Château de Fontainebleau : deux acquisitions et une souscription


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1. Atelier d’Ambroise Dubois (1543-1614)
Clorinde tentant d’incendier
la tour édifiée par les croisés

Huile sur toile - 137,5 x 108 cm
Fontainebleau, Château
Photo : Artcurial

9/12/14 - Acquisition, mécénat - Fontainebleau, Château - Deux œuvres ont été acquises par le Château de Fontainebleau. La première est une peinture attribuée à l’atelier d’Ambroise Dubois (ill. 1) passée en vente chez Artcurial à Paris le 18 novembre 2014 et adjugée 10 300 euros (avec les frais). Le sujet est tiré de La Jérusalem délivrée du Tasse : la musulmane Clorinde tente d’incendier la tour édifiée par les croisés. Elle sera ensuite poursuivie et combattue par son amant, le chevalier chrétien Tancrède, qui finit par lui porter un coup mortel avant de la reconnaître ; elle eut le temps de se convertir au christianisme et mourut dans ses bras. Le tableau décompose l’action en deux temps : Clorinde est représentée menaçante au premier plan vêtue d’une cuirasse bleue, accompagnée d’Argan, guerrier musulman tandis qu’ au second plan, elle s’approche de la tour une flamme à la main.
Ambroise Dubois peignit entre 1600 et 1606 une série de huit tableaux, intitulée L’Histoire de Tancrède et Clorinde, pour le cabinet de Marie de Médicis. Ils étaient placés au-dessus des lambris mais furent déposés au XVIIIe siècle. Aujourd’hui le château en conserve six : Clordinde devant Aladin, Tancrède et Clorinde à la Fontaine, Le Camp des Croisés devant Jerusalem, L’Assaut de Jérusalem, Le Combat de Tancrède et de Clorinde, Le Baptême de Clorinde.
La version originale de Clorinde au pied de la tour des croisés a disparu, mais l’on en connaissait deux versions, l’une dans un château français, l’autre au musée Wuyts-Van Campen et Baron Caroly à Lierre. Cette peinture en offre donc une troisième version, datée autour de 1616-1620 qui, malgré des lacunes, des usures et des repeints, permet de compléter le cycle.

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2. Manufacture impérale de Sèvres
Pierre-Nolasque Bergeret (1782-1863)
Vase, 1807
Porcelaine - H. 51,2 cm
Fontainebleau, Château
Photo : Christie’s

Autre acquisition récente, un vase antiquisant à deux anses mis en vente par Christie’s à Londres, le 25 novembre 2014, a été adjugé 151 800 livres (191 646 euros). Inspiré des modèles étrusques et grecs - de style attique - il est orné de deux scènes, l’une tracée en noir sur fond rouge, l’autre en rouge sur fond noir, qui montrent Napoléon en souverain thaumaturge. La première le représente auprès des Pestiférés de Jaffa, épisode de la campagne d’Égypte et de Syrie, probablement inspirée du tableau de Gros. L’autre, plus allégorique qu’historique, met en scène Bonaparte remettant un blessé aux soins d’Esculape.
Fabriqué par la manufacture de Sèvres, il fut offert par l’empereur le 15 septembre 1808 au Prince Guillaume de Prusse, quatrième fils de Frédéric-Guillaume II et frère de Frédéric-Guillaume III, envoyé en mission diplomatique pour tenter de négocier une réduction de la contribution de guerre de la Prusse, après la défausse de celle-ci à Iéna. Un tel don, fait peu après le Traité de Paris signé le 8 septembre 1808 - une humiliation pour la Prusse -, est assez inattendu et témoigne probablement de l’estime que portait Napoléon au prince.
Ce vase formait probablement une paire avec un autre, comme le suggère les livres de comptes de la manufacture dans lesquels sont signalés « deux vases, forme étrusque, sujets tirés de la campagne d’Égypte, les sujets et le décor traités dans le genre étrusque en rouge et noir. » « Livré par ordre de l’Empereur à S A M. Le Prince Guillaume de Prusse. »
C’est Pierre-Nolasque Bergeret (1782-1863) qui fut chargé de le concevoir ; la manufacture conserve les dessins préparatoires aux deux scènes qui ornent la panse. L’artiste, qui passa par les ateliers de David et de Vincent, travailla pour Sèvres en 1808, 1807 et 1811. La mode pour les décorations d’inspiration étrusque apparut à Sèvres en 1785 et eut un succès certain, si bien qu’elle fut adaptée plus tard à la propagande impériale. On conserve très peu de vases de Sèvres de style attique comme celui-ci, si ce n’est le vase dit d’Austerlitz, également conçu par Bergeret, et livré pour le palais impérial de Saint-Cloud (aujourd’hui à Versailles).

Enfin, le Château de Fontainebleau lance, en partenariat avec la Fondation du Patrimoine, une souscription publique pour le retissage des rideaux du Salon des dames d’honneur de Joséphine situé entre le salon Jaune et la salle de bain dans les Petits Appartements de l’impératrice, aménagés à partir de 1807. Une campagne de restauration a rendu aux objets et pièces de mobilier de ce salon leur éclat et une garniture Premier Empire. Les deux fenêtres et la paroi du fond étaient garnies de rideaux croisés : l’un en taffetas blanc, l’autre en taffetas orange, tous deux galonnés de soie verte qui faisait écho au damas des sièges. La restitution des trois paires de rideaux mettra en valeur le raffinement de cette pièce dans son état Premier Empire. Le coût des travaux de retissage et de passementerie est estimé à 72 300 €. La souscription, qui a déjà à cette heure réuni 12 000 €, peut se faire en ligne, via la Fondation du patrimoine.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mardi 9 décembre 2014





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