La ligne souple. Dessins d’Abel de Pujol


Valenciennes, Musée des Beaux-Arts, du 20 octobre 2011 au 3 janvier 2012.

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1. Vue de l’exposition Abel de Pujol
au Musée des Beaux-Arts de Valenciennes
Photo : Didier Rykner

Les baisses budgétaires peuvent parfois avoir du bon. Elles obligent les musées à réduire les grandes expositions pour privilégier leurs collections permanentes, ce qui peut réserver de bonnes surprises grâce à la révélation d’œuvres peu ou mal connues.

C’est ainsi que le Musée des Beaux-Arts de Valenciennes propose un accrochage consacré uniquement à son importante collection de tableaux et de dessins d’Abel de Pujol1, complété par des feuilles appartenant à la bibliothèque de la ville. Si seul un petit opuscule, guide de visite, a été publié, ce n’est pas au détriment du travail de fond puisque d’ici la fin du mois de novembre devrait paraître le catalogue complet de l’ensemble conservé au musée.
La plupart des tableaux sont montrés en permanence dans les salles, à l’exception de trois toiles sorties pour l’occasion des réserves2. La plupart des dessins sont présentés, seules quelques feuilles en mauvais état ou de qualité médiocre sont restées dans leurs boîtes3. La présentation, simple, un peu à la manière de réserves où les œuvres sont accrochées sur des grilles (ill. 1), est agréable, mais il est dommage que certaines soient accrochées trop haut, alors que la place ne manque pas. A cette réserve près, l’exposition est une réussite qui permet de découvrir un artiste talentueux. S’il fut un bon peintre de chevalet, ses réelles qualités sont surtout celles d’un décorateur (un aspect de son œuvre qui ne peut être qu’évoqué dans un musée), et d’un grand dessinateur.


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2. Alexandre-Denis Abel de Pujol (1787-1861)
Autoportrait, 1806
Huile sur toile - 71 x 54 cm
Valenciennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : RMNGP/R. G. Ojéda
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3. Alexandre-Denis Abel de Pujol (1787-1861)
Autoportrait, 1812
Huile sur toile - 55 x 45 cm
Valenciennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : RMNGP/R. G. Ojéda

L’accrochage commence avec deux autoportraits (ill. 2 et 3), d’une frappante qualité, l’un peint en 1806 alors que l’artiste semble encore douter, l’autre en 1812, probablement peint en Italie l’année suivant sa victoire au concours du prix de Rome. On croirait deux personnages différents tant le second laisse transparaître de confiance en soi.
Elève de David, Abel de Pujol fut toute sa vie fidèle à un certain néoclassicisme qui pouvait parfois se mâtiner d’une fougue baroque comme dans le plafond détruit peint pour le Louvre en 1819 dont une esquisse est ici présentée (ill. 4). Un de ses grands tableaux précoces, La Clémence de César, sans grand génie il faut l’avouer (visible sur l’ill. 1), est d’habitude conservé en réserves. On y voit la leçon de son maître, comme elle transparaît aussi dans un dessin pour Lycurgue présentant aux Lacédémoniens l’héritier du trône (ill. 5) qui évoque invinciblement un des Horaces prêtant serment.


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4. Alexandre-Denis Abel de Pujol (1787-1861)
La Renaissance des Arts, 1819
Huile sur toile - 76,2 x 47,5 cm
Valenciennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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5. Alexandre-Denis Abel de Pujol (1787-1861)
Etude pour Lycurgue présente aux
Lacédémoniens l’héritier du trône
, 1811
Pierre noire et rehauts de craie blanche - 59 x 49 cm
Valenciennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner

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6. Alexandre-Denis Abel de Pujol (1787-1861)
Etude pour Charles X présentant le plan de la
Bourse à la Ville de Paris
, 1825
Pierre noire et rehauts de craie blanche - 60 x 50 cm
Valenciennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : RMNGP/T. Querrec

