Peintures récemment acquises par Versailles

Julie Demarle

9/11/18 - Acquisitions - Versailles, Musée national du château - Après le mobilier et les objets d’art récemment acquis par le musée national du château de Versailles, nous nous intéressons aux peintures entrées dans ses collections en 2018.


1. Marie Leszczynska (1703-1768) avec la collaboration de
Henry-Philippe-Bon Coqueret (actif à Versailles entre 1761 et 1776)
Jean-Martial Frédou (1710-1795)
Jean-Philippe de La Roche (actif à Versailles dans les années 1750)
Prévost (actif à Versailles entre les années 1740 et 1760)
sous la direction d’Etienne Jeaurat (1699-1789)
Le cabinet des Chinois, 1761
La foire de la ville de Nankin
Huile sur toile - 70,2 × 92,2 cm
Versailles, Château de Versailles
Photo : Château de Versailles-RMN/Christophe Fouin
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En début d’année, Versailles a acheté de gré à gré en collection privée huit toiles d’un cycle réalisé pour le Cabinet des Chinois de Marie Leszczynska à Versailles, qui vint remplacer, quatorze ans après, son premier Cabinet Chinois installé en 1747. Cinq peintres du Cabinet du roi, Henri-Philippe-Bon Coqueret, Jean-Martial Frédou, Jean-Philippe de La Roche, Prévost et Etienne Jeaurat, s’attelèrent, avec la collaboration de la reine elle-même, aux toiles qui furent encastrées dans des lambris. A la mort de Marie Leszczynska en 1768, elles furent léguées par testament à sa dame d’honneur, Anne Claude Louise d’Arpajon, comtesse de Noailles. Elle remonta l’ensemble du Cabinet des Chinois - peintures, boiseries et glaces - dans un pavillon qu’elle fit spécialement construire dans le jardin de son hôtel de Noailles-Mouchy, rue Saint-Dominique à Paris. Au milieu du XIXe siècle, le cycle fut de nouveau déposé et transféré au château de Mouchy dans l’Oise. En réalité, seulement cinq des toiles initiales furent remontées (ill. 1 à 5), dont quatre très certainement mises au rectangle à cette occasion [1], les trois autres étant probablement déjà trop endommagées pour être de nouveau manipulées. Elles furent remplacées par trois nouveaux tableaux intitulés Le passage de la rivière, La pêche et La marchande de fruits (ill. 6-7-8) . C’est ce dernier ensemble recomposé que le château de Versailles vient d’acquérir. Il était resté par descendance en mains privées depuis sa dépose avant la destruction du château de Mouchy en 1961. Il fut, avant son acquisition, déjà présenté à Versailles, lors de l’exposition La Chine à Versailles. Art et diplomatie au XVIIIe siècle en 2014. Le catalogue détaille les différentes sources qui inspirèrent la reine et ses peintres, les recueils contemporains de voyageurs et les recueils chinois d’aquarelles sur la culture du thé au XVIIIe siècle [2] qui, tous, offraient une multitude de motifs pittoresques. Ce cycle est l’un des rares ensembles peints du XVIIIe siècle encore préservé, à l’instar des décors exotiques attribués à Christophe Huet, les Singeries du Château Chantilly, de l’hôtel parisien de Rohan-Soubise et du château de Champs-sur-Marne.


2. Le cabinet des Chinois, 1761
Des Chinois préparant le thé
Huile sur toile - 279 × 97,7 cm
Versailles, Château de Versailles
Photo : Château de Versailles-RMN/Christophe Fouin
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3. Le cabinet des Chinois, 1761
Un Chinois s’inclinant devant un grand seigneur
Huile sur toile - 279 × 97,8 cm
Versailles, Château de Versailles
Photo : Château de Versailles-RMN/Christophe Fouin
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4. Le cabinet des Chinois, 1761
Des esclaves descendant une barque de marchandises
et plusieurs Chinois fumant et prenant le thé

