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- The nave of Notre-Dame restored
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
C’est peu dire qu’ils n’ont aucune honte. Alors qu’ils s’apprêtent à dépenser plus de quatre millions d’euros pour vandaliser l’œuvre de Viollet-le-Duc, en supprimant des vitraux classés monument historique qui n’ont pas été touchés par le feu - un projet contre lequel l’association Sites & Monuments et nous-mêmes continuerons à nous battre, avec de vraies chances de succès - l’établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris ose désormais appeler à lui verser encore 140 millions d’euros (voir cette interview de son président dans Le Figaro).
Le maintien de cet établissement public est déjà, en soi, problématique. Maintenant que les traces de l’incendie ont disparu, rien ne justifie que cette structure, qui n’a été créée que pour cette remise en état, perdure. Notre-Dame, désormais, a besoin de restaurations, mais celles-ci devraient se poursuivre, comme c’est la règle, sous la maîtrise d’ouvrage de la DRAC Île-de-France, c’est-à-dire du ministère de la Culture, sans qu’il y ait besoin d’un établissement public. Celui-ci, dont les coûts de fonctionnement ne sont pas négligeables, n’a plus aucune justification, à moins que l’on ne décide désormais de créer des établissements publics pour les restaurations de tous les grands monuments de l’État…
La souscription nationale a permis de rapporter 840 millions, dont seulement - si l’on ose dire - 700 ont déjà été dépensés. Il en reste donc 140, qui vont permettre la restauration du chevet et des arcs-boutants qui le supportent. Philippe Jost parle maintenant de la restauration de la sacristie, des trois grandes roses et des façades nord et sud du transept, et voudrait encore que ce soit la charité publique qui vienne pourvoir à ces travaux nécessaires. Mais quel est le rôle de l’État dans cette affaire ? Rappelons que celui-ci est propriétaire de la cathédrale, et qu’il est tout de même incroyable qu’il faille une nouvelle fois venir à sa rescousse pour qu’il joue simplement son rôle. Rappelons aussi que l’État est son propre assureur, que celui-ci aurait dû payer pour la restauration après l’incendie (un incendie pour lequel il porte par ailleurs de lourdes responsabilités) et qu’il a pourtant gagné de l’argent, comme la Cour des comptes l’a confirmé, puisque les défiscalisations ont été bien inférieures au montant de la TVA récoltée.
Il y a donc une indécence assez incroyable à venir encore faire la quête, privant ainsi les autres monuments, notamment privés, d’un mécénat qui n’est pas extensible indéfiniment.
Il ne faut plus donner un sou à Notre-Dame pour remplacer un État défaillant et qui refuse de remplir ses obligations. Les cathédrales, comme Notre-Dame, doivent être restaurées et entretenues par leur propriétaire, l’État. Et l’établissement public, qui a joué son rôle et veut désormais dénaturer la cathédrale en enlevant les vitraux de Viollet-le-Duc, n’a plus aucune raison d’être. Il doit être supprimé.