L’Idéal Art nouveau. Collection majeure du musée départemental de l’Oise


Evian, Palais Lumière, du 12 octobre 2013 au 12 janvier 2014.

En proie à une rénovation qui n’en finit plus depuis 1997, l’ancien Palais des Evêques-Comtes de Beauvais qui abrite le musée départemental de l’Oise est en grande partie fermé et ne présente qu’une partie réduite de ses collections depuis bien trop longtemps. Un peu plus de 160 de ses œuvres du tournant du XXe siècle, invisibles en son sein, sont exposées « hors les murs » au Palais Lumière d’Evian jusqu’au 12 janvier. Si le titre de l’exposition L’Idéal Art nouveau est peu représentatif des œuvres qui y sont déployées - tout autant Art nouveau que symbolistes et nabis - le sous titre Collection majeure du musée départemental de l’Oise précise bien mieux son ambition, mettre en valeur une collection emblématique du musée. Il ne s’agit donc pas pour Josette Galiègue, commissaire de l’exposition et directrice du musée de Beauvais, de présenter l’Art nouveau stricto sensu, mais de réunir différents mouvements stylistiques qui se développent concomitamment à l’époque de l’Art nouveau en France mais aussi en Belgique, en Angleterre et en Allemagne. A l’instar de la constitution de la collection permanente du musée, l’idée est de construire autour de pièces phares purement Art nouveau un ensemble cohérent de la même période mais pas exclusivement de même style.


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1. Gustave Serrurier-Bovy (1858-1910)
Salle à manger de l’hôtel Bauwens à Bruxelles, 1897-1899
Vue d’ensemble avant fermeture du palais renaissance
pour rénovation en 1997
Beauvais, musée départemental de l’Oise
Photo : Musée départemental de l’Oise/Jean-Louis Bouché
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2. Henri Bellery-Desfontaines (1867-1909)
Salle à manger du Docteur d’Herbécourt, 1909-1911
Reconstituée dans le musée de l’Oise en 1981
Vue d’ensemble avant fermeture du palais renaissance
pour rénovation en 1997
Beauvais, musée départemental de l’Oise
Photo : Musée départemental de l’Oise/Georges Loëffel

Ce sont d’abord les reconstitutions des salles à manger Art nouveau de l’architecte-décorateur belge Gustave Serrurier-Bovy (ill. 1) et du français Henri Bellery-Desfontaines (ill. 2), qui retiennent toute l’attention. Fleurons de la collection beauvaisienne, ces ensembles, respectivement acquis en 1975 et 1978, sont présentés selon un dispositif muséographique caractéristique du musée de Beauvais, la period room. Ce type de mise en scène qui consiste en une « restitution ou reconstitution d’un décor intérieur illustrant une période donnée en associant des œuvres, qui n’ayant pas la même origine possèdent néanmoins des caractéristiques propres à un style et sont produites dans la même période chronologique »1 y fut décliné de façon novatrice dès les années 1970 par la conservatrice Marie-José Salmon. La première salle à manger, réalisée pour l’avocat Albert Bauwens en 1897-1899, est composée d’une table, de six chaises garnies de cuir, d’une desserte à carreaux de céramique et d’un vaisselier à deux corps en noyer ciré. Des pièces de céramique, vases, jardinière, coupes, y sont disposées tandis que des tableaux, qui « évoquent l’époque » selon la commissaire, y sont associés, portraits par Antonio de La Gandara (ill. 3), Concert des Anges d’Edgar Maxence (ill. 4) ou bien encore deux projets de vitraux d’Edward Burne-Jones.


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3. Antonio de La Gandara (1861-1917)
Potrait de la comtesse Mathieu de Noailles,
née Anna, princesse de Brancovan
, vers 1899
Huile sur toile - 169 x 135 cm
Beauvais, musée départemental de l’Oise
Photo : Musée départemental de l’Oise/Alain Ruin
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4. Edgard Maxence (1871-1954)
Concert d’anges, 1897
Huile sur toile - 164 x 85 cm
Beauvais, musée départemental de l’Oise
Photo : Musée départemental de l’Oise/J-M Zuber

Plus loin dans l’exposition, un ensemble mobilier pour hall d’entrée, deux vitrines et une lanterne complètent cette évocation du travail de Serrurier-Bovy. La seconde salle à manger, commandée plus tardivement entre 1909 et 1911 par le Docteur Jean d’Herbécourt, conserve, elle, son décor d’origine peint par Henri Martin, Paysages méditerranéens. Elle est donc restituée dans son intégrité à l’exception de sa cheminée qui ne peut être déplacée et d’un lustre aujourd’hui disparu. Des pièces de céramique ornent, ici aussi, la table, le vaisselier et la desserte, complétées par des sculptures d’Alexandre Charpentier (1856-1909), Max Blondat (1872-1925) et Jean Carriès (1855-1894).


