Le gouffre financier de Paris-Plages


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Paris Plages et quelques-uns de ses « millions » de visiteurs
Photo : Sharat Ganapati (CC BY 2.0)

La Chambre Régionale des Comptes d’Île-de-France vient de publier un rapport1 démontrant comment la mairie de Paris ment sur l’opération Paris Plages. Celle-ci ne concernant pas directement le patrimoine, elle sort stricto sensu du champ couvert par La Tribune de l’Art. Mais, indirectement, elle nous concerne. D’une part elle relève de la folie ludique qui s’est emparée de Paris depuis l’arrivée de Bertrand Delanoë, mais surtout depuis qu’Anne Hidalgo est maire et veut transformer la capitale en vaste luna-park. D’autre part, ce ne sont pas moins de 4,5 millions d’euros, au moins, qui sont dépensés dans cette opération minable pendant que les monuments parisiens, notamment les églises, s’écroulent dans l’indifférence absolue.

Ce rapport fait néanmoins preuve d’une certaine naïveté, à moins que les conseillers ne veuillent pas trop fâcher la mairie. Ils sont là pour compter, mais sans doute effrayés de leur propre audace, ils croient nécessaire d’affirmer que Paris Plages « contribue fortement à l’attractivité de la capitale ». C’est bien connu que les touristes visitent Paris pour Paris Plages… Et alors qu’ils démontrent que la ville ment sur le financement, ils reprennent à leur compte les chiffres de fréquentation : « quelque quatre millions de personnes » entre le 20 juillet et le 20 août. Il y a fort à parier que le comptage, d’ailleurs très difficile, soit tout aussi fantaisiste. Quatre millions de visiteurs selon la Mairie de Paris… Et combien selon la police ?

Paris Plages, c’est de la communication, et uniquement de la communication. D’ailleurs, on apprend dans le rapport que c’est la direction de la communication de la ville (DICOM) qui est « chargée du pilotage de cet événement » ! Le mensonge est énorme. Non seulement « la Ville de Paris n’a pas été en mesure de fournir une évaluation des coûts des éditions de 2009 à 2011 », mais surtout les chiffres de 2012 et 2013 sont présentés de manière « très sommaire » et sont « au demeurant plus de deux fois supérieurs aux chiffres2 communiqués aux membres du conseil de Paris et à la presse. » Autrement dit, la Ville ment sciemment aux journalistes et aux élus. Quelle surprise ! Elle ne se contente pas de mentir : elle sous-estime même ses propres chiffres internes puisque selon la cour des comptes, l’opération coûterait bien trois fois plus cher que les chiffres annoncés. Ajoutons que la Cour des Comptes relève de multiples irrégularités, et on comprendra avec quelle rigueur Paris Plages est géré.

Reprenons les comptes, et extrapolons-les. Si Paris Plages est estimé dans la communication de la ville à 1,5 millions par édition (parfois plus) et qu’elle coûte en réalité trois fois plus (estimation basse), soit 4,5 millions. Sachant que cette opération existe depuis 2002, soit 14 éditions, ce n’est pas 21 millions que la ville aurait dépensé, mais bien plus de 65 millions. 44 millions de plus, qui auraient pu être utilisés, pourquoi pas, dans la restauration des monuments historiques, ou dans les acquisitions des musées. Oui, les gabegies de la Mairie de Paris concernent La Tribune de l’Art.


Didier Rykner, vendredi 11 décembre 2015


Notes

1Ce rapport a été dévoilé pour la première fois par Le Point qui le décrit comme confidentiel, mais il a depuis été publié sur le site de la Cour des Comptes.

2Souligné par nous.





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