Arria et Pœtus de Vincent acquis par le Saint Louis Art Museum


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1. François-André Vincent (1746-1816)
Arria et Pœtus se donnant la mort, 1785
Huile sur toile - 322 x 257 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Musée de Picardie

15/2/09 – Acquisition – Saint-Louis, Art Museum – François-André Vincent exposa deux toiles représentant Arria et Pœtus au Salon de 1785. Cet exemplum virtutis est tiré d’une anecdote survenue en 45 de notre ère et racontée par Pline le jeune. Emprisonné et condamné à mort par l’empereur Claude pour avoir soutenu la révolte de Scribonianus en Illyrie, Pœtus hésite à choisir une fin moins déshonorante ; sa femme affermit son courage en se suicidant à l’aide d’un poignard. La grande toile en hauteur, commandée par le roi pour servir de modèle de tapisserie à la manufacture des Gobelins, est conservée au musée d’Amiens1 (ill. 1). Non loin du Serment des Horaces de David, une autre version, plus petite2, était aussi proposée au public (on connaît plusieurs dessins préparatoires qui témoignent des hésitations de l’artiste pour fixer la composition3). Dans ce tableau en largeur, la scène, réduite aux deux protagonistes, sans la servante de la version amiénoise, se place à un moment un peu moins avancé de la narration. Arria évoque sa première tentative, où elle avait essayé de se tuer en se tapant la tête contre les murs, par le geste du doigt montrant sa blessure. Autre variante importante, Pœtus, debout sur la version d’Amiens, est assis.

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2. François-André Vincent (1746-1816)
Arria et Pœtus, 1784
Huile sur toile - 101 x 121,9 cm
Saint Louis Art Museum
Photo : Saint Louis Art Museum


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3. Joseph Vernet (1714-1789)
Un port au clair de lune, 1787
Huile sur toile - 61 x 81,3 cm
Saint Louis Art Museum
Photo : Wikimedia

Cette œuvre, datée de 1784, est réapparue à Drouot, fin 20074. On l’a revue à la foire de Maastricht l’année dernière sur le stand de Richard L. Feigen et elle vient d’être acquise par le musée de Saint-Louis5 (ill. 2). Quelques mois après l’achat du grand format de Callet par Boston (voir brève du 21/7/08) et du Niobé de David (brève du 22/5/08) par Dallas, voilà une nouvelle preuve que ce type de tableau, considéré comme difficile à négocier pour beaucoup de marchands, est tout de même recherché par les grands musées américains. La très belle (et très sélective) collection du musée du Missouri possède plusieurs œuvres de grands peintres français du XVIIIe siècle (Boucher, Fragonard, Chardin, Joseph Vernet, donné en 2006 - ill. 3 -, Vigée-Lebrun…) et presque aucun tableau néoclassique. Le Vincent permettra donc une transition intéressante vers le XIXe siècle6, témoignant de l’évolution de la peinture de son époque. La touche large et enlevée des débuts, qu’on a parfois confondue avec celle de Fragonard, s’est assagie, la gamme colorée s’est refroidit, le style est devenu sévère, inspiré par l’école bolonaise et Poussin. Rappelons que presque tous les grands peintres d’histoire français de la seconde moitié du XVIIIe siècle ont fait l’objet d’une monographie ces dernières années, sauf Vincent. Celle que prépare Jean-Pierre Cuzin est impatiemment attendue.

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Michel de Piles, dimanche 15 février 2009


Notes

1Salon de 1785, n° 68. Matthieu Pinette, Peintures françaises des XVIIe et XVIIIe siècles des musées d’Amiens, Somogy, 2006, p. 226 à 228.

2Salon de 1785, n° 67. L’accrochage est connu grâce à la gravure de Pietro Antonio Marini.

3Jean-Pierre Cuzin, François-André Vincent, Cahiers du dessin français, IV, Galerie de Bayser, Paris, 1988, p. 21 et ill. 41 à 43.

4Etude Lombrail-Teucquam, le 27 novembre 2007(adjugé 138 000 euros avec les frais).

5Acheté grâce aux fonds donnés par M. et Mme John Peters MacCarthy et Christian B. Peper, ainsi que ceux d’Horace Morison par échange.

6L’ensemble de l’école allemande, du XVIe au XXe, constitue le point fort de l’Art Museum, même si, évidemment, l’école française, surtout pour la seconde partie du XIXe siècle, tient une place de choix dans la collection.





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