Dijon : menaces sur la Place Royale


Le 26 septembre dernier, le maire de Dijon, M. Rebsamen (PS) faisait approuver en Conseil municipal un projet de « requalification » de la place de la Libération, devant le palais des Etats, c’est-à-dire l’ancienne place Royale, dessinée en 1685 par Jules Hardouin-Mansart et classée au titre des Monuments Historiques.

Confié au cabinet parisien Wilmotte, ce projet ne manque pas d’inquiéter les habitants et les amoureux de la capitale bourguignonne, relayés par l’association « Renouveau du vieux Dijon », présidée par Mme Lamarre, professeur à l’université, et la Commission des Antiquités de la Côte d’Or, que dirige Mme François Vignier, historienne bien connue.

L’affaire a un parfum de déjà vu et transcende les clivages politiques : un maire qui impose « son » projet et qui veut couper le ruban pour 2008, date des prochaines élections municipales ; un architecte parisien qui voit les choses de loin (M. Wilmotte ne se serait pas encore déplacé, dit-on…) ; un énième projet qui modifie les sols (matériaux, altimétrie) en multipliant le mobilier urbain (ici des bancs et des fontaines à ras de sol, type place des Terreaux à Lyon) et menace un équilibre fragile, sous couvert de faire partir les voitures en stationnement.
L’on découvre, à cette occasion, que le sol de la place n’est pas classé… Le ministre va-t-il procéder à une protection supplémentaire ? L’architecte des Bâtiments de France va-t-il avoir le courage, au nom du Plan de sauvegarde et de mise en valeur de la ville, de s’opposer à un puissant élu ? L’affaire de la citadelle de Vauban à Lille incite à croire que non, et les associations locales et nationales se tiennent donc prêtes à agir.

Sans doute est-il heureux de vouloir rendre cet espace à la promenade piétonne, encore faut-il ne pas altérer l’harmonie concertée du lieu en y introduisant des aménagements qui, par une conception mal entendue de la modernité, viendraient brouiller les façades si simples et si puissantes de Hardouin-Mansart, fameux écran d’arcades qui masque la ville médiévale. Il y a là bien des subtilités – trop peut-être ? C’est pourquoi on ne saurait trop recommander à M. le maire de Dijon d’aller visiter la fameuse place Stanislas de Nancy, restaurée et rendue aux piétons ce printemps avec succès, avant de « requalifier » la place de Dijon. Que voit-on en Lorraine ? Pas de voiture, pas de fontaines ras-de-sol, pas de bans, pas de bornes et de boules, pas de cabines et autres sanisettes. Pas de mobilier urbain ! La voilà, la véritable modernité.


Alexandre Gady, mardi 25 octobre 2005





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