Pourquoi ce secret autour du Désespéré de Gustave Courbet ?

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Gustave Courbet (1819-1877)
Le Désespéré, 1843-1845
Huile sur toile - 45 x 54 cm
France, propriété de Qatar Museums Authority
Photo : Wikipedia (domaine public)

Le 15 octobre 2025, il y a donc plus de sept mois, nous avons demandé au Musée d’Orsay de nous communiquer ou de nous laisser consulter l’accord qu’il avait passé avec les musées du Qatar (Qatar Museums), à propos du prêt de ces derniers au premier du Désespéré de Gustave Courbet, acquis sans obtention de certificat d’exportation. Nous avons décrit ce véritable scandale patrimonial dans deux articles, ici et .

Orsay nous ayant répondu qu’il ne pouvait communiquer ce document car « la convention de prêt est couverte par une clause de confidentialité », nous avons saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) le 29 décembre 2025. Cinq mois plus tard, celle-ci ne nous a toujours pas répondu, ce qui est anormal [1]. Comme nous en parlions à Julien Lacaze, le président de l’association Sites & Monuments, celui-ci nous indiquait qu’il avait fait une demande équivalente au ministère de la Culture, puis à la CADA, le 27 novembre 2025 après le même refus du ministère.
Plus chanceuse que nous, l’association a reçu une réponse le 5 mars 2026, et celle-ci était négative. Si nous attendons toujours la réponse à notre demande, il est certain qu’elle ne sera pas différente. Plutôt que de l’attendre, nous en parlerons dès maintenant ici.

Quelle est l’explication de ce refus par la commission ? Elle est, pour dire le moins, très étonnante. On apprend qu’une décision du Conseil d’État [2] juge « qu’il appartient à l’administration d’apprécier de façon objective et quels que soient les motifs pour lesquels le demandeur sollicite la communication d’un document administratif, si, eu égard au contenu de celui-ci et aux utilisations que pourrait en faire toute personne susceptible de le demander, cette communication porterait atteinte à la conduite de la politique extérieure ». On appréciera la précision « de façon objective », comme si le ministère de la Culture, qui n’hésite pas à mentir pour défendre ses positions [3], était « objectif ». Ceci d’autant que le Conseil d’État complète sa décision par : « la circonstance qu’un document ne contient pas d’informations traitant de la conduite de la politique extérieure de la France ne permet pas, à elle seule, d’écarter le risque d’atteinte à cet intérêt ». On comprend que cela donne le champ libre au ministère pour refuser toute communication sur les circonstances d’un prêt à l’étranger…

On ne voit pas bien en quoi la communication de la convention de prêt pourrait « porter atteinte à la conduite de la politique extérieure » de la France, si ce qu’en a dit le ministère est vrai. On peut donc se demander ce qu’elle prévoit, qui la rendrait incommunicable. Le ministère a justifié ce risque en précisant que « cette convention comporte une clause par laquelle les deux États contractants se sont engagés à maintenir la confidentialité sur les informations relatives à ce prêt ». Or ce constat est simplement faux : le Musée d’Orsay est un établissement public, ce n’est pas l’État français. Quant aux Qatar Museums, c’est encore mieux : il s’agit, depuis 2013, d’une « structure privée d’intérêt public [4] », pas d’une propriété de l’État.
Le ministère de la Culture n’a donc aucune raison logique de refuser la publication des dispositions de ce prêt, à moins qu’il ne contienne des clauses illégales selon le code du patrimoine, ou scandaleuses dans l’interprétation de celui-ci, ce qui pourrait forcer à en demander l’annulation, et sans doute la demande d’un certificat d’exportation.

Il est vrai qu’il est mal vu de fâcher une « cheikha » (la sœur de l’Émir), « éminence artistique du Qatar », si l’on en croit un article du Monde, qui explique tranquillement, avec une morgue parfaitement assumée : « je vous offre un tableau resté en réserve pendant plus de dix ans, pour que le public français puisse en profiter jusqu’à l’ouverture de notre musée ». Sa seigneurie est trop bonne, nous sommes vraiment ingrats. Une fois de plus, la politique du gouvernement d’Emmanuel Macron dans le domaine des musées et des monuments historiques s’oppose à l’intérêt public. On ne compte plus les coups qu’il aura portés au patrimoine français, au cours de ses deux mandats.

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