Désherbage, contribution de Rodolphe Trouilleux


Nous avons reçu de Rodolphe Trouilleux, historien de Paris, le courrier suivant à propos du débat sur le « désherbage » :

C’est bien joli de se réfugier derrière une ligne de conduite « professionnelle » pour justifier le désherbage. J’ai travaillé dans une grande institution nationale, et j’ai vu partir de mes yeux des pièces « uniques », non-pas des multiples comme des revues ou des livres, non, des documents d’archives parfois exceptionnels, et je pèse mes mots.
Il y a, je crois, un grand débat à ouvrir sur ce sujet.
Chercheur et auteur, je trouve maintenant sur Internet des ouvrages - parfois rarissimes - numérisés. Doit-on jeter les originaux ? Ma position vous semble probablement excessive mais si cette notion de « désherbage » continue d’évoluer, nous connaîtrons un jour où nos « professionnels », pour faire de la place, agiront ainsi. Et quand les fonds des bibliothèques seront numérisés en totalité, ou presque (cela arrivera probablement un jour) que deviendrons nos chères salles de lecture ? Des musées où les visiteurs verront des lecteurs en cire ?

Je fréquente la BHVP depuis trente ans... J’ai assisté à la lente dégradation du service rendu au lecteur... Certains se rappelleront peut-être de la période étonnante où une fiche de demande sur deux revenait des dépôts avec la mention « manque »...
Aujourd’hui, la Mairie de Paris a ravalé la BHVP au rang de bibliothèque municipale accessible à tout le monde avec la carte délivrée par ses services... Des tables entière d’étudiants viennent réviser ici avec le portable en bandoulière. Que devient la recherche là-dedans ? Pas grand chose... J’ai entendu un président de salle expliquer que beaucoup de lecteurs venaient à la BHVP pour étudier sans demander à consulter le moindre livre du fonds...
Nous sommes parfois mieux servis dans une bibliothèque de province qu’à Paris, et ce que je dis n’est pas méprisant. Le désherbage n’est que la conséquence - lamentable - d’une lente dégradation. Je pensais qu’une nouvelle direction prendrait des décisions un peu plus subtiles. Il y a beaucoup à faire à la BHVP ! Pour preuve la récente informatisation du catalogue, alors que des bibliothèques moins bien loties - et surtout pas parisiennes - ont fait cette opération depuis plusieurs années.
Qu’en est-il du remarquable fonds des manuscrits qui ne possède pas de catalogue généra ?
Que va devenir le fonds des actualités, patrimoine exceptionnel tenu à bout de bras par une seule personne ?
Et la numérisation des plans et des images, c’est pour quand ?
Quand aurons-nous un maire de Paris intéressé par le passé de sa ville ?
Le désherbage ? A mon avis, peut attendre et nous devons éviter toute précipitation en matière patrimoniale.
Quant au manque de place... De quelle ville parlons-nous ? D’une sous-préfecture ? D’un chef-lieu ?
Non : de Paris. Ah ? C’est une capitale ?


Rodolphe Trouilleux, mardi 21 juillet 2009





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