Camille Claudel Contenu abonnés


Paris, Musée Rodin, du 15 avril au 20 juillet 2008.

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1. Camille Claudel (1864-1943)
Auguste Rodin, 1892
Bronze - 40,4 x 24,6 x 28 cm
Paris, Musée Rodin
Photo : Ch. Baraja/Musée Rodin
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Si l’on excepte la présentation organisée par le Musée Marmottan en 2005, la dernière exposition rétrospective d’envergure consacrée à Camille Claudel remonte à 1991 et c’est aussi au Musée Rodin qu’avait eu lieu cette consécration d’une artiste jusqu’alors méconnue. Il n’est pas inutile de rappeler en effet, pour les jeunes générations, que, jusque il n’y a pas si longtemps, le nom de Camille Claudel n’évoquait pas grand chose et que l’on serait bien en peine de trouver une référence sérieuse à l’artiste dans l’historiographie entre 1930 et les années 1980. Partie de « rien », le sculpteur, dont la notoriété de son vivant n’était guère plus étendue que celle d’artistes tout autant méritants (Jules Desbois par exemple ou Alexandre Charpentier), allait atteindre rapidement les sommets tant du point de vue de l’histoire de l’art que du marché. Les causes de cette ascension, hélas, sont connues, et relèvent plus de la sociologie et de l’histoire médiatique que du sujet artistique lui-même. Femme plutôt que sculpteur, héroïne de la romance avec Rodin, victime prétendue de l’acharnement psychiatrique, rôle à la mode pour Mademoiselle Adjani, et on en passe : autant de clichés qui ont certes eu le mérite de servir à la redécouverte de Camille Claudel. Son art seul ne suffisait pas, comme bien souvent, à sortir l’artiste de l’oubli, et, après la construction inespérée du mythe Claudel, l’intérêt (et les intérêts) du marché allaient mettre la touche finale à cette résurrection inhabituellement importante, avec tout ce que cela comporte de sympathique et de moins sympathique. Livres, catalogues, expositions, baptêmes d’innombrables collèges et maisons de la culture à son nom, enchères record, batailles d’experts rivaux, travaux précurseurs et ambitions opportunistes, procès et polémiques, découvertes d’œuvres nouvelles, désattributions hâtives d’œuvres anciennes : autant dire que l’histoire contemporaine de l’œuvre finit par égaler le mythe lui-même en rebondissements, succès et excès en tous genres. On ne peut donc que saluer l’exposition actuelle qui ambitionne de sortir l’artiste de la petite histoire et des histoires pour montrer tout simplement une œuvre. Au risque de décevoir un certain public, on ne trouvera donc pas dans la chapelle du Musée Rodin un plaidoyer pour le féminisme en art (stupidité majeure et hélas persistante de l’historiographie), pas plus qu’une illustration de la vie sentimentale de Camille (le prénom est devenu de mise, paraît-il), et non plus qu’un tribut larmoyant au destin tragique de l’artiste. Les voyeurs en seront pour leurs frais, au profit de ceux qui souhaitent voir des œuvres d’art : ces derniers seront comblés.


Initiée par la Fondation Mapfré Vida, à la suite de contacts pris dès 2000 avec plusieurs collectionneurs français, l’exposition ne pouvait toutefois…

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