L’Ange du bizarre. Le romantisme noir de Goya à Max Ernst


Paris, Musée d’Orsay, du 5 mars au 9 juin 2013.
L’exposition s’était tenue précédemment à Francfort-sur-le Main, Städel Museum, du 26 septembre 2012 au 20 janvier 2013.

Dissipons d’abord un malentendu tenace : l’expression « romantisme noir » n’est pas une création du critique italien Mario Praz. Celui-ci ne l’utilise ni dans le titre de son ouvrage1, ni dans le cours de celui-ci. Et d’ailleurs à quoi ce « romantisme noir » s’opposerait-il ? A un romantisme pleurnichard ? chlorotique ? angélique ? Avec une extension de la notion de romantisme qui conduit le critique à y inclure le décadentisme « qui n’[en] est qu’un développement »2, l’exposition, qui suit assez, et même trop fidèlement les pas de Mario Praz – sans aucun regard critique (il est vrai qu’il est malvenu de critiquer Praz ) –, se condamne à survoler une suite de thèmes plutôt qu’à tenter de cerner comment et pourquoi, si « romantisme noir » il y eut bien, celui-ci put se développer au point de devenir un courant autonome du romantisme.

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1. Carlos Schwabe (1866-1926)
La Mort et le Fossoyeur, 1900
Aquarelle, gouache et mine de plomb - 76 x 56 cm
Paris, musée d’Orsay
Photo : Musée d’Orsay-RMN/Patrice Schmidt

Dans une scénographie d’Hubert Le Gall sobre, lisible et qui laisse respirer les œuvres, ouvrant çà ou là sur de jolies perspectives, le parcours, très inspiré par l’univers germanique (n’oublions pas que l’exposition est d’abord un projet du Städel qu’Orsay a capté à la va-vite), offre de très beaux ensembles consacrés à Füssli, Goya, Friedrich – ce qui, en soi est déjà une véritable réussite. On ne compte pas les chefs-d’œuvre : Le Cauchemar parmi sept toiles de premier plan de l’Helvéto-Britannique ; Le Vol des sorcières qu’accompagnent une bonne vingtaine de peintures et gravures appartenant aux cycles des Caprices, des Proverbes ou des Désastres de la guerre ; Le Rivage avec la lune cachée par les nuages du maître de Greifswald, côtoyant ruines, cimetière et paysages montagneux… Sans oublier la première esquisse du Radeau de la Méduse de Géricault, une sublime Route de campagne en hiver au clair de lune de Carl Blechen, un Paysage montagneux : ruines dans une gorge de Carl-Friedrich Lessing, panorama verticalisé où le minéral semble tout absorber, Le Péché de Von Stuck qui ouvre la voie aux femmes fatales avec une Salomé de Moreau (L’Apparition), l’extraordinaire et trop méconnue La Mort et le Fossoyeur de Carlos Schwabe (ill. 1)… toiles qui sont autant de mises en bouche ou de plats de résistance que l’on prendra le soin de savourer minutieusement.


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2. Johann Heinrich Füssli (1741-1825)
La Folie de Kate, 1806-1807
Huile sur toile - 91,8 x 71,5 cm
Francfort-sur-le-Main, Frankfurter Goethe-Haus
Photo : Ursula Edelmann - Artothe
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3. Théodore Géricault (1791-1824)
Le Radeau de La Méduse,
première esquisse, 1818-1819
Huile sur toile - 37,5 x 46 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Daniel Couty

En ouverture du catalogue, dans un très judicieux essai, Annie Lebrun rappelle que « le noir est une invention des Lumières. »3. Et de rappeler : « En fait, avec la montée de l’incroyance, quelque chose a commencé qui n’a pas fini de nous…

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