Réponse au droit de réponse de la Mairie de Poitiers

Didier Rykner
Grilles d’Edouard André du square de la République à Poitiers
déposées « avec toute l’attention nécessaire
et sans détérioration
 » selon la Mairie de Poitiers
Photo : B. D.
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Nous acceptons toujours les droits de réponse qui nous sont demandés, non seulement parce que c’est la loi, mais parce que cela nous paraît conforme à la déontologie du journalisme.
Il est en revanche bien rare que ces « droits de réponse » soient convaincants, et celui de la Mairie de Poitiers ne l’est pas.

La photo que nous avons publiée (ill.) suffit à montrer que les grilles n’ont pas été démontées proprement, contrairement à ce que l’on nous affirme. Certes, sous la pression de défenseurs locaux du patrimoine, et après que les grilles au nord du square ont été arrachées, ce qui restait a été déposé et stocké avec plus ou moins de soin. Mais une grande partie de ces grilles a été soit détruite, soit au mieux récupérée par les habitants du quartier, plusieurs personnes peuvent en témoigner. Un article le signalait d’ailleurs dans Centre-Presse le 2 février 2012. Par ailleurs, le mur en pierre de taille qui soutenait ces grilles, également dessiné par le paysagiste Edouard André, a été détruit à la pelle mécanique.
Quant à entamer une « réflexion » sur la réutilisation des grilles, envisager de le faire après qu’elles ont été enlevées témoigne pour le moins d’un sens étrange de la planification.

Mais même si celles ci avaient été intégralement récupérées, ce qui, répétons le, n’est pas le cas, le simple fait de les supprimer suffirait à être condamnable. L’ensemble du square, c’est-à-dire le tracé du jardin et de la clôture, ainsi que la grille, avait été dessiné par Edouard André et exécuté sous sa direction en 1893 et 1894. Le monument aux morts – dont seule la sculpture du soldat est due à Coutan, le reste de la conception étant dû à Camille Formigé, l’architecte des Serres d’Auteuil [1] - y fut installé en 1895 [2]. Cet ensemble constituait dans son intégrité, et évidemment in situ, une œuvre d’art, aujourd’hui définitivement disparue. Belle manière de célébrer le centenaire du paysagiste, pourtant renommé largement hors de nos frontières [3].

Si la Mairie de Poitiers souhaite répondre à notre réponse à son droit de réponse, elle le peut, bien entendu.

Didier Rykner

Notes

[1Nous avions omis de préciser cela dans notre premier article.

[2Ces éléments sont précisés dans un article paru en janvier : Grégory Vouhé, « Le square de la République », L’Actualité Poitou-Charentes, n° 95, p. 45. L’auteur signale la « belle patine verte » de la figure de Coutan, aujourd’hui disparue.

[3Outre la française, pas moins de dix pages Wikipedia dans différentes langues lui sont consacrées, dont un article fort long en japonais...

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