A vendre : deux tableaux de la Watts Gallery, dont un Burne-Jones


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Edward Burne-Jones (1833-1898)
Le Triomphe de l’Amour, 1871
Aquarelle et gouache sur panneaux
Chaque panneau : 30,5 x 16,5 cm ou 30,5 x 14 cm
En vente par la Watts Gallery (musée anglais)
Photo : Christie’s

29/2/08 – Deaccessioning – Compton, Watts Gallery – Le danger vient à peine de s’éloigner en France qu’un nouveau front européen s’ouvre pour les défenseurs de l’inaliénabilité. La Watts Gallery à Campton, en Angleterre, a en effet confirmé qu’elle allait finalement vendre aux enchères (Londres, Christie’s, 5/6/08) deux peintures, Jasmine du peintre victorien Albert Moore et Le Triomphe de l’Amour d’Edward Burne-Jones1 (ill.). Cette décision a été prise par le musée non pour acheter d’autres œuvres (ce qui n’aurait d’ailleurs aucun sens, puisque celui-ci est consacré à l’art anglais du XIXe siècle, et quoi de plus anglais que ces deux peintres ?) mais bien pour mener des travaux sur le bâtiment.

L’annonce de la Watts Gallery survient alors que la Museums Association, dont le rôle est notamment de définir l’éthique des musées au Royaume-Uni, vient de décider d’une nouvelle politique autorisant dans certains cas les musées à se séparer d’œuvres de leur collection. A peine promulguées et publiées (le communiqué de presse date du 25 février) ces règles, censées encadrer sévèrement la vente d’œuvres des collections et qui préconisent surtout le dépôt ou la vente entre collections publiques, prouvent déjà leur inefficacité et les risques qu’elles font courir aux collections. Il est en effet précisé qu’il est inacceptable de « disposer » d’une œuvre lorsque la raison est financière ou lorsque la cession a lieu hors du domaine public. Ces deux critères peuvent être ignorés « dans des circonstances exceptionnelles » selon les termes même de la Museums Association. Quelles sont, dans ce cas, les circonstances exceptionnelles ? La cession doit par ailleurs être cohérente avec une politique à long-terme des collections, elle ne doit pas affecter la réputation de service public des musées et ne doit pas s’opposer à l’intérêt à long-terme du public. Aucune de ces conditions ne semble ici remplie. Il est significatif que le site Internet Artguide, qui répertorie les collections publiques anglaises, signale ces deux peintures comme faisant partie des chefs-d’ œuvre de la collection.

Il est donc très surprenant que la Museums Association ait approuvé cette opération. On constate ici une différence notable avec la France : on trouve au Royaume-Uni des conservateurs favorables à la vente des œuvres de leur musée. Ainsi, la directrice de la National Portrait Gallery, Sandy Nairne’s - qui est par ailleurs vice-présidente de la Museums Association - s’est déclarée favorable à ces nouvelles orientations dans The Guardian. Heureusement, certaines voix s’élèvent tout de même pour contester cette politique à courte vue, comme celle de Jonathan Jones, journaliste au Guardian, sur son blog, avançant des arguments très proches de ceux que nous avons développé ici-même ces derniers mois. Il y a peu, la Watts Gallery achetait encore des œuvres (voir brève du 1/9/04). On se demande vraiment pourquoi.


Didier Rykner, vendredi 29 février 2008


Notes

1Bien qu’il s’agisse d’une gouache et aquarelle, ce polyptique est davantage une peinture qu’un dessin.





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