Incontestablement, Abel de Pujol est un grand dessinateur, même s’il reste d’une certaine manière assez conservateur et si son style n’évolue guère au long de sa carrière. Il est dommage que Louis-Antoine Prat l’ignore dans son excellent et monumental ouvrage sur le dessin français au XIXe siècle, que nous chroniquerons prochainement. Plus que les études au crayon seul, on appréciera particulièrement ses feuilles rehaussées de blanc (ill. 6 et 7), d’une qualité époustouflante, qui rappellent la manière de Merry-Joseph Blondel avec qui il travailla notamment à la galerie de Diane à Fontainebleau. Emmanuelle Delapierre nous a d’ailleurs signalé qu’on les surnommaient « Blondel de Pujol » tant ils étaient proches.
Une autre caractéristique frappante de l’artiste est son goût pour la grisaille qu’il mit en œuvre dans plusieurs décors parisiens, dont ceux de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle et de l’abside de Saint-Denis du Saint-Sacrement. Le Musée de Valenciennes conserve deux toiles dans cette technique, l’une représentant Le Tonneau des Danaïdes (ill. 8), un véritable trompe-l’œil, l’autre un Portrait de Melle L. (1831), tous deux extraits des réserves.


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7. Alexandre-Denis Abel de Pujol (1787-1861)
Moïse portant les tables de la Loi
Pierre noire et rehauts de craie blanche - 50 x 40 cm
Valenciennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : RMNGP/T. Querrec
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8. Alexandre-Denis Abel de Pujol (1787-1861)
Le Tonneau des Danaïdes, 1836
Huile sur toile - 340 x 257 cm
Valenciennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner

Le destin des œuvres d’Abel de Pujol ne fut pas toujours heureux. Certains de ses grands décors ont disparu (au Palais-Royal), sont détériorés (celui de l’école des Mines a été en partie repeint plutôt que restauré) ou invisibles (celui de la chapelle du Sénat, scandaleusement occulté - voir l’article) et de nombreuses peintures ne sont plus localisées (pas moins de douze tableaux dans la cathédrale d’Arras…) ou ont été détruites (le grand Valenciennes encourageant les Arts de 1846 dont plusieurs études sont ici présentées et qui a disparu pendant la Seconde guerre mondiale, un Christ en croix dans l’église Saint-Roch à Paris dont une belle étude préparatoire, conservée à la bibliothèque de Valenciennes, est ici présentée - ill. 9)...). Notons cependant que le plafond du Louvre de 1819, dont nous parlions plus haut, a été en partie récupéré par un de ses élèves valenciennois, Henri Pluchart (1835-1898), qui l’a reconstitué dans l’escalier de l’Académie (aujourd’hui Conservatoire de musique) en dessinant au trait les morceaux détruits de la composition ce qui donne un patchwork pas très heureux (ill. 10) mais qui a le mérite de garder un souvenir de ce beau décor.


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9. Alexandre-Denis Abel de Pujol (1787-1861)
Christ en croix, 1835
Pierre noire et rehauts de craie blanche
Valenciennes, Bibliothèque
Photo : Musée de Valenciennes
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10. Reconstitution par Henry Pluchart
du plafond détruit peint pour le Louvre en 1819
par Abel de Pujol (La Renaissance des Arts)
Valenciennes, Académie
Photo : Didier Rykner

Cette exposition du fonds de Valenciennes et la parution prochaine du catalogue complet (nous en reparlerons) par Virginie Frelin Cartigny constituent un premier pas vers une meilleure connaissance d’un artiste qui mérite assurément mieux que le semi oubli dans lequel il est plongé. A l’exception d’un mémoire de maîtrise d’Isabelle Denis sur ses décors profanes, hélas non publié, personne ne semble actuellement étudier Abel de Pujol. Il s’agirait pourtant d’un beau sujet de thèse tant il reste de choses à retrouver.

Commissariat : Emmanuelle Delapierre.

Informations pratiques : Musée des Beaux-Arts, Boulevard Watteau, 59300 Valenciennes. Tél : +33 (0)3 27 22 57 20. Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10 h à 18 h. Tarif : 2,5 €.


Didier Rykner, mercredi 26 octobre 2011


Notes

1Le titre de l’exposition est à cet égard un peu trompeur puisqu’il ne cite que les dessins.

2Plusieurs toiles d’Abel de Pujol appartenant au Musée des Beaux-Arts sont d’ailleurs restées accrochées dans la galerie du XIXe siècle.

3Nous avons pu les voir et, effectivement, le choix effectué par le musée était le bon.





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