Primitifs flamands. Trésors de Marguerite d’Autriche de Jan van Eyck à Jérôme Bosch

Bourg-en-Bresse, Monastère royal de Brou, du 8 mai au 26 août 2018.

1. Maître de la légende de sainte Ursule
(actif de 1436 à 1505)
Vierge à l’enfant couronnée par deux anges, vers 1470-1475
Aix-la-Chapelle, Suermondt-Ludwig-Museum
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

L’exposition de Bourg-en-Bresse a une double ambition : être une rétrospective de la peinture flamande du XVe siècle jusqu’au début du XVIe siècle, et présenter la collection et le mécénat de Marguerite d’Autriche, fondatrice de l’abbaye de Brou. La première est en partie réussie, la seconde en partie ratée. Mais cela ne veut pas dire que l’exposition n’est qu’en partie intéressante, simplement qu’elle réclamait davantage de moyens que le musée pouvait réunir. Il reste que l’on y voit de beaux tableaux qui permettent d’appréhender correctement l’art flamand de cette époque, et que son catalogue réussit ce que l’exposition échoue à montrer de manière satisfaisante : la politique artistique de la régente des Pays-Bas.


2. Heinrick Creeft (actif de 1539 à 1549)
Couronnement de la Vierge, avec sainte Catherine et sainte Barbe, vers 1540
Huile sur bois (volets), transposée sur toile (partie centrale) - 110 x 130 cm
Nîmes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

Expliquons-nous. À l’exception d’un tableau (et encore tout cela reste hypothétique) aucune des œuvres exposées ici n’a fait partie de la collection de Marguerite de Bourgogne. Celle-ci, bien étudiée dans les essais du catalogue (qui forment plus de la moitié de celui-ci) était constituée d’œuvres flamandes des XVe et XVIe siècles, pour une grande part des tableaux, sculptures et objets religieux, ainsi que de nombreux portraits peints. Parmi ces derniers, on comptait les Époux Arnolfini de Van Eyck - dont on comprend qu’il n’ait pu être obtenu en prêt.
À défaut de pouvoir montrer ces œuvres, l’exposition s’attache à trouver des équivalents à celles dont on sait qu’elles se trouvaient dans la collection de la régente. Une Vierge à la fontaine d’après van Eyck reproduit un tableau qui appartenaient à Marguerite mais qui n’est désormais plus localisé. Deux Couronnement de la Vierge représentent un thème qui apparaissait souvent dans les inventaires : on voit ainsi une Vierge à l’Enfant couronnée par deux anges (ill. 1) du Maître de la Légende de sainte Ursul dont on ne sait, bien sûr, si des œuvres de lui étaient dans la collection, puisqu’il s’agit d’un nom de convention, et un triptyque fort intéressant par Heinrick Creeft (ill. 2), conservé au Musée des Beaux-Art de Nîmes, dont le panneau central représente ce sujet. Les inventaires et les œuvres dont on sait qu’elles appartenaient à la collection permettent ce travail d’équivalence qui n’est néanmoins qu’un pis-aller.


3. Bernard van Orley (1488-1541)
Portrait de Charles-Quint, vers 1516
Huile sur panneau - 37 x 26,6 cm
Bourg-en-Bresse, Musée du Monastère royal de Brou
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

On voit dans l’exposition plusieurs portraits de Marguerite, d’autres de Philippe Le Bon (probable copie ancienne du tableau de van der Weyden qui appartenait à la collection de la régente) ou encore de Maximilien Ier.
L’un des artistes favoris de Marguerite fut Bernard van Orley à qui est dédié un essai entier du catalogue. Le monastère royale de Brou conserve un Portrait de Charles Quint (neveu de la régente) autographe (ill. 3), qui constitue un des clous de l’exposition même si là encore il est certain qu’il ne provient pas de la collection. Un portrait de Charles le Téméraire, de l’atelier de van der Weyden et conservé à Berlin qui, lui, avait probablement appartenu à Marguerite, n’a pas pu venir et est remplacé par une copie tardive de Dole, ce qui témoigne de la difficulté à faire venir des œuvres majeures.


