L’association Sites et monuments présente douze propositions patrimoniales pour la présidentielle


Les élections à venir permettent de constater une nouvelle fois que le patrimoine et les musées comptent parmi les grands oubliés des propositions de candidats dont l’inculture est souvent abyssale. Certains nous rétorqueront qu’au moins un(e) candidat(e) en a fait un point important de son programme. Mais il est certain qu’on ne peut isoler une politique patrimoniale d’une politique globale et qu’on ne saurait se décider uniquement sur des critères patrimoniaux, ce que nous nous refusons évidemment à faire. Tous les partis devraient s’accorder en faveur de la défense de notre histoire qui est également un atout économique considérable.

Le plus effrayant reste sans doute l’abandon par de nombreux candidats de toute référence à cette question, comme s’il s’agissait d’un sujet honteux ou sans importance. Que la gauche, dans sa totalité ou presque, ait abandonné la moindre velléité de protection du patrimoine est désolant (voir à cet égard l’analyse de Michel Guerrin dans Le Monde). Les années Jack Lang sont bien loin où la création et le spectacle vivant n’empêchaient pas de mettre en œuvre une politique profitable à la fois aux musées et aux monuments historiques. Pourtant, répétons-le, le patrimoine n’est ni de droite, ni de gauche. Il y a des maires destructeurs à gauche comme à droite et les combats que nous menons quotidiennement le prouvent. Il y a eu des présidents désastreux pour le patrimoine, et ils étaient aussi bien de droite (Pompidou, Chirac, Sarkozy…) que de gauche, le dernier en date, François Hollande, ayant été l’un des pires de tous. Giscard et Mitterrand ont mené, eux, des politiques plutôt inverses.

La Tribune de l’Art pratique, nous ne nous en cachons pas, un journalisme engagé. Non pas au sens politique habituel mais en faveur de la protection du patrimoine. Nous avons songé ainsi à mettre au point un programme idéal que nous n’avons malheureusement pas eu le temps de mettre au point. Fort heureusement, l’association Sites et Monuments (ancienne SPPEF) dont nous sommes proches, a mené cette réflexion1 à bien et l’a publiée sur son site (voir ici). Il n’est pas étonnant que nous partagions, pour l’essentiel, ces douze propositions sur lesquelles les candidats devraient se prononcer, mais surtout les intégrer à leurs programmes car ces propositions ne sont pas de gauche, elles ne sont pas de droite, elles sont de simple bon sens.

Nous en retenons les points suivants. Il ne s’agit pas d’un résumé, mais d’une sélection d’actions proposées par Site et Monuments qui nous semblent essentielles.

- donner les moyens aux fonctionnaires du ministère de la Culture d’effectuer leurs missions : les Architectes des Bâtiments de France sont en sous-effectif important alors que leur rôle est essentiel et que l’absence d’une réponse de leur part vaut acceptation.

- donner enfin aux Conservateurs des Antiquités et Objets d’Art, bénévoles, mal ou peu formés, dont le rôle dans la protection des objets mobiliers est pourtant essentiel, un vrai statut ; nous comptons revenir dans une enquête sur leur situation invraisemblable.

- remembrer les domaines nationaux (c’est-à-dire, en gros, pratiquer la politique inverse de celle qui est menée aujourd’hui) et appliquer une politique comparable pour les ensembles mobiliers.

- favoriser la conservation in situ des œuvres d’art, en créant notamment en droit fiscal la notion de « don de servitude », de « mécénat de servitude » et de « dation de servitude » qui consisterait à compenser la moins-value causée par une obligation de laisser des objets en place.

- permettre que certains ensembles immobiliers ne puissent être démembrés, ce qui permettrait de considérer comme un tout, par exemple, un château classé monument historique et son parc.

- élaborer une politique de sauvegarde du second œuvre ancien : celui-ci est gravement menacé par le remplacement des fenêtres anciennes par des fenêtres en PVC, par l’isolation par l’extérieure qui, si elle n’est plus obligatoire, est néanmoins toujours possible même sur de belles maisons anciennes…

- maîtriser et rationaliser l’implantation des éoliennes : les nuisances patrimoniales des éoliennes ne sont plus à démontrer. Si celles-ci doivent se développer (en admettant qu’elles aient une utilité, ce que nous ne croyons pas, mais qui sort de notre champ), il faudrait a minima le faire de manière raisonnée et stopper leurs installations anarchiques. Ils proposent ainsi notamment d’établir une véritable planification départementale et contraignante pour l’implantation des éoliennes, ce qui est du simple bon sens.

- aménager le territoire en prenant en compte les paysages et les sites à préserver et en améliorant ceux qui ont été dégradés.

- limiter les exceptions aux règlements d’urbanisme.

- redonner aux citoyens la possibilité de s’impliquer dans la défense du patrimoine, une possibilité qui a été rognée systématiquement ces dernières années.

Il ne s’agit, encore une fois, que de quelques idées extraites d’un document beaucoup plus riches. Nous incitons fortement nos lecteurs à revenir à la source, à s’approprier ces mesures, à les partager et à interpeller les candidats (également ceux des législatives à venir) à leur propos.


Didier Rykner, vendredi 31 mars 2017


Notes

1À l’exception des musées, sur lesquels il y aurait beaucoup à proposer.





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