Décès de Jean-François Barrielle


24/2/15 - Disparition - Jean-François Barrielle est mort jeudi dernier, à l’âge de 63 ans, après avoir lutté longuement et pudiquement contre la maladie. Il était le directeur général de Hazan, maison d’édition spécialisée dans l’histoire de l’art (groupe Hachette) depuis 1998, après avoir œuvré chez Flammarion pendant quinze ans et avoir été lui-même auteur (La Vie et l’œuvre de Vincent Van Gogh chez Vilo en 1984). Il était aussi, quoiqu’il s’en défendait – ce qui n’étonnera pas ceux qui le connaissaient –, un spécialiste avisé de Mauperché et plus généralement de peinture et d’architecture de la période moderne.

Sans céder à l’exercice convenu de l’hagiographie ou à l’émotion, il est difficile d’occulter ici l’immense perte et l’immense peine que représente cet adieu. D’abord parce que Jean-François Barrielle était un éditeur exceptionnel, parmi les plus importants qu’a connus l’histoire de l’art depuis un quart de siècle. Il a publié des acteurs majeurs de la discipline, au premier rang desquels Daniel Arasse, osait travailler à des livres extrêmement ambitieux quant à leur contenu et à leur qualité visuelle (Antonello de Messine de Mauro Lucco en 2011, Herri Met de Bles par Michel Weemans en 2013…) et s’efforça, par ailleurs, de faire confiance à de jeunes auteurs qu’il suivait ensuite avec fidélité. Son goût et son sens de l’édition le conduisaient à inventer des formes de livre avec une ingéniosité sans cesse renouvelée : en plus des genres classiques de la monographie, de la biographie, de l’essai ou du catalogue d’exposition, il avait développé des collections de guides toujours plus complets et fourmillant d’informations, soucieux de didactisme et de masse documentaire (« Tout l’art » et « L’ABCdaire » chez Flammarion, « Le Journal de » chez Hazan…)
D’un caractère très humble, volontiers secret, Jean-François Barrielle était par ailleurs d’une curiosité, d’une attention, d’une disponibilité rares et, dès lors qu’une idée l’intéressait, il avait une capacité de stimulation extraordinaire. Il témoignait, pendant les conversations, de sa fascination pour la force d’attraction matérielle de l’art et notamment de la peinture ; on l’entendait également souvent dire son admiration pour le XIXe siècle et il citait aux côtés de géants – Goya, Constable, Courbet, Manet… – des artistes plus confidentiels, témoignant d’une connaissance et d’une sensibilité extrêmement riches.

Il était enfin doté d’un humour délicieux, aimait les discussions autour d’une bonne table du côté de Montparnasse ou de Vanves, savait prodiguer, avec bienveillance et sans paternalisme, des conseils de tous ordres. L’histoire de l’art, répétons-le, perd un homme infiniment précieux auquel il convient d’accorder un hommage à la hauteur des services qu’il lui a rendus. Et un ami, aussi.


Thomas Schlesser, mardi 24 février 2015





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