7/7/25 - Patrimoine - Paris, Place Vendôme - La place Vendôme, malgré un aménagement discutable existant depuis plusieurs années (pavage médiocre, plots en acier, sorties de parking peu élégantes…), était néanmoins jusqu’à aujourd’hui quelque peu préservée de la dégradation volontaire qui frappe notamment toutes les grandes places parisiennes, menée par la mairie de Paris sous les yeux complices du ministère de la Culture.
Cette ère est désormais révolue, et c’est une société privée, celle qui gère l’hôtel Ritz, qui est en cause, avec évidemment, la mairie de Paris dans le rôle du complice et le ministère de la Culture dans celui de Ponce Pilate.
-
- 1. La terrasse d’été du Ritz qui « met en valeur » la place Vendôme
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
C’est en effet avec étonnement que certains ont vu apparaître sur la place Vendôme une installation bistrotière - autrement dit une terrasse - d’une taille respectable puisqu’elle mesure pas moins de 200 m2. Son installation est prévue du 1er juillet au 10 août 2025, afin que chacun puisse y déguster un cocktail ou une glace de son choix.
Enfin, « chacun », ce n’est pas tout à fait vrai. Car on est au Ritz tout de même, et le Ritz, ça se mérite, même lorsqu’il investit l’espace public. Les sandwichs briochés (4 pièces) sont vendus au prix modeste de 48 €. Une coupe de champagne Louis Roederer Rosée, 48 € également. Un cocktail sans alcool est proposé à 35 €, un cocktail alcoolisé à 38 €. Les tapas sont disponibles à partir de 36 € et les coupes de fruit à partir de 25 €. Et un simple Coca-Cola coûte la modique somme de 16 €... Inutile de dire que les gueux n’ont qu’à passer leur chemin.
-
- 2. La carte de la terrasse d’été du Ritz
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
Que le Ritz, ou n’importe quel autre hôtel luxueux, propose des boissons et des aliments à ce prix n’est évidemment pas un problème. Le luxe est nécessaire et légitime. Ce qui est choquant, c’est qu’une place classée monument historique, l’une des plus importantes de Paris, soit ainsi confisquée pour le confort privé de quelques-uns, et ceci d’autant que le Ritz bénéficie déjà d’un jardin intérieur.
-
- 3. La terrasse d’été du Ritz qui
« met en valeur » la place Vendôme
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
-
- 4. La terrasse d’été du Ritz qui
« met en valeur » la place Vendôme
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
Interrogé par nos soins, le Ritz a répondu qu’il avait obtenu toutes les autorisations et, sans rire, a ajouté que « cette action s’inscrit dans [sa] volonté de mettre en valeur Paris et la place Vendôme ». D’après la réponse que nous a faite la municipalité, la mairie de Paris [1] s’est « concerté » avec la mairie de Paris Centre, qui a « exprimé le souhait de valoriser et d’animer la place pendant la période estivale ». Jules Hardouin-Mansart était décidément un fieffé benêt de ne pas avoir pensé à cela avant : installer un bistrot sur sa place la met en valeur.
Heureusement, la mairie de Paris et Ariel Weil, le maire de Paris Centre, l’ont bien compris.
La mairie de Paris, qui doit donc donner les autorisations pour les terrasses éphémères - et on sait qu’elle ne se fait pas prier -, a donc accepté sans sourciller cette occupation de l’espace public.
Quant au ministère de la Culture, il nous a répondu que les ABF n’avaient pas été consultés car, même s’agissant d’une installation aux abords d’un monument historique, une autorisation ne serait nécessaire que s’il y a des travaux, c’est-à-dire a minima des percements dans le sol pour fixer les constructions.
Pourtant, un Architecte des bâtiments de France que nous avons consulté, nous a confirmé le contraire, en nous renvoyant au Code de l’Urbanisme : il s’agit des articles R421-1, R421-5 et R421-7.
Le premier explique que « les terrasses de plain-pied [ce qui est le cas ici] sont dispensées de toute formalité au titre du présent code [...] sauf lorsqu’elles sont implantées [...] dans les abords des monuments historiques ».
Si le deuxième article précise que « les constructions implantées pour une durée n’excédant pas trois mois » sont également « dispensées de toute formalité au titre du présent code », cela, une fois de plus, ne s’applique pas aux installations temporaires installées dans les abords d’un monument historique, pour lesquels la durée est limitée à 15 jours, comme le dit le troisième article.
Cette terrasse, qui est bien, comme nous l’a confirmé cet ABF, une construction temporaire, même si elle n’est pas fixée au sol, aurait donc dû être soumise à l’avis de son confrère territorialement compétent.
Chaque acteur de cette triste comédie est donc dans son rôle : le Ritz décide de s’installer sur la place Vendôme où il se sent un peu chez lui ; la mairie de Paris, qui ne rate pas une occasion de saccager Paris ni de favoriser l’industrie bistrotière et les très riches qui aiment privatiser la capitale, donne son autorisation à l’installation de cette grande terrasse, et le ministère de la Culture regarde ailleurs... Il est probable, d’ailleurs, que même si celui-ci avait été saisi, il aurait donné son autorisation tant les ABF parisiens semblent habitués à dire oui à tout, encadrés de près, il est vrai, par le préfet d’Île-de-France.
En enquêtant sur cette édifiante affaire, nous avons par ailleurs appris que la place Vendôme n’était pas classée intégralement comme peut l’être, par exemple, celle de la Concorde. Seules la colonne Vendôme et les façades de quatre bâtiments : les n° 3, 5, 19 et 21 le sont, et le sol ne l’est pas davantage. Nouvelle preuve de la sous-protection des monuments parisiens, à laquelle il faut espérer que la création d’un grand site patrimonial remarquable incluant les bords de Seine et les sept premiers arrondissements - et donc la place Vendôme - viendra en partie remédier.