Le hall de la Grande Poste de Poitiers menacé


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1. Vue du hall de la poste actuellement,
avec les guichets et la grande porte au fond
Photo : A. C.

15/6/11 - Patrimoine - Poitiers, Grande Poste - Accueillis dans une vaste salle ovale de style Art nouveau (ill. 1), les clients de la Grande Poste de Poitiers étaient des privilégiés, jusqu’à présent. Le sol et les murs sont parés de motifs décoratifs en mosaïques et céramiques, les guichets en bois sculpté arborent également des panneaux de mosaïques et des piliers couronnés de chapiteaux rythment l’espace. Œuvre de l’architecte Hilaire Guinet (1878-1938) en collaboration avec Aimé Octobre (1868-1943), le bâtiment est intégré dans un parcours de visites touristiques.

La Poste souhaite aujourd’hui se « moderniser » et réorganiser cette pièce, comme c’est le cas dans la plupart des Postes de France, dont les halls d’accueil du public sont désormais divisés en petits îlots dignes des jeux Playmobil. Mais toutes n’ont pas un intérêt patrimonial. Or à Poitiers, les guichets anciens, qui participent du décor Art nouveau, forment une ligne ininterrompue et gênent les installations envisagées. Il est donc prévu de tronquer l’ensemble, de ne conserver que la partie antérieure décorée et de repousser les sections ainsi obtenues vers le mur, de part et d’autre de la porte du fond. Celle-ci, monumentale, surmontée d’une horloge, sera dégagée et de nouveau utilisée ; une partie des guichets ne sera donc pas reposée afin d’assurer un passage, et sera reléguée on ne sait où. Une seule intervention s’annonce somme toute intéressante : la suppression des « sas » d’entrée en bois, qui ne sont pas d’époque et diminuent l’ampleur de la pièce.
La Poste défend ses positions : elle assure qu’elle gardera la majorité du décor tout en répétant que des travaux sont nécessaires : il s’agit d’une part de libérer de la place pour une meilleure répartition des services proposés aux clients, d’autre part d’assurer un meilleur accueil aux personnes à mobilité réduite, pour lesquelles les guichets ne sont pas accessibles. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas concevoir des comptoirs répondant aux besoins spécifiques de ces personnes ? La Poste insiste enfin sur le fait que ces installations seront réversibles et que le mobilier sera amovible.

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2. Les guichets dotés de panneaux de mosaïques
Photo : A. C.

Cette « modernisation » qui devrait commencer en septembre et durer jusqu’en décembre 2011, a ému quelques Poitevins, notamment Arnaud Clairand et Didier Biven d’Europe-Ecologie Les Verts, qui avaient demandé dès janvier 2010 une inscription du lieu au titre des Monuments historiques, en vain. Le 2 mars 2011, Alain Claeys, député-maire de Poitiers, avec l’accord de l’architecte des Bâtiments de France, autorisait le réaménagement du hall d’entrée. En avril 2011, le groupe Europe-Ecologie Les Verts écrivit de nouveau à Alain Claeys et Bernard Tomasini, préfet de la région Poitou-Charentes ; ce dernier répondit le 27 mai, affirmant que « la sauvegarde de ce bel ensemble est assurée dans cette autorisation de travaux ».
L’adjoint délégué à l’urbanisme, Bernard Cornu, qui a signé le permis de construire et que nous avons contacté, rappelle que les lieux sont propriété privée de la Poste et que celle-ci a le droit d’apporter les modifications qu’elle souhaite ; seul l’emplacement du bâtiment dans un secteur sauvegardé permet à la mairie de se mêler des aménagements intérieurs. Bernard Cornu s’est donc rendu sur place, accompagné du directeur de la maîtrise d’ouvrage Marc Enjalbert1 et de l’architecte des Bâtiments de France, Jean-Pierre Gonnelle. Il souligne que les premières ébauches du projet ne garantissaient pas que rien ne serait détruit. Aussi a-t-il obtenu que les propositions fussent retravaillées pour éviter toute destruction du décor et garder visibles les éléments patrimoniaux. Ce n’est pas vraiment le cas puisqu’une petite partie des guichets « tronçonnés » sera éliminée. Enfin, une dernière précaution a été prise : l’architecte des Bâtiments de France devra être consulté pour les travaux de reprise des sols en mosaïques et de remontage des guichets.

Bernard Cornu a donc « le sentiment que l’Etat a joué son rôle de protection du patrimoine » et assume la signature du permis de construire ; il est important de faire vivre le patrimoine, insiste-t-il. De son côté, Jean-Pierre Gonelle ne semble pas inquiet, car pour lui l’essentiel réside dans la conservation du décor in situ et dans « l’esprit » de l’aménagement d’origine. La conservation in situ certes, mais dans quel état ? Il ne faudrait pas que l’esprit se transforme en vague idée.

Une pétition pour la sauvegarde du lieu a été lancée sur internet


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, jeudi 16 juin 2011


Notes

1Marc Enjalbert n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet





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