Le Portrait de Lally-Tollendal, un chef-d’œuvre du musée de Vizille. Au temps des Merveilleuses. La société parisienne sous le Directoire et le Consulat Contenu abonnés


Vizille, musée de la Révolution française, terminée le 30 mai 2005.
Paris, Musée Carnavalet, jusqu’au 12 juin 2005.

Avant et après : les expositions de Vizille et de Paris se situent de part et d’autre de la rupture révolutionnaire. La première en scrute les premiers signes ; la seconde ressuscite la société post-thermidorienne jusqu’à l’inflexion monarchique que Bonaparte fit subir au Consulat. Deux expositions aussi qui trouvent leur origine dans l’achat récent d’un tableau remarquable.
En 2000, le musée de Vizille faisait l’acquisition du meilleur tableau qu’on ait conservé du très modeste Jean-Baptiste-Claude Robin dont la gloire consistait, pour l’essentiel, à avoir associé son nom à la dissolution de l’Académie royale de peinture dès 1789. Son cursus honorum au sein de la grande maison avait été d’ailleurs plutôt terne. Le modèle de son portrait est une figure bien plus éclatante de l’intelligentsia des Lumières : le comte de Lally-Tollendal, aristocrate aux lointaines origines irlandaises, est représenté à la manière d’un acteur ou d’un artiste en vogue, plus que d’un homme du peuple, contrairement à ce qu’en dit le catalogue. La chemise est ouverte, le visage exalté, le geste ample, dramatique. On le voit en effet découvrir le buste en marbre de son père du crêpe qui l’endeuillait. La composition est habile. Tout en lignes brisées, elle donne l’impression d’assister au dévoilement même de l’effigie paternelle. Entre les deux hommes, Robin a souligné la communauté des traits, pleins de décision, nez droit, bouche large, menton volontaire, léger embonpoint bourbonien. Ce portrait par l’allégorie se hisse à la peinture d’histoire. Il constituait au début de l’année 1787 le dénouement d’une affaire qui avait fait parler d’elle et même ému quelques grands écrivains du clan philosophique.


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1. Jean-Baptiste-Claude Robin
Portrait de Lally-Tollendal, 1787
Huile sur toile
Vizille, Musée de la Révolution française
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Le père de Lally-Tollendal avait été décapité en place de Grève le 9 mai 1766 sans que Louis XV se soit opposé aux Parlements pour sauver la tête de l’ancien Commissaire général aux Indes orientales. Voltaire, l’homme de Callas et de Sirven, dénonça aussitôt ce procès bâclé et cette exécution précipitée. Le despotisme des magistrats et l’incurie judiciaire étaient deux de ses grands thèmes. Combien on le comprend ! La noblesse de robe à partir de cette époque n’a pas peu contribué au naufrage de la monarchie par son refus obstiné de réformer l’exercice de sa justice. Afin de restaurer la mémoire du martyr, Lally-Tollendal dut batailler ferme entre 1778 et 1786, date où il passa commande à Robin du tableau qui marquait sa victoire sur les magistrats expéditifs. Triomphe paradoxal d’ailleurs dans la mesure où cette réhabilitation était surtout le fait de Louis XVI et intervenait au moment où les rapports entre la Couronne et le Parlement de Paris se tendaient à nouveau. Peu avant le Salon de 1787, les réfractaires avaient été exilés à Troyes. Aussi le tableau de Robin fut-il rapidement retiré de l’exposition, celle du Socrate

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