Maastricht 2012, la vingt-cinquième édition de la TEFAF


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1. Tilman Riemenschneider (vers 1460-1531)
L’Annonciation, vers 1520-1525
Albâtre - 32 x 21,5 x 4 cm
Daniel Katz Ltd
Photo : Daniel Katz Ltd

La foire de Maastricht fête son vingt-cinquième anniversaire. A cette occasion pourtant, la section de peinture ancienne que nous privilégions en général chaque année nous a semblé un peu moins attrayante que pour les éditions précédentes. Un niveau excellent bien sûr, comme d’habitude, mais sans les quelques œuvres un peu exceptionnelles qui ajoutent à l’excitation des visiteurs. Que beaucoup de tableaux soient déjà connus pour avoir été exposés souvent ces dernières années ne saurait être rédhibitoire pour un amateur – il est difficile de renouveler totalement le fonds d’une année sur l’autre - mais certains étaient exposés exactement au même endroit que l’année dernière, ce qui donnait parfois une impression de déjà-vu un peu étrange.

Mais la TEFAF est d’une telle richesse que cette très relative déception nous a donné l’occasion de passer davantage de temps dans la section des objets d’art et de mieux regarder les sculptures, et dans ces domaines les œuvres magnifiques sont légion.
Chez Daniel Katz, on pouvait admirer un très rare relief en albâtre ayant conservé en partie sa polychromie, œuvre tardive d’un des plus grands sculpteurs allemands, Tilman Riemenschneider représentant L’Annonciation (ill. 1).


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2. Alessandro Algardi (1598-1654)
Le Christ tombant sous la croix
Terre cuite - 17,5 x 24,2 cm
Stair Sainty
Photo : Stair Sainty
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3. Ercole Ferrata (1610-1686)
La Foi, vers 1660/65
Terre cuite - H. 40 cm
Kunsthandel Sascha Mehringer
Photo : Kunsthandel Sascha Mehringer

La sculpture baroque était très bien représentée, notamment avec plusieurs terres cuites romaines de grande qualité, parmi lesquelles nous avons particulièrement admiré un Christ portant sa croix de l’Algarde (ill. 2), chez Stair Sainty, modèle pour un bronze connu à de très nombreux exemplaires, et un projet de monument au cardinal Lelio Falconieri à San Giovanni dei Fiorentini à Rome dû à Ercole Ferrata (ill. 3), présenté par Sascha Mehringer de Munich.


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4. Attribué à Nicolas Cordier (vers 1657-1612)
Buste de l’Empereur Antonin le Pieux
Marbre - 86 x 66 cm
Tommaso Brothers Fine Art
Photo : Tommaso Brothers Fine Art
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5. Attribué à Pietro Tacca (1577-1640)
et Ferdinando Tacca (1619-1686)
Crucifixion avec la Vierge et saint Jean
Bronze, bois, pierres dures - 112 x 51 x 21 cm
Voelant+Rovina
Photo : Voelant+Rovina

Une autre œuvre romaine du début du XVIIe siècle impressionnait également beaucoup chez Tommaso Brothers. Il s’agit d’un buste de l’empereur Antonin le Pieux attribué au sculpteur d’origine lorraine mais actif à Rome Nicolas Cordier (ill. 4).
Un peu plus tardive, mais florentine, une très belle Crucifixion en bronze doré attribuée à Pietro et Ferdinando Tacca (ill. 5), chez Robilant+Voena, provient de la collection Koelliker à Milan et était en dépôt depuis deux ans au Cleveland Museum.
La Flandres baroque est également bien représentée : sur le stand de Julius Böhler, riche en superbes objets en ivoire, un Crucifix dans cette matière est attribuée à Luca Faydherbe (ill. 6).


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6. Attribué à Luca Faydherbe (1617-1697)
Crucifix
Ivoire - 60 x 42 cm
Kunsthandlung Julius Böhler
Photo : Kunsthandlung Julius Böhler
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7. Henri de Triqueti (1807-1874)
Aiguière de l’Espérance, de la
Patience, de la Paix et de la Justice

Bronze - 41,5 x 20 x 13 cm
Yates-Trebosc-van Lelyveld
Photo : Yates-Trebosc-van Lelyveld

Outre le baroque italien (et flamand), l’une de nos périodes préférées en sculpture est le romantisme français. On pouvait ainsi voir, sur le stand Yates-Trebosc-van Lelyveld, une superbe aiguière en bronze de Henri de Triqueti (ill. 7) qui existe en deux autres exemplaires au Musée Girodet de Montargis et au Louvre1. Une œuvre telle que celle-ci ne le cède guère en finesse et en beauté aux plus beaux exemples de la Renaissance.
Deux autres objets ne pouvaient se voir qu’en levant les yeux puisqu’il s’agit d’une paire de modèles de lampes en terre cuite (ill. 8). Gierhards Fine Arts, chez qui elles se trouvent, les attribue au même Henri de Triqueti. Cette identification est possible, mais pas certaine. Leur qualité est cependant remarquable. On appréciera notamment la figure de squelette ailé (ill. 9).


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8. Attribué à Henri de Triqueti (1807-1874)
Modèles de lampes
Terres cuites - Diamètres : 58 cm
Gierhards Fine Arts
Photo : Gierhards Fine Arts
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9. Attribué à Henri de Triqueti (1807-1874)
Modèle de lampe, esquisse
Terre cuite - Diamètres : 58 cm
Gierhards Fine Arts
Photo : Gierhards Fine Arts

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10. Maître des Portraits Baroncelli
(actif à Bruges, seconde moitié du XVe siècle)
La Pentecôte
Huile sur panneau - 104 x 119,5 cm
Jean-Luc Baroni Ltd
Photo : Jean-Luc Baroni Ltd

Nous ne pourrons malheureusement pas illustrer comme nous l’aurions voulu la section objets d’art faute d’avoir pu obtenir ou recevoir les images des quelques œuvres qui nous ont paru particulièrement remarquables – quelques-unes parmi des centaines. Parmi elles, sur le stand Kugel, éblouissant comme toujours, nous aurions aimé montrer le cabinet de Philippe V d’Espagne. Chez Altomani & Sons, parmi de très nombreux objets splendides (dont d’importantes majoliques), nous avions retenu une paire de chandeliers baroques par Giovanni Giardini. Nous aurions voulu aussi reproduire une très belle table à plateau de malachite offert par le tsar Alexandre II à Frédéric-Guillaume III de Prusse mais l’antiquaire qui la présente ne nous a rien envoyé à son sujet.

Malgré ce que nous disions dans notre introduction, les peintures remarquables sont tout de même très nombreuses. Parmi les plus anciennes, on signalera une Pentecôte du Maître des Portraits Baroncelli (ill. 10), chez Jean-Luc Baroni.


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11. Charles Dauphin (1615-1677)
Alexandre le Grand et Bucéphale
Huile sur toile - 124,5 x 113 cm
Galerie Eric Coatalem
Photo : Galerie Eric Coatalem
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12. Jean Le Clerc (vers 1585/87-1633)
Saint François méditant, vers 1625
Huile sur toile - 160 x 130 cm
Galerie Jean-François Heim
Photo : Galerie Jean-François Heim

Si nous les connaissions déjà, on ne pourra que saluer l’achat par Eric Coatalem des sept esquisses de Jean-François de Troy passées en vente chez Sotheby’s (voir la brève du 17/6/11), un ensemble unique, patrimonial, qui va ainsi probablement quitter définitivement le territoire français. Le marchand a parfaitement fait son travail, on ne pourra pas en dire autant de tout le monde… Dans son stand, on remarquera aussi un superbe tableau de Charles Dauphin (ill. 11).
Un autre peintre lorrain du XVIIe siècle, Jean Le Clerc, dont un beau tableau avait récemment été acquis par le Louvre (voir la brève du 29/10/11), est présent chez Jean-François Heim (ill. 12).


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13. Simone Peterzano (1535-1599)
Angélique et Médor
Huile sur toile - 154,8 x 194 cm
Galerie Canesso
Photo : Galerie Canesso
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14. Bernardo Strozzi
Pietà, vers 1618-1620
Huile sur toile - 94,2 x 132 cm
Galerie G. Sarti
Photo : Galerie G. Sarti

La peinture italienne du XVIe siècle était particulièrement bien représentée à la galerie Canesso, notamment par un superbe tableau de Simone Peterzano (ill. 13), le maître de Caravage.
Pour le XVIIe siècle, nous avions retenu chez Giovanni Sarti un tableau inédit d’Orazio Riminaldi dont nous n’avons pas reçu la photo, mais nous illustrons cet article avec l’un des tableaux, chez le même antiquaire, qui a été le plus remarqué des amateurs : une Pietà de jeunesse de Bernardo Strozzi (ill. 14). Une autre belle toile du même artiste se trouve sur le stand d’Agnews. Quant au très beau Saint Sébastien anonyme dont nous donnons l’illustration (ill. 15), il s’agit sans doute de la seule œuvre qui n’était pas en vente sur la foire, le marchand argentin qui l’exposait (et qui n’est pas uniquement spécialisé dans les tableaux) souhaitant d’abord en identifier l’auteur...


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15. Italie, XVIIe siècle
Saint Sébastien soigné par les anges
Huile sur toile
Galerie Jaimie Eguiguren
Photo : Galerie Jaimie Eguiguren

Les peintures du XIXe siècle sont très nombreuses. Chez Stair Sainty, déjà cité, outre une académie d’homme de Théodore Géricault, nous retiendrons deux nus féminins, en pendant, d’Alexandre Dubois-Drahonet (ill. 16 et 17). Le premier, plus classique, fut exposé au Salon de 1831 tandis que le second, de face, inhabituel pour un nu féminin à cette époque, qui ne cache rien du système pileux de la dame, a sans doute été conçu comme son pendant, privé, qu’il était difficile de montrer avec lui au Salon.


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16. Alexandre Dubois-Drahonet (1791-1834)
Nu féminin de dos, 1831
Huile sur toile - 92 x 74,5 cm
Stair Sainty
Photo : Stair Sainty
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17. Alexandre Dubois-Drahonet (1791-1834)
Nu féminin de face
Huile sur toile - 81,6 x 72,2 cm
Stair Sainty
Photo : Stair Sainty

Une telle recension, comme d’habitude est totalement partielle et partiale, ce que nous assumons parfaitement et ne peut refléter l’extraordinaire richesse de cette foire. Nous aurions pu citer des centaines, voire des milliers d’objets.
Chaque année, depuis 25 ans, les acheteurs se pressent dans les allées dès l’inauguration. On rencontre rarement ailleurs une telle concentration de conservateurs de grands musées internationaux et de collectionneurs de toutes nationalités. Il semble que cette année encore, la recette ait bien fonctionné puisque beaucoup de points rouges témoignaient d’un marché vigoureux, malgré la crise, et que beaucoup d’exposants ne cachaient pas leur satisfaction. Pour un amateur d’art, il est difficile de se passer d’une visite à Maastricht.

Informations pratiques : 16 au 25 mars 2012, ouvert de 11 h à 19 h (le 25 mars jusqu’à 18 h). Pour se rendre à la foire par le train, il faut prendre le Thalys jusqu’à Liège, puis changer pour Maastricht (des navettes se rendent de la gare de Maastricht à la TEFAF).

English Version


Didier Rykner, dimanche 18 mars 2012


P.-S.

Nous avons omis de dire un mot de l’exposition d’une quarantaine de dessins que présente la Fondation Custodia à l’occasion des vingt-cinq ans de la TEFAF. Ce serait dommage car cet accrochage est absolument extraordinaire, avec des feuilles sublimes de Léonard de Vinci, Lorenzo di Credi, Guerchin, Rubens...
La TEFAF est généralement moins riche en art graphique que dans les autres domaines, et la section Paper n’est pas - sauf par exception - du niveau qu’on pourrait attendre. Les chefs-d’œuvre de Frits Lugt (complétés de quelques achats récents mais également de très haute qualité) justifient une visite à cet étage mais rendent un peu pâle les feuilles à vendre qui se trouvent à proximité.


Notes

1Correction du 29 mars 2012 : nous avions écrit par erreur qu’il n’y avait qu’un seul autre exemplaire au Musée de Montargis.





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