Dans une récente réunion avec les syndicats, l’administrateur général adjoint du Louvre, Francis Steinbock, nous a fait l’honneur d’une petite tirade. Parmi les amabilités prononcées à notre égard (notamment que nous racontons des mensonges et des sottises, ce qui est savoureux provenant de la direction de ce musée), il nous accuse de « pérorer » sur des sujets que nous ne « maîtrisons pas ». Il a ainsi affirmé : « quand je l’entends dire "mais moi je suis pour une nouvelle entrée, il suffit d’ouvrir les portes qui existaient avant". Quel méconnaissance crasse de ce qu’est un musée ! ».
Rappelons donc que nous n’avons jamais dit qu’il « suffisait d’ouvrir les portes qui existaient », mais que nous avons rappelé que ces portes (Colonnade, salle du Manège), qui existaient jusqu’aux années 1980 et que nous avons connues, pourraient être rouvertes, moyennant bien entendu des études qui restent à mener, et non pas d’un coup de baguette magique. Des entrées auxquelles (en plus de celle de la Porte des Lions, qui existe toujours), nous pourrions ajouter une autre, aile Richelieu, du côté de la rue de Rivoli.
Ces entrées ne devraient pas être de « grandes entrées ». Elles pourraient être réservées aux visiteurs ayant déjà réservé leur billet, ne contiendraient qu’un vestiaire réservé aux manteaux et parapluies, n’auraient pas de boutique, ni de salle de repos, ni de point de restauration, ce qui limiterait la surface nécessaire et rendrait leur ouverture plus facile. La seule différence avec ce qui existait auparavant tenant aux portiques de sécurité que les musées, pour des raisons qui nous échappent, sont les seuls établissements recevant du public à devoir implanter [1]. Bref, on devrait au moins se poser la question, plutôt que de mettre en œuvre un projet mégalomane, pas étudié, et pas financé.
Désolé donc pour Francis Steinbock, mais, du haut de notre « ignorance crasse » de ce qu’est un musée, nous allons lui proposer un autre aménagement du musée.
Les bijoux conservés dans la galerie d’Apollon, mais aussi certaines œuvres particulièrement précieuses et susceptibles d’être volées, ont été retirés des vitrines et envoyés dans un coffre de la Banque de France.
Mais où va-t-on pouvoir les exposer, se demandent certains ? Ne faudrait-il pas mieux montrer des copies ?
Évidemment non : la raison d’être d’un musée est de présenter des originaux, sinon, à quoi bon ? Dans ces conditions, pourquoi ne pas rester chez soi et visiter les musées en réalité virtuelle ? Oui, évidemment, les originaux doivent être visibles par le public, c’est aussi une question de respect pour celui-ci. Le risque zéro n’existe pas, et n’existera jamais, dans aucun domaine. Il faut l’accepter, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas tout faire pour éviter le pire.
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- 1. Cinq bijoux de la Couronne
(dont quatre faisaient partie du butin emporté par les voleurs, la couronne ayant été récupérée) exposés dans la salle Dosne-Thiers au Louvre
Photo : Note de musées - Voir l´image dans sa page
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- 2. Couronne d’Eugénie, photographiée salle Dosne-Thiers en mars 2009
Photo : Wikipédia/David Liuzzo - Voir l´image dans sa page
RTL vient de révéler une information : dès 2007, un audit de sécurité expliquait que la galerie d’Apollon était très vulnérable au vol et que les bijoux de la Couronne n’y étaient pas en sécurité.
Est-ce à la suite de cet audit qu’une partie des œuvres, celles datant du Second Empire - les plus précieuses du point de vue des pierres qui les composent - ont été peu de temps après déplacés dans la salle Dosne-Thiers, dans l’ancien ministère des Finances ? Une photo disponible sur le site Note de musées (ill. 1) montre cette vitrine, où figurent quatre des objets volés [2]. Cet aménagement date au plus tard de 2009, date d’une autre photo de la couronne publiée sur Wikipedia (ill. 2). Quelques années plus tard, les bijoux revenaient tous dans la galerie d’Apollon, avec le destin que l’on connaît.
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- 3. Entrée du « Studio » du Musée du Louvre
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
Il y a, pourtant, au Louvre, un endroit qui pourrait peut-être servir d’écrin à ces œuvres. Nous précisons tout de suite pour Francis Steinbock qu’il ne s’agit ici que d’une idée, qui devrait bien sûr être étudiée, mais que personne n’a encore évoquée, et qui mériterait d’être envisagée.
Il s’agit de ce que le musée a récemment aménagé, au pied des escaliers mécaniques rez-de-chaussée de l’aile Richelieu, sous le nom de « Studio », et plus précisément de sa première salle, le « Forum », d’une superficie de 230 m2. Celle-ci, en effet, n’a aucune ouverture sur l’extérieur, à l’exception de la porte d’entrée et de la porte de sortie qui donne sur « neuf salles d’ateliers et de formation ». Elle semble ainsi au premier abord plutôt facile à aménager, avec une sécurité beaucoup plus grande que dans la galerie d’Apollon. Il faut par ailleurs rappeler que ces salles étaient autrefois intégrées au parcours muséographique, puisque l’on y voyait une partie des collections d’art islamique aujourd’hui déplacées dans l’aile Denon. Elles furent ensuite longtemps transformées en réserves.
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- 4. Le « Forum » du « Studio » du Louvre
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
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- 5. Le « Forum » du « Studio » du Louvre
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
Nous ne prétendons pas avoir trouvé la solution définitive à cette question de l’exposition des bijoux de la Couronne, ceux qui restent, et - espérons-le - ceux qui seront retrouvés après le vol. Mais cette solution, sur le papier, semble envisageable. Quant à la galerie d’Apollon, dont le décor d’ailleurs se suffit à lui-même (rappelons qu’on peut y voir, notamment, un plafond peint par Charles Le Brun et Eugène Delacroix, ainsi que des stucs par François Girardon, Thomas Regnaudin et les frères Marsy), il pourrait sans doute continuer à accueillir les Gemmes de la Couronne, objets exposés depuis toujours en ces lieux et d’une très grande préciosité, mais dont la plupart, sauf quelques-uns [3], ne peuvent être démontés sans perdre toute valeur pécuniaire. On pourrait y ajouter - si le plancher est suffisamment solide - quelques grandes sculptures du XVIIe siècle ou d’autres objets impossibles à voler en passant par une fenêtre et en utilisant un monte-charge. Tout cela, bien sûr, est à étudier, ce qui devrait rassurer Francis Steinbock.