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Rosa Bonheur
Paris, Musée d’Orsay, du 18 octobre 2022 au 15 janvier 2023
A-t-on réellement envie de contempler des peintures de bovins ? « Tous ces biftecks vivants n’ont rien de bien savoureux pour l’imagination du commun des hommes », maugréait le critique Louis Desnoyers [1]. Et pourtant, Rosa Bonheur peignit des chefs-d’œuvre. Elle fut célébrée de son vivant, en France comme à l’étranger, au point de voir reproduites certaines de ses compositions sur des boîtes d’allumettes, des papiers peints et autres objets du quotidien ; la gloire a parfois des conséquences inattendues. Reconnue pour son talent et connue pour sa personnalité, elle affichait une relative indépendance, refusa de se marier, vécut avec une femme, et porta des pantalons dans l’espace public, tout simplement parce qu’ils étaient plus pratiques pour exercer son métier de peintre ; elle n’hésita pas pour ce faire à demander une autorisation spéciale, plus précisément une « permission de travestissement », qu’elle devait renouveler régulièrement.
Vaches et bœufs traversant un lac à Ballachulish, 1867-1873
Fusain, pastel, encre et craie sur vélin coloré - 124 x 223 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : RMN-GP / Orsay
Puis elle sombra dans l’oubli, reléguée dans les réserves des musées aux côtés des artistes académiques parmi lesquels elle n’était pas la moins ringarde, elle qui peignait des vaches (ill. 1). Mais la voilà qui ressurgit et passe du statut d’artiste démodée à celui de figure d’avant-garde, lesbienne, féministe, mais aussi révoltée par le sort des Indiens d’Amérique, écologiste avant l’heure, défenseur des animaux et membre de la SPA dès sa fondation en 1845... Elle a donc tout pour plaire aujourd’hui, et plus spécialement en cette année 2022, qui marque le 200e anniversaire de sa naissance. Sa ville natale, Bordeaux, avait accueilli la première étape [2] de la rétrospective qui se tient désormais au Musée d’Orsay. L’exposition développe les différents aspects de sa vie, elle…