Tapisserie de Bayeux : l’Élysée écrit à La Tribune de l’Art

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1. Palais de l’Élysée
Photo : Wikipedia (domaine public)

C’est une lettre très aimable que l’Élysée nous a adressée, en date du 24 septembre 2025. Nous avions en effet saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA), afin d’obtenir le document intitulé : « Étude de faisabilité pour le transport de la Tapisserie de Bayeux » daté de mars 2022. Nous l’avions évidemment auparavant demandé au ministère de la Culture et à la DRAC, mais ceux-ci nous avaient indiqué qu’il fallait nous adresser directement à l’Élysée, en nous donnant l’adresse mail « secretariat.presse@elysee.fr », qui était d’ailleurs celle dont nous disposions par ailleurs. Ce que nous avons fait, bien entendu. Il s’avère néanmoins que cette adresse n’était plus valable et avait été changée en « organisation.presse@elysee.fr ». Nous n’avions, néanmoins, pas reçu de message d’erreur, ce qui laissait penser qu’elle fonctionnait et que les quatre courriels envoyés avaient été transmis.

La lettre, signée du directeur de cabinet du président de la République, commence ainsi :
« Par lettre du 8 septembre 2025, la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) m’a transmis une demande d’observations afin d’éclairer ses travaux à la suite de votre saisine faisant état d’un refus opposé par la présidence de la République à votre demande de consultation des études attestant que la tapisserie de Bayeux peut être transportée sans risque à Londres. »
Et, surtout, elle se poursuit comme cela :
« Je vous informe tout d’abord qu’il n’y a pas eu refus de communication de la part de la présidence. En effet, l’adresse électronique qui vous a été communiquée était erronée et nous n’avons donc pas été destinataire de votre demande. »

Nous avions donc rêvé. La transparence était totale, et l’Élysée n’imposait aucune confidentialité sur cette étude. D’ailleurs, le courrier se terminait sur le constat que : « les documents que vous sollicitez ont fait l’objet d’une publication sur le site Internet de la direction régionale des affaires culturelles de Normandie. Dès lors, rendus publics et en accès libre, vous pouvez les consulter directement ».

L’Élysée suit ainsi le conseil de Jean Cocteau : ces événements le dépassent, et il feint d’en être l’organisateur, en réécrivant l’histoire avec une mauvaise foi sans égale. Une nouvelle fois, 1984 n’est pas loin.
Car nous pouvons confirmer, sans l’ombre d’un doute, que ce document était bien gardé secret par l’Élysée, le ministère de la Culture et la DRAC.
Même si les quatre mails envoyés à l’Élysée, avec une adresse qui n’était plus valable mais qui nous avait été fournie par la DRAC Normandie, n’étaient pas parvenus à leur destinataire [1], nous avions eu confirmation de Philippe Bélaval, le chargé de mission du président de la République lui-même, que ce document ne pouvait nous être communiqué. Nous avions également parlé avec le ministère de la Culture qui nous avait dit ne pas être opposé à sa communication, mais que le blocage venait de plus haut.

Ajoutons que l’étude était marquée strictement confidentielle dans l’appel d’offres récent, seuls les participants à celui-ci pouvant le demander spécifiquement ; que nous avons essayé d’obtenir celle-ci des restauratrices que nous avions déjà interrogées et qu’elles ont refusé de nous l’envoyer en raison de sa confidentialité ; que de nombreux journaux ont confirmé cela, par exemple dans cette dépêche AFP ; et que dans cet article publié le 27 août dernier, nous écrivions : « la seule étude récente consacrée à la faisabilité d’un transport sur une longue distance date de mars 2022. Or cette étude qu’il serait simple de diffuser pour prouver, une fois pour toutes, l’absence de risques graves, est cachée par le ministère de la Culture et l’Élysée » : il était simple, alors, de nous démentir en la diffusant.
Enfin, et cela seul suffirait à démontrer que l’Élysée, une fois de plus, raconte n’importe quoi : l’association Sites & Monuments ayant déposé un « référé mesures utiles » pour demander la communication de ce document, le préfet de la région Normandie a répondu par un mémoire en défense pour la refuser, affirmant clairement que cette étude n’était pas communicable.


2. Étude de faisabilité, finalement téléchargeable ici.

Si celle-ci a finalement été publiée et mise en accès libre, c’est évidemment en raison de ces actions (saisie de la CADA, référé mesures utiles) et des innombrables articles sur ce sujet parus dans la presse.
Que la présidence de la République, qui considère d’habitude avec une parfaite indifférence nos combats contre les mauvaises décisions qu’elle prend, se croit obligée de nous répondre ici avec une totale hypocrisie, démontre une certaine fébrilité sur ce sujet. On peut la comprendre : certains Britanniques commencent à réaliser les risques réels que court la Tapisserie de Bayeux, comme le montre - ce n’est qu’un exemple - l’article du Telegraph qui vient de paraître, titré : « Macron ordonne de transporter la tapisserie "quel qu’en soit le risque" ».

Didier Rykner

Notes

[1Nous avons fait un test avec une adresse inventée, qui n’existe pas du tout : « service.de.presse@elysee.fr », et celui-ci n’a pas eu non plus de message d’erreur.

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