Huile sur toile - 279 × 168 cm
Versailles, Château de Versailles
Photo : Château de Versailles-RMN/Christophe Fouin
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5. Le cabinet des Chinois, 1761
Des marchands faisant des ballots, un jésuite et un mandarin conversant ensemble
Huile sur toile - 280 × 167 cm
Versailles, Château de Versailles
Photo : Château de Versailles-RMN/Christophe Fouin
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6. Le cabinet des Chinois, 1761
Le passage de la rivière
Huile sur toile - 70,5 x 91 cm
Versailles, Château de Versailles
Photo : Château de Versailles-RMN/Christophe Fouin
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7. Le cabinet des Chinois, 1761
La pêche
Huile sur toile - 70 × 91 cm
Versailles, Château de Versailles
Photo : Château de Versailles-RMN/Christophe Fouin
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8. Le cabinet des Chinois, 1761
La marchande de fruits
Huile sur toile - 70 × 92,5 cm
Versailles, Château de Versailles
Photo : Château de Versailles-RMN/Christophe Fouin
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Le 16 mars 2018 lors de la vente Marie-Saint-Germain à Drouot, Versailles s’est porté acquéreur d’un portrait d’écuyer attribué à Marianne Loir (ill. 9) longtemps donné à Antoine Pesne. L’homme en buste présenté de trois quart porte la livrée de la maison de la reine, à savoir un manteau de drap rouge à galons bleus et blancs. L’œuvre de Marianne Loir demeure à ce jour mal connu. Les dates de sa naissance et de sa mort sont inconnues, sa carrière se confond souvent avec celle de son frère Alexis III Loir (1712-1785) avec qui elle travaillait conjointement pour les mêmes commanditaires et son style, parfois si proche de celui de son maître Hubert Drouais, complique les attributions qui ne peuvent être avancées avec certitude. Elle semble s’être exclusivement consacrée aux portraits de la noblesse de province, postures rigides et visages toujours souriants, le plus célèbre étant sans doute celui de la marquise du Châtelet conservé au musée des beaux-arts de Bordeaux. Citons également, sans souci d’exhaustivité, les portraits du Comte de Matignon du musée des beaux-arts et d’histoire de Saint-Lô, d’Antoine-Vincent-Louis-Barbe Duplàa du musée des beaux-arts de Tours, du Président Bayard du musée des beaux-arts de Pau, de Madame du Boccage du musée des beaux-arts d’Auxerre et les portraits à ce jour non identifiés du musée de Picardie et du musée d’Orléans.


9. Attribué à Marianne Loir (vers 1715-après 1769)
Portrait d’un écuyer portant livrée de la reine
Huile sur toile - 75 x 59 cm
Versailles, Château de Versailles
Photo : Château de Versailles-RMN/Christophe Fouin
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Lors de la vente Tajan du 19 juin 2018, le Château a acheté un portrait de Marie-Antoinette attribué à Charles Le Clercq (ill. 10) pour 31 200 euros. Il rejoint les trois portraits de ce petit maître déjà conservés par Versailles, les portraits de Madame Elisabeth au livre et jouant de la harpe et celui de la comtesse d’Artois et de ses enfants. Longtemps les œuvres de Charles Le Clercq furent attribuées à d’autres peintres tels que Jean-Baptiste Gautier-Dagoty, Joseph Boze, Giorgio Domenico Dupra ou, comme ici et pour les deux compositions très semblables mentionnées par la notice de la maison de vente (passées en vente chez Sotheby’s en 1979 [3] et en 1987 [4]), Jean-Frédéric Séhall. Après s’être formé à Bruxelles auprès de son père Antoine Joseph puis dans l’atelier brugeois de Bernard Verschoot, Charles Le Clercq obtient le premier prix de dessin d’après nature à l’Académie de peinture et de sculpture de Bruxelles et poursuit sa formation à Rome, à Turin puis à l’Académie de Paris. Il se spécialise dans les scènes de genre et les portraits intimistes de la famille royale qui raffole de ce petit format bien plus libre que les portraits officiels. Les personnages y sont le plus souvent placés en pieds dans un décor fourmillant de détails plus fantasmé que réel. Marie-Antoinette, présentée en contrapposto, a la main posée sur le foyer du temple que les colonnes, les draperies et le mobilier liturgique nous laissent deviner. Une grande attention est portée aux couleurs dominées par le vert, le bleu, le rouge et le blanc ainsi qu’aux textures, de la longue tunique blanche et du voile à l’antique à la fumée du feu sacré et du vase brûle-encens. Charles Le Clercq la représentera également avec ses enfants, cette fois vêtue d’une ample robe de cour assise dans un intérieur au mobilier néoclassique (Château de Sassenage).


10. Attribué à Charles Le Clerq (1753-1824)
Marie-Antoinette en vestale, 1776-78
Huile sur toile - 41 x 33 cm
Versailles, Château de Versailles
Photo : Château de Versailles-RMN/Christophe Fouin
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11. Charles-Antoine Coypel (1694-1752)
La mort de saint François-Xavier, 1749
Huile sur toile - 102 x 64,5 cm
Versailles, Château de Versailles
Photo : Château de Versailles-RMN/Christophe Fouin
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Enfin, tout récemment, en septembre 2018, Versailles a acheté de gré à gré un tableau de Charles-Antoine Coypel intitulé La mort de saint François-Xavier (ill. 11) jusqu’alors conservé en collection privée. Cette toile avait été commandée par le dauphin Louis de France pour compléter le décor de l’oratoire de son épouse, Marie-Josèphe de France, située derrière la chambre de cette dernière dans son appartement au rez-de-chaussée du château. Elle rejoint les deux autres œuvres de dévotion privée réalisées par Coypel deux ans plus tôt, en 1747, pour ce même oratoire, Sainte Landrade instruisant les veuves et les jeunes personnes qui s’étaient mises sous sa conduite et Sainte Piame retirée avec sa mère dans un village de Haute-Egypte, achetées par Versailles en 1992 et en 1994. L’agonie du jésuite n’a rien de sinistre, le teint est blême mais la consolation est angélique, la lumière claire et les tonalités douces.

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