4. Petrus Christus (vers 1410/1420-1472/1473) ou atelier
Isabelle de Portugal présentée par sainte Élisabeth de Hongrie
Huile sur panneau - 58,7 x 32,9 cm
Bruges, Groeningemuseum
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page
5. Pieter Coecke van Aelst (1502-1550)
Saint Luc peignant la Vierge, vers 1537-40
Huile sur panneau - 168 x 126 cm
Nîmes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

Un tableau seulement donc a peut-être appartenu à la régente des Pays-Bas. Il est de Petrus Christus ou de son atelier (ill. 4). Conservé au Groeningemuseum de Bruges, il formait le panneau gauche d’un triptyque cité dans l’inventaire de la collection daté de 1516.
Cela ne signifie pas, comme nous le disions plus haut, que l’exposition soit dépourvue d’intérêt ou de beaux tableaux provenant soit de musées étrangers prestigieux, soit de musées de province français. À côté du tableau de Brou (ill. 3) et de celui de Nîmes (ill. 2) déjà cités, on peut voir en effet dans l’exposition un triptyque attribué au Maître de la Rédemption du Prado, un suiveur de Hans Memling, dépôt du Louvre à Bourges, une Madone sur un trône entouré d’anges du Maître de la Légende de sainte Ursule du Musée Thomas-Henry de Cherbourg, un autre tableau nîmois, un grand Pieter Coecke van Aelst représentant Saint Luc peignant la Vierge (ill. 5), qui vient de bénéficier d’une restauration fondamentale ou encore un Christ couronné d’épines presque expressionniste de l’atelier d’Albrecht Bouts (ill. 6), conservé au Musée des Beaux-Arts de Lyon.


6. Atelier d’Albrechts Bouts (1451/1455-1549)
Buste du Christ couronné d’épines
Huile sur panneau - 35,5 x 23,5 cm
Lyon, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page
7. Joos van Cleve (vers 1485-1540)
Portrait d’un jeune prince, vers 1532
Huile sur panneau - 55,8 x 38,2 cm
Anvers, The Phoebus Foundation
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

On remarquera aussi, comme dans beaucoup d’expositions récentes, de nombreux prêts de la Phoebus Foundation, une fondation flamande créée en 2011 à laquelle nous espérons pouvoir consacrer prochainement un article. Lui appartiennent ainsi un Portrait d’un jeune prince par Joos van Cleve (ill. 7), acquis chez Christie’s Londres en décembre 2014, un remarquable Christ portant sa croix (ill. 8) par Bernard van Orley (ou son atelier) acheté en avril de la même année cette fois chez Christie’s New York, et une Vierge à l’enfant attribuée à Adriaen Isenbrandt. Notons encore une Crucifixion par le maniériste anversois Jan de Beer (ill. 9) : l’œuvre, encore moins que d’autres, ne semble avoir aucun rapport avec Marguerite d’Autriche (sa collection comprenait une Crucifixion... par Jacopo da Barbari) mais ce tableau est vraiment très beau.


8. Bernard van Orley (1488-1541) ou atelier
Le Portement de croix, vers 1520
Huile sur panneau transposé sur toile - 67,5 x 58 cm
Anvers, The Phoebus Foundation
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page
9. Jan de Beer (vers 1475-1528)
Crucifixion, vers 1510-15
Huile sur panneau - 90 x 62,6 cm
Collection privée
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

10. Jérôme Bosch (vers 1450-1516) ou atelier
La Tentation de saint Antoine
Huile sur panneau - 40 x 26,5 cm
Berlin, Gemäldegalerie
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

Même si l’ambition d’origine n’est certainement pas atteinte, la présence de nombreux tableaux importants, parfois peu connus, qui décrivent une histoire de la peinture flamande sur environ un siècle entre 1430 et 1530, combinée avec un excellent catalogue (nombreux essais, vrais notices…) font de cette exposition un événement recommandable. On y verra même un assez joli panneau de l’atelier de Jérôme Bosch (ill. 10) prêté par Berlin. Si l’on ajoute que cette exposition a été organisée en seulement neuf mois (même si ses commissaires, comme ils le disent dans un essai introductif, y réfléchissaient depuis beaucoup plus longtemps), elle mérite nos éloges.

Commissaires : Pierre-Gilles Girault et Magali Briat-Philippe.


Sous la direction de Pierre-Gilles Girault et Magali Briat-Philippe, Primitifs flamands. Trésors de Marguerite d’Autriche de Jan van Eyck à Jérôme Bosch, Presses Universitaires de Rennes, 2018, 224 p., 24,90 €. ISBN : 9782753574410.


Monastère de Brou, 63 boulevard de Brou, 01000 Bourg-en-Bresse
Tél. : +33 (0)4 74 22 83 83. Ouvert tous les jours de 9 h à 18 h. Tarif : 9 € (réduit : 7 €).
Site internet.

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.