Un Louvre à la dérive

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Laurence des Cars devant la Commission culturelle de l’Assemblée nationale
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Aujourd’hui, la présidente-directrice du Louvre est auditionnée devant la Commission culturelle de l’Assemblée nationale, après celle du Sénat, il y a presque un mois (voir notamment cet article).
Il est peu probable que celle-ci apporte des informations réellement nouvelles, Laurence des Cars affirmant depuis le début n’avoir rien à se reprocher, et avoir alerté sur les risques de sécurité dès son arrivée à la tête du musée. Un mensonge éhonté, facile à prouver comme nous l’avons déjà écrit ici et comme la Cour des comptes l’a également affirmé. Selon plusieurs sources concordantes, le rapport de l’Inspection générale du ministère de la Culture, déjà évoqué par Rachida Dati (voir l’article), est accablant, raison pour laquelle il ne devrait pas être diffusé.

Le seul soutien réel de la présidente du Louvre est Emmanuel Macron, arcbouté sur son projet « Grande Colonnade », ce projet à 666 millions d’euros non étudié et non financé (c’est la Cour des comptes - voir l’article - et nous qui le disons), et totalement inutile et mégalomaniaque, ce que la Cour des comptes ne dit pas (ce n’est pas son rôle), mais ce que nous n’hésitions pas à affirmer.
Même s’il utilisait les quelque 300 millions de trésorerie actuelle à ce projet - alors que cet argent devrait être affecté de toute urgence à l’autre partie du projet « Nouvelle Renaissance », la seule utile et nécessaire pour restaurer un palais en état précaire - il manquerait encore, au bas mot, plus de 350 millions que le Louvre espère faire financer par le mécénat. Or, à l’heure actuelle, aucun mécène ne s’est manifesté, même pas Bernard Arnault qui a sans doute d’autres chats à fouetter. Et, compte tenu de la réputation actuelle du Louvre et de ce projet, il est vraiment peu probable que cet argent puisse être trouvé.

C’est donc à une véritable fuite en avant que se livre le Louvre avec l’appui de l’Élysée, en avançant à marche forcée dans un projet annoncé en janvier et pour lequel un concours d’architecte a déjà été lancé. Rappelons que cinq agences ont été retenues pour y participer, et qu’elles planchent actuellement sur leurs esquisses. Rappelons surtout que ceci a un coût : alors que les travaux d’urgence ne sont pas menés, le Louvre paye des architectes internationaux pour participer à un concours d’un projet non financé. Que nous dira-t-on quand il faudra faire face à ce constat du manque d’argent ? Qu’on ne peut plus renoncer car on aura dépensé plusieurs millions dans l’affaire, voire, une fois qu’un lauréat aura été choisi, qu’il faudrait dédommager celui-ci de l’annulation du projet ?

Il est urgent, nous ne cessons de le dire, de revoir les priorités du Louvre et d’annuler la partie « Grande colonnade » du projet. Les grandes expositions qui nécessitent des salles plus grandes que celles sous la pyramide pourraient revenir au Grand Palais (restauré pour un coût élevé), comme c’était le cas avant ; des entrées nouvelles, plus petites et à moindre frais, pourraient être créées pour désengorger l’aile Denon ; enfin, la Joconde pourrait, par exemple (la question doit évidemment être étudiée), prendre place dans le Pavillon des Sessions, désormais transformé en « Galerie des Cinq Continents ». Ce dernier projet, absurdement mené par Laurence des Cars, consiste à ajouter aux chefs-d’œuvre de l’art africain, qui auraient vocation à être exposés au Musée du Quai Branly, des objets venant du Musée Guimet, qui n’ont pas davantage leur place au Louvre, car ils sortent de son champ.

La fermeture soudaine de la galerie Campana (en réalité d’ailleurs déjà souvent fermée faute de gardiens - voir l’article) est venu démontrer hier que le Louvre est décidément un musée à la dérive. Il est encore temps de le sauver, et ça ne se fera pas avec la direction actuelle.

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