Entretien avec les commissaires de l’exposition Homme-animal, histoire d’un face à face, Contenu abonnés


Catherine Jordy, docteur en histoire de l’art, a effectué un entretien avec les commissaires de l’exposition Homme-animal, Laurent Baridon et Martial Guédron, professeurs à l’Université Marc-Bloch de Strasbourg. Cette manifestation a lieu actuellement dans les musées de Strasbourg (Galerie Heitz, au palais Rohan, Musée archéologique, Musée de l’Œuvre Notre-Deame et Musées d’Art Moderne et Contemporain). L’auteur de cet intéressant interview, publié en version réduite dans Repères, magazine gratuit consacré à l’actualité culturelle à Strasbourg, nous a proposé de le publier en intégralité sur La Tribune de l’Art.

Qui est à l’origine de cette exposition ?

Au départ, il y a eu une proposition faite par Fabrice Hergott, directeur des Musées de Strasbourg, en réunion plénière, avec l’Institut d’Histoire de l’art, pour une collaboration plus suivie entre notre groupe d’enseignants-chercheurs et les musées de la ville. Quelques mois plus tard, nous avons proposé le thème « Homme/animal » avec un premier accueil assez circonspect, sauf de la part de Cécile Dupeux, conservatrice de l’Œuvre Notre-Dame, qui a tout de suite cru en ce projet et lui a apporté son soutien indéfectible. Il y a ensuite eu toute une phase au cours de laquelle il a fallu convaincre les autres conservateurs de la validité du projet, ce qui s’est fait en montrant bien qu’il ne s’agirait pas d’une exposition d’art animalier, mais que les œuvres nous intéressaient dans la mesure où l’animal y servait de révélateur à l’homme. En outre, il nous était demandé de mettre en valeur les collections de Strasbourg, notamment certaines pièces peu montrées et conservées dans les réserves. Nous avons donc commencé par sélectionner des œuvres dans lesquelles les animaux se comportent comme les hommes ou inversement, celles figurant des hommes animalisés.

Pourquoi quatre lieux d’exposition ?

Disons plutôt deux. Il ne s’agit pas d’un marathon ! Il faut commencer le parcours par la Galerie Heitz, au palais Rohan, à laquelle sont associées deux autres antennes très peu distantes, en l’occurrence le Musée archéologique et le Musée de l’œuvre Notre Dame, pour la très belle section médiévale. Dans un second temps, effectivement, il faut se rendre au MAMCS (Musée d’Art Moderne et Contemporaine de Strasbourg). En tout cas, le billet spécifique à l’exposition reste valable pendant toute la durée de la manifestation : on peut donc visiter l’exposition en quatre fois, si on le souhaite…

Qu’en est-il de la portée scientifique et universitaire du projet ?


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1. André Legrand
d’après Charles Le Brun
Trois tête de bœufs et trois têtes d’hommes
en relation
avec le bœuf

Paris, Musée du Louvre
Voir l'image dans sa page

Le contenu scientifique résulte de nos recherches entamées dans les années 1990 sur la physiognomonie, cette pseudo-science qui prétend déceler l’homme moral grâce à l’examen détaillé de l’homme physique1. Nous voulions approfondir le problème de la physiognomonie animale qui est un des critères les plus récurrents et les plus forts de cette vieille pratique divinatoire dont on retrouve l’empreinte jusqu’à nos jours. Dès l’Antiquité, les physiognomonistes affirmaient que, à la différence des hommes, les animaux ne cherchent jamais à cacher leur nature véritable. Or l’enjeu de la physiognomonie consiste à découvrir ce que l’homme dissimule et ce qui se trame derrière son enveloppe physique. On voit bien à quoi aboutissent les comparaisons entre hommes et animaux chez les physiognomonistes disciples d’Aristote : un homme qui a un physique bovin sera supposé avoir un caractère proche de celui du…

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