Valentin de Boulogne, plus accessible à New York qu’à Paris


Il suffisait de se rendre au Louvre aujourd’hui, vers 16 h, où plus personne ne pouvait entrer dans les expositions Valentin de Boulogne et Vermeer, pour comprendre que cette dernière est un succès évident, et que le Louvre n’est pas très doué, c’est le moins qu’on puisse dire, en terme d’organisation. Le musée, que nous avons contacté, a reconnu qu’il y avait un réel problème et se penche actuellement sur des solutions pour, notamment, améliorer la réservation en ligne.

Tout cela aurait dû être anticipé. Le système, qui fonctionne en temps normal, ne pouvait que se gripper avec une exposition « événement », pourtant très mauvaise, dont le titre contient le mot « Vermeer ». Des solutions étaient possibles, qui impliquaient de remettre en cause non seulement le système de gestion des files d’attente, mais aussi la programmation des expositions au Louvre et la manière dont celles-ci se répartissent, tant géographiquement que dans le temps.
Passe encore que le prix d’entrée pour tous les visiteurs ait été augmenté en instaurant un tarif unique comprenant l’accès à la fois aux collections permanentes et aux expositions temporaires. Mais en attirant nécessairement vers Vermeer de très nombreux visiteurs qui n’auraient sans doute jamais pensé mettre le pied dans une exposition temporaire, ce choix a contribué à augmenter encore davantage un phénomène très prévisible : le nom de cet artiste est l’un de ceux qui fait venir les foules, indépendamment de la qualité de l’événement.

Résumons le parcours d’un visiteur voulant voir l’une ou l’autre de ces expositions, au moins jusqu’à ce qu’une autre solution soit trouvée. Soit il prend un billet pour le musée directement au guichet et doit réserver un créneau horaire pour l’exposition, qu’il n’est cependant pas sûr d’obtenir ; dans le meilleur des cas, il pourra la visiter, mais pas tout de suite. Soit il réserve et paye son entrée au Louvre par internet, à un horaire donné. Mais cet horaire concerne le musée, pas l’exposition, et en arrivant il doit aller retenir une nouvelle plage horaire pour visiter l’exposition ; il est donc tout à fait envisageable qu’il ne puisse pas entrer et qu’il ait payé et soit venu pour rien. Il en va de même, d’ailleurs, pour les bénéficiaires d’une entrée gratuite, pas seulement les scolaires et les étudiants, mais aussi les amis du Louvre, les porteurs de la carte Icom, les professeurs, les journalistes ou même les détenteurs de la carte du ministère de la Culture. Ils doivent venir au Louvre, et n’entrer que s’il reste de la place.
On oblige donc à acheter à la fois une entrée dans les collections permanentes et dans les expositions temporaires (ce qui s’apparente à de la vente forcée) et à risquer de ne même pas réussir à voir ce pour quoi on a été obligé de payer ! Signalons d’ailleurs qu’il est désormais impossible de réserver une entrée au Louvre avant le 23 mai (date de fermeture de ces expositions). On se demande, quelles que soient les évolutions envisagées, comment les visiteurs ayant déjà payé en ligne (qui ont en réalité réservé une entrée au Louvre, croyant réserver l’exposition Vermeer) vont être traités.

Il existait, évidemment, des solutions pour empêcher ce gros ratage. Les salles d’exposition du hall Napoléon sont ainsi faites que le nombre de visiteurs y est très limité (500 visiteurs au total). Y installer une exposition portant le nom de Vermeer était la première erreur à ne pas commettre. Celle-ci aurait dû avoir lieu au Grand Palais, qui a toujours su gérer les foules immenses et qui permettait, par ailleurs, au public « gratuit » d’entrer prioritairement et sans faire la queue. Et si le Grand Palais n’était pas une solution envisageable (mais pourquoi ?), il restait alors le Louvre-Lens (car le Louvre-Lens c’est le Louvre nous répète-t-on sans arrêt). Valentin aurait ainsi pu se déployer sans être trop contraint, tandis que la rétrospective Le Nain, qui ne fera venir personne ou presque à Lens, aurait pu avoir lieu au Louvre un peu plus tard (car entre le 22 mai et le 18 octobre, soit pendant cinq mois, il n’y aura AUCUNE exposition dans ces salles). L’exposition « Vermeer et maîtres de la peinture de genre », avec son thème aguicheur et très généraliste, avait bien davantage vocation à s’installer à Lens (et à attirer les visiteurs qui lui manquent) plutôt qu’à Paris. Au contraire, Le Nain aurait dû être à Paris, et non à Lens. Et si Vermeer devait absolument être organisé au Louvre même, il fallait alors le faire succéder à Valentin, plutôt que de passer d’un trop plein d’expositions à plus d’expositions du tout dans le hall Napoléon.

Non seulement l’accès à Vermeer est presque impossible (ce qui était prévisible), mais celui à la rétrospective Valentin de Boulogne, qui partage la même entrée, l’est tout autant alors que chacun sait que ce n’est pas elle qui attire ces foules1. Dans le meilleur des cas, les visiteurs, payants ou non, doivent patienter longuement pour attendre leur tour, même s’ils viennent spécialement pour cela. Dans le pire, ils ne peuvent pas entrer et sont venus pour rien (comme cette après-midi). L’organisation mise en place par le Louvre est tout simplement ingérable.
On voit difficilement ce qui pourra être inventé dans les jours suivants pour résoudre la quadrature du cercle, d’autant que les personnes ayant réservé par internet s’attendent désormais à pouvoir entrer dans les expositions.
La seule solution qui aurait été envisageable (mais cela nous semble un peu tard désormais) était d’une part de dissocier le prix d’entrée aux collections permanentes de celui aux expositions temporaires, de permettre la réservation aux expositions sur internet avec une plage horaire définie, et de conserver un contingent de places suffisant pour permettre aux visiteurs de réserver sur place, et aux bénéficiaires d’entrée gratuite d’entrer prioritairement à n’importe quelle heure. C’est ce que font tous les musées européens qui ont institué des réservations obligatoires pour leurs expositions. Il était ainsi parfaitement possible, avec une carte Icom, de voir l’exposition Caravage à la National Gallery de Londres, et Bosch au Musée du Prado. Quant au Metropolitan Museum de New York, qui lui aussi inclut les expositions dans le billet d’entrée, la visite de l’exposition Valentin y était plus que facile (et on pouvait photographier, ce qui est interdit ici). Décidément, le Louvre ne tourne plus très rond.


Didier Rykner, jeudi 23 février 2017


Notes

1Même si du point de vue qualitatif, elle dame le pion, et de loin, à sa rivale. Nous y reviendrons.





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