile - 45,5 x 55 cm
Paris, Musée National Picasso
Photo : RMN-GP (musée Picasso)/Mathieu Rabeau
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Point fort de l’exposition, les notices des œuvres, enrichies de nombreux essais du catalogue, précisent avec un grand détail la provenance et la réception de chacune des œuvres. Monet, Renoir, Guillaumin, Gauguin, Bonnard, Matisse, Derain, Picasso, Braque, la liste des amateurs et collectionneurs de Cézanne est impressionnante. Elle atteste parfaitement d’une reconnaissance artistique largement antérieure à la faveur académique et du rôle tutélaire de l’artiste sur la génération des avant-gardes qui n’est définitivement plus à prouver.

Commissaires : Daniel Marchesseau.


Collectif, Cézanne. Le Chant de la Terre, Fondation Pierre Gianadda, 2017, 391 p., 35,50 €. ISBN : 9782884431620.


Informations pratiques : Fondation Pierre Gianadda, 59 rue du Forum 1920 Martigny. Tél : +41 (0) 27 722 39 78. Ouvert tous les jours de 9 h à 19 h.Tarif : 18 € (réduit : 11 €).


Julie Demarle, dimanche 8 octobre 2017





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