Jean-Jacques Karpff (1770-1829). « Visez au sublime »


Colmar, Musée Unterlinden, du 18 mars au 19 juin 2017.

Le colmarien Karpff (également connu sous le nom de Casimir, son surnom dans l’atelier de David), fut essentiellement un miniaturiste. Relevant à la fois du dessin et de la peinture, l’art de la miniature est mal connu et rarement exposé. Il faut donc rendre hommage au Musée Unterlindent de consacrer à cet artiste une rétrospective que son rôle de protecteur du patrimoine pendant la Révolution tout autant que son talent justifiait.


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1. Jean-Jacques Karpff (1770-1829)
Le Déluge
Crayon, fusain, rehauts de blanc - 27,4 x 32 cm
Colmar, bibliothèque des Dominicains
Photo : Didier Rykner
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Comment devient-on miniaturiste après une formation chez David ? Comme tous ses élèves, Karpff avait d’abord une ambition de peintre d’histoire. L’exposition montre ainsi des Académies réalisées dans l’atelier de son maître, et des dessins dont les sujets s’inspirent de ceux de son maître ou de ses condisciples d’atelier : Mort de Socrate (non exposée), un Bélisaire dont la composition se rapproche de celui de François Gérard, Marius sur les ruines de Carthage qui évoque, bien entendu, le tableau peint par Jean-Germain Drouais, ou encore un Déluge (ill. 1). Faut-il penser, comme le suggère un des essais, que la fermeture des académies en 1793 est seule responsable du changement de carrière de l’artiste qui s’orienta alors vers l’art de la miniature ? Probablement pas. À Colmar, son premier maître François-Joseph Hohr, pratiquait cet art (on en voit dans l’exposition) et il est probable qu’il passa également par l’atelier de Jean-Baptiste Jacques Augustin. Toute sa vie donc, Karpff travailla dans le petit, mais pas dans le médiocre. Ses miniatures - l’exposition montre des œuvres d’autres miniaturistes de cette époque - comptent parmi les plus belles de son temps.


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2. Jean-Jacques Karpff (1770-1829)
Portrait d’un membre présumé de la famille Bronner
Crayon noir, rehauts de gouache blanche - 28 x 22,3 cm
Colmar, Musée Unterlinden
Photo : Musée Unterlinden
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3. Jean-Jacques Karpff (1770-1829)
Portrait de femme, vers 1800-1805
Crayon noir, rehauts de gouache
blanche - 25 x 16,6 cm
Collection particulière
Photo : Didier Rykner
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On pourrait détailler ici les influences que subit l’artiste : celle de David bien sûr, ou d’isabey, dans les petits portraits en médaillon, où les modèles sont vus de profil (ill. 2) ; celle de Boilly également, avec ses portraits à mi-corps, tournés de trois-quarts, qui regardent le spectateur (ill. 3). On peut voir encore, dans certaines scènes ossianesques (ill. 4) qu’il affectionnait, la marque de Girodet ou de Gérard.
Mais ce serait négliger la réelle originalité de Karpff que l’exposition démontre brillamment : sa technique, qui n’appartient qu’à lui, et qui permet de reconnaître immédiatement ses miniatures.


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4. Jean-Jacques Karpff (1770-1829)
Ossian, 1812
Encre de chine et rehauts de gouache
blanche sur ivoire - 27,4 x 32 cm
Collection particulière
Photo : Suzanne Nagy
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On ne peut ici parler de recette, tant cette manière de dessiner est subtile. Proscrivant entièrement l’usage de la couleur - les miniatures de Karpff sont toutes en noir et blanc - sa technique se rapproche de celle d’un graveur plutôt que d’un peintre. Tous les traits de Karpff sont droits et parallèles, d’épaisseur égale. C’est leur ton plus ou moins sombre qui crée les reliefs et les ombres et fait vibrer la surface. Seuls le visage et les vêtements sont traités ainsi, tandis que la chevelure et le fonds sont dessinés de manière plus classique. Ces portraits sont de purs chefs-d’œuvre, tel celui de la femme au voile (ill. 5) ou celui des enfants Reiset (ill. 6).


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5. Jean-Jacques Karpff (1770-1829)
Portrait de femme au voile, 1815
Encre de chine et rehauts de gouache blanche sur ivoire - D. 5,9 cm
Colmar, Musée Unterlinden
Photo : Didier Rykner
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6. Jean-Jacques Karpff (1770-1829)
Portrait des enfants Reiset, vers 1818
Encre de chine et rehauts de gouache blanche sur ivoire - 6 x 8 cm
Colmar, Musée Unterlinden
Photo : Didier Rykner
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On ne saurait oublier, comme nous l’évoquions au début de cet article, la sauvegarde du patrimoine du Haut-Rhin pendant la Révolution : nommé commissaire en charge de l’inventaire des œuvres d’art saisies, il agit efficacement pour les protéger et les sauver des vandales révolutionnaires. Son action est étudiée dans un essai du catalogue dont il faut souligner les qualités : plusieurs études sont consacrées à Karpff lui-même, tandis qu’un essai de Nathalie Lemoine-Bouchard replace son art plus largement dans celui de la miniature qui atteint son apogée à cette époque.


Commissaire :Viktoria von der Brüggen.
Commissaire associé : Raphaël Mariani.


Sous la direction de Viktoria von der Brüggen et Raphaël Mariani, Jean-Jacques Karpff (1770-1829) « Visez au sublime », Hazan, 2017, 262 p., 35 €. ISBN : 9782754109987.


Informations pratiques : Musée Unterlinden, place Unterlinden, 68000 Colmar. Tel : +33 (0)3 89 20 15 50. Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10 h à 18 h, le jeudi jusqu’à 20 h. Tarif : 13 € (réduit 8 €, 11 €).


Didier Rykner, lundi 22 mai 2017





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