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5. Emile Muller (1823-1888 (89) ?)
Les Flammes (cheminée), vers 1904
Grès polychrome - 150 x 125,50 x 47,40 cm
Beauvais, musée départemental de l’Oise
Photo : Musée départemental de l’Oise/Benoît Coignard
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6. Auguste Delaherche (1857-1940)
Vase ovoïde, entre 1894 et 1904
Grès émaillé flammé - 31, 8 x d. 24 cm
Beauvais, musée départemental de l’Oise
Photo : Musée départemental de l’Oise/Alain Ruin

Que la spectaculaire cheminée Muller, Les Flammes, en grès émaillé vert et lie de vin, ait, elle, en revanche, pu faire le voyage jusqu’à Evian, est d’autant plus remarquable qu’acquise en 1993 elle n’avait encore jamais été présentée au public (ill. 5). Elle est à l’honneur dès l’entrée de l’exposition sous un éclairage presque théâtral et introduit la section dédiée à la céramique architecturale. La part belle y est donnée à la Manufacture Gréber, dynastie de céramistes la plus connue du Beauvaisis, dont le musée conserve de nombreuses pièces et à laquelle il dédia une exposition en 1993. Autre célèbre représentant de la région, Auguste Delaherche excelle, lui, dans les pièces en grès dit « flammé » que l’on découvre juxtaposées en vitrine (ill. 6). Acquis par souscription dès 1921, reçu en don puis en legs par sa veuve en 1959, objet d’une rétrospective en 1973, le fonds Delaherche a une importance toute particulière pour le musée puisqu’il a, par son ampleur, déterminé l’orientation de la collection vers l’Art nouveau. Une exposition « hors les murs » à partir de la seule collection de Beauvais lui a également été consacrée en 2001 en Suisse à la Fondation Neumann de Gingins.

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7. Eugène Carrière (1849-1906)
Paysage aux environs de Saint-Brieuc, 1893
Huile sur toile - 39 x 51,5 cm
Beauvais, musée départemental de l’Oise
Photo : RMN-GP/Hervé Lewandoswki

La suite du parcours se complique un peu et il est bien difficile de discerner les différentes sections aux délimitations confuses. Si le choix de mêler arts décoratifs, peinture, sculpture et architecture est pertinent au regard du concept d’« art total » développé par l’Art nouveau, son appréhension reste difficile tant le parcours est peu didactique et recoupe d’autres styles. Le catalogue ne nous éclaire malheureusement pas davantage sur ce sujet, son organisation toute autre par techniques ne reprend aucunement le découpage des sections et ressemble davantage à un catalogue sommaire de la collection permanente qu’à un ouvrage dédié à l’exposition temporaire. Les œuvres présentées n’en restent pas moins belles et il y a fort à admirer, des symbolistes Eugène Carrière (ill. 7) et Clément Massier aux nabis Maurice Denis et Edouard Vuillard (ill. 8) en passant par l’Ecole de Nancy (ill. 9).


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8. Edouard Vuillard (1868-1940)
La Maisonnette à l’Etang-la-Ville, 1898
Peinture à la colle et à l’huile sur toile - 157 x 255 cm
Beauvais, musée départemental de l’Oise
Photo : Musée départemental de l’Oise/Adrien Didierjean
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9. Emile Gallé (1846-1904)
Vase dédicacé à A. Delaherche, 1902
Verre double couche, décor et dédicace gravés
16,5 x d.13,5 cm
Beauvais, musée départemental de l’Oise
Photo : Musée départemental de l’Oise/Alain Ruin

L’exposition, malgré des difficultés à organiser son discours et à répondre à son titre, s’avère une mise en valeur réussie de cette partie invisible des collections du musée de Beauvais qu’il est plus que grand temps de redécouvrir in situ. La réouverture de l’aile Renaissance qui l’accueillera devrait - on attend de le voir pour le croire - s’échelonner entre septembre 2014, pour le premier étage, 2015 et 2016 pour les deuxième et troisième. En attendant des annexes proposent deux salles dédiées à une sélection drastique des collections permanentes de sculpture et de peinture et, depuis 2000, de régulières expositions temporaires dont plusieurs ont été consacrées à la période Art Nouveau : La Manufacture Zsolnay de Hongrie en collaboration avec le musée de l’Ecole de Nancy, Céramistes français 1900 de la collection Strobel, Agathon Léonard avec le musée de Roubaix ou La Nébuleuse symboliste. Collection du musée de l’Oise.

Commissaire : Josette Galiègue.


Collectif, L’Idéal Art nouveau. Collection majeure du musée départemental de l’Oise, Editions Alternatives, 2013, 208 p., 35 €. ISBN : 9782072500404.


Informations pratiques : Palais Lumière, Quai Albert-Besson, 74500 Evian. Tél : 04 50 83 15 90. Ouvert le lundi de 14h à 19h, puis du mardi au dimanche de 10h à 19h. Tarifs : 10 € (réduit : 8 €).
Musée départemental de l’Oise, 1 rue du Musée, 60000 Beauvais. Tél : 03 44 10 40 50. Ouvert tous les jours sauf le mardi de de 10h à 12h et de 14h à 18h. Entrée gratuite.


Julie Demarle, vendredi 3 janvier 2014


Notes

1Catalogue, p. 